
Dans Passeurs d'histoires, le podcast du Souvenir Français, l'historienne Raphaëlle Bellon, chargée de la pédagogie à la Fondation de la Résistance, raconte Jeanne Bohec : une jeune chimiste qui quitte Brest le 18 juin 1940, s'engage parmi les premières volontaires de la France libre et met au point des explosifs pour la Résistance. Parachutée en Bretagne en 1944, elle forme les résistants au sabotage en circulant à vélo. Un parcours qui interroge la place des femmes dans la lutte armée, et le long silence qui a suivi.
Jeanne Bohec, chimiste devenue instructrice de sabotage
Dans cet épisode de Passeurs d’histoires, Raphaëlle Bellon, professeure agrégée d’histoire détachée à la Fondation de la Résistance, retrace le parcours de Jeanne Bohec, née le 16 février 1919 dans la Manche. Fille d’un marin et d’une institutrice, bachelière scientifique à une époque où c’était rare, elle étudie les mathématiques et la chimie. En 1939, elle s’engage dans la défense passive puis rejoint la poudrerie du Moulin-Blanc à Brest. Elle refuse l’armistice et quitte Brest pour l’Angleterre le 18 juin 1940. À Londres, elle s’engage en janvier 1941 dans le corps des volontaires françaises, première unité militaire féminine de l’armée française créée par le général de Gaulle, qui manquait d’hommes selon l’historienne. Secrétaire au service technique de l’armement, elle passe fin 1941 au laboratoire de recherche chargé d’écrire des « recettes » d’explosifs à fabriquer avec des produits de droguerie pour les résistants. Après plusieurs refus du BCRA, le service de renseignement et d’action de la France libre, elle est formée par le Special Operations Executive britannique et parachutée en Bretagne dans la nuit du 29 février au 1er mars 1944, sous le nom de code Râteau, et connue des résistants sous le nom de Micheline. Jusqu’en juin, elle forme au sabotage des résistants du Morbihan, du Finistère et d’Ille-et-Vilaine, se déplace à vélo, parfois 400 à 500 kilomètres par mois, et dirige elle-même le sabotage d’une voie ferrée près du Roc-Saint-André.
Raphaëlle Bellon suit aussi l’après : le maquis de Saint-Marcel où on lui refuse une arme parce qu’elle est une femme, la libération de Quimper, puis une carrière d’institutrice et de professeure de mathématiques, et un engagement associatif et municipal jusqu’à sa mort en 2010. Elle explique pourquoi cette résistante, décorée dès 1947, est restée longtemps absente de la mémoire collective.
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Les références de l’épisode
- Fondation de la Résistance : institution où Raphaëlle Bellon est chargée de la pédagogie.
- Poudrerie du Moulin-Blanc, à Brest : Jeanne Bohec y travaille à la fabrication de la poudre jusqu’à la défaite de juin 1940.
- Corps des volontaires françaises : première unité militaire féminine de l’armée française, créée à Londres fin 1940.
- Simone Mathieu : championne de tennis et première capitaine du corps des volontaires françaises.
- BCRA (Bureau central de renseignement et d’action) : les services secrets de la France libre, qui envoient Jeanne Bohec en mission.
- Special Operations Executive (SOE) : service britannique qui forme les agents clandestins.
- Maquis de Saint-Marcel : maquis du Morbihan que Jeanne Bohec rejoint en juin 1944, attaqué le 18 juin.
- « La plastiqueuse à bicyclette » : le livre de souvenirs de Jeanne Bohec, publié en 1975.
Au fil de l’épisode
- 00:00:24 : pourquoi étudier aujourd’hui une figure comme Jeanne Bohec et la place des femmes dans la Résistance
- 00:01:40 : enfance entre les ports, père marin, mère institutrice et lectures de la Grande Guerre
- 00:02:54 : un baccalauréat scientifique et des études de mathématiques et de chimie
- 00:04:05 : engagement à la poudrerie du Moulin-Blanc à Brest
- 00:04:58 : le refus de la défaite et de l’armistice
- 00:06:18 : départ de Brest le 18 juin 1940 et arrivée en Angleterre
- 00:07:21 : le défilé des Français libres du 14 juillet 1940 à Londres
- 00:08:31 : la création du corps des volontaires françaises et l’engagement de janvier 1941
- 00:10:00 : le laboratoire de recherche et les « recettes » d’explosifs pour la Résistance
- 00:11:12 : les demandes répétées au BCRA pour partir en mission en France
- 00:12:43 : la formation d’agente clandestine auprès du SOE
- 00:13:49 : deux départs avortés puis le parachutage de février 1944
- 00:14:45 : nom de code, pseudonyme et fausse identité
- 00:15:34 : instructrice de sabotage en Bretagne et sabotage d’une voie ferrée en mai 1944
- 00:16:39 : le maquis de Saint-Marcel et l’arme qu’on lui refuse
- 00:17:30 : la libération de Quimper et le retour à Londres
- 00:18:15 : après la guerre : mariage, enseignement et carrière de professeure
- 00:18:52 : la reconnaissance rapide puis la discrétion de la résistante
- 00:20:05 : l’engagement associatif et municipal à Paris
- 00:21:20 : ce que représente l’engagement pour Raphaëlle Bellon
FAQ
Qui était Jeanne Bohec ?
Jeanne Bohec, née en 1919 dans la Manche et morte en 2010, était une chimiste de formation qui a rejoint la France libre à Londres en juin 1940. Engagée dans le corps des volontaires françaises, elle a mis au point des recettes d’explosifs, puis a été parachutée en Bretagne en 1944 comme instructrice de sabotage. Elle est ensuite devenue professeure de mathématiques.
Pourquoi Jeanne Bohec est-elle surnommée la plastiqueuse à bicyclette ?
« La plastiqueuse à bicyclette » est le titre du livre de souvenirs que Jeanne Bohec publie en 1975. En Bretagne, au printemps 1944, elle se déplaçait à vélo de village en village pour former les résistants aux explosifs, parfois 400 à 500 kilomètres par mois, car le train était trop contrôlé, selon Raphaëlle Bellon.
Comment les femmes ont-elles pu s’engager dans la France libre ?
Selon Raphaëlle Bellon, le général de Gaulle crée fin 1940 le corps des volontaires françaises, première unité militaire féminine de l’armée française. Ce n’était pas un choix de modernité : la France libre comptait à peine 3 000 hommes fin août 1940, et certaines volontaires menaçaient de rejoindre l’armée britannique, ouverte aux femmes.
Quel était le rôle d’une instructrice de sabotage en 1944 ?
Jeanne Bohec enseignait aux résistants bretons l’usage des explosifs parachutés depuis Londres et, dans certains groupes, la fabrication d’explosifs maison. Elle ne devait pas mener elle-même les sabotages, mais un de ses chefs lui a confié celui d’une voie ferrée près du Roc-Saint-André, dans le Morbihan, en mai 1944.
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