Podcast Défense.
Musée de l'Armée12 février 202557 min

19 novembre 2024 : De Gaulle en 1944

De Gaulle en 1944, de la France libre à la libération de Paris

Vincent Giraudier, responsable de l'historial de Gaulle au musée de l'Armée, consacre cette conférence à l'année 1944, celle où le général de Gaulle accède au sommet de l'État. De l'armistice de 1940 à la descente des Champs-Élysées du 26 août 1944, il retrace la longue bataille pour la légitimité menée face à Vichy, au général Giraud et aux Alliés, et rappelle que cette apothéose, qui n'avait rien d'écrit d'avance, ne réglait pas tout.

Une légitimité construite depuis juin 1940

Responsable de l’historial de Gaulle au musée de l’Armée, Vincent Giraudier clôt par cette conférence le cycle consacré à 1944, l’année des libérations, en montrant comment le général de Gaulle est parvenu à la descente des Champs-Élysées du 26 août. Il met d’abord en garde contre le récit d’une frise chronologique « quasi naturelle » allant de l’appel du 18 juin à la libération : en 1940, rien n’était écrit. Il revient sur l’armistice, qui fonde à la fois le régime de Vichy et la France libre, et sur le problème central de la légitimité, puisqu’en droit international un territoire ne relève que d’une seule autorité. Reconnu par Churchill comme chef des Français libres, de Gaulle refuse de n’être qu’à la tête d’une légion de volontaires. À René Cassin, qui lui demande sur quelle base juridique travailler, il répond : « Nous sommes la France. » Viennent ensuite les accords de Chequers du 7 août 1940, le ralliement de l’Afrique équatoriale avec Félix Éboué et le colonel Leclerc, le manifeste de Brazzaville du 27 octobre 1940 qui déclare le régime de Vichy inconstitutionnel, puis la création du Comité national français le 24 septembre 1941, premier véritable embryon de gouvernement.

Le conférencier rappelle que la France libre, environ 70 000 personnes, se bat dès l’été 1940 sur terre, sur mer et dans les airs, du Tchad à Bir Hakeim.

Giraud, Alger et la bataille pour la reconnaissance

Les liens avec la résistance intérieure se resserrent, avec la déclaration aux mouvements de résistance remise à Christian Pineau en mai 1942 et le changement de nom de la France libre en France combattante le 14 juillet 1942. Le débarquement anglo-américain du 8 novembre 1942, mené sans prévenir de Gaulle, fait émerger un rival soutenu par les Américains : le général Giraud, à la tête de l’essentiel de l’Empire et d’une armée nombreuse engagée en Tunisie. Vincent Giraudier explique comment de Gaulle s’impose pourtant : par la cohérence des Français libres, par le soutien de la résistance intérieure unifiée par Jean Moulin autour du Conseil national de la Résistance, et par le poids des opinions publiques. Au défilé de la victoire en Tunisie, les hommes de Leclerc, barbus et en camionnettes usées, sont les plus acclamés, et des milliers de soldats rejoignent les Forces françaises libres en 1943. Coprésident du Comité français de la libération nationale à Alger, de Gaulle en devient le seul dirigeant à l’automne 1943, après les erreurs politiques de Giraud lors de la libération de la Corse. Le 3 juin 1944, le comité devient gouvernement provisoire de la République française.

La crise avec Churchill à la veille du 6 juin, le discours de la BBC et le voyage triomphal à Bayeux le 14 juin illustrent une ligne simple : seule la réalité du terrain pourra imposer aux Alliés la légitimité du gouvernement français.

De la marche vers Paris au défilé du 11 novembre 1944

Le conférencier raconte le voyage risqué de De Gaulle d’Alger à Cherbourg, dans un avion non armé et sans escorte, puis ses cinq jours de route jusqu’à Paris, en s’appuyant sur le livre récent de l’historien Jean-François Muracciole. Le 25 août au soir, de Gaulle s’installe au ministère de la Guerre, qu’il avait quitté comme sous-secrétaire d’État en 1940, et refuse de proclamer la République, qui selon l’ordonnance du 9 août 1944 « n’a jamais cessé d’être ». Les États-Unis ne reconnaissent pourtant le gouvernement provisoire que le 23 octobre 1944, ce qui inspire à de Gaulle ce mot : « le gouvernement français est satisfait qu’on veuille bien l’appeler par son nom ». Le défilé du 11 novembre 1944 avec Churchill, sur la tombe de Clemenceau, montre la réconciliation des deux hommes, mais Vincent Giraudier rappelle que la France sera absente de Yalta, que la guerre continue et que de Gaulle démissionnera en janvier 1946.

L’année 1944, conclut-il, est pour de Gaulle « plus une consécration qu’une fin ».

Les références de l’épisode

  • Historial Charles de Gaulle : espace du musée de l’Armée dont Vincent Giraudier est responsable.
  • Mémoires de guerre : les mémoires du général de Gaulle, cités pour la libération de Paris.
  • Accords de Chequers : accords signés le 7 août 1940 entre Churchill et de Gaulle, rédigés par René Cassin.
  • Manifeste de Brazzaville : texte du 27 octobre 1940 qui déclare le régime de Vichy inconstitutionnel.
  • Comité national français : créé le 24 septembre 1941, premier embryon de gouvernement de la France libre.
  • Bir Hakeim : combats de mai et juin 1942 qui marquent le « bel été » de la France libre.
  • Conseil national de la Résistance : instance unifiée par Jean Moulin, dont le programme s’intitule « Les Jours heureux ».
  • Comité français de la libération nationale : instance d’Alger coprésidée par de Gaulle et Giraud, devenue gouvernement provisoire le 3 juin 1944.
  • Deuxième division blindée : division du général Leclerc lancée sur Paris en août 1944.
  • Jean-François Muracciole : historien auteur d’un livre récent sur la marche de De Gaulle vers Paris en 1944.
  • Les combats oubliés des Forces françaises libres : présentations temporaires de l’historial, dont celle sur la libération des Vosges et de l’Alsace.

Au fil de l’épisode

  • 00:00:00 : le sacre populaire du 26 août 1944
  • 00:02:12 : une frise chronologique trop naturelle
  • 00:03:51 : la défaite et l’armistice de juin 1940
  • 00:07:20 : Vichy et la France libre, deux légitimités opposées
  • 00:08:48 : « Nous sommes la France », René Cassin et les accords de Chequers
  • 00:09:55 : le ralliement de l’Afrique équatoriale
  • 00:11:04 : le manifeste de Brazzaville
  • 00:13:02 : le Comité national français
  • 00:14:35 : les Forces françaises libres au combat
  • 00:17:01 : les liens avec la résistance intérieure
  • 00:19:23 : la France combattante et le bel été 1942
  • 00:20:21 : le débarquement du 8 novembre 1942 et le général Giraud
  • 00:23:10 : pourquoi de Gaulle ne disparaît pas
  • 00:27:29 : le Comité français de la libération nationale à Alger
  • 00:29:36 : l’éviction de Giraud et la libération de la Corse
  • 00:34:01 : la deuxième division blindée de Leclerc
  • 00:36:10 : Paris, capitale de l’État clandestin
  • 00:38:08 : le gouvernement provisoire de la République française
  • 00:40:46 : la crise avec Churchill et le discours du 6 juin
  • 00:41:45 : Bayeux et la reconnaissance de facto
  • 00:43:46 : la libération de Paris
  • 00:46:06 : la marche de De Gaulle vers Paris
  • 00:48:38 : le retour au ministère de la Guerre
  • 00:50:35 : la reconnaissance du 23 octobre 1944
  • 00:51:10 : le défilé du 11 novembre 1944 avec Churchill
  • 00:54:08 : une consécration plutôt qu’une fin

FAQ

Pourquoi la légitimité était-elle l’enjeu central pour de Gaulle ?

Parce qu’en droit international un territoire ne peut relever que d’une seule autorité, et qu’en 1940 c’est le gouvernement de Vichy qui est reconnu. Selon Vincent Giraudier, toute l’action du général, du manifeste de Brazzaville jusqu’à l’été 1944, consiste à incarner la France au combat et à être reconnu comme son seul représentant légitime.

Comment de Gaulle s’est-il imposé face au général Giraud ?

D’après le conférencier, par la cohérence des Français libres, par le soutien de la résistance intérieure unifiée par Jean Moulin et par le poids des opinions publiques. Les erreurs politiques de Giraud, notamment l’envoi de troupes en Corse sans en référer au pouvoir civil, lui permettent de diriger seul le Comité français de la libération nationale dès l’automne 1943.

Pourquoi de Gaulle a-t-il refusé de proclamer la République en août 1944 ?

Selon Vincent Giraudier, il considérait que la République n’avait jamais cessé d’exister. L’ordonnance du 9 août 1944 sur le rétablissement de la légalité républicaine déclarait nul le gouvernement de fait de l’État français, et de Gaulle était déjà président du gouvernement provisoire de la République française.

Quand les États-Unis ont-ils reconnu le gouvernement provisoire ?

Le gouvernement américain reconnaît le Comité français de la libération nationale comme autorité de fait pour l’administration civile en juillet 1944, puis le gouvernement provisoire comme autorité légitime le 23 octobre 1944 seulement, deux mois après la libération de Paris, rappelle le conférencier.

Musée de l'Armée

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