
Gilda Landini, professeure agrégée d'histoire, raconte au micro du Souvenir Français le parcours de son père, Léon Landini, entré dans la Résistance à 16 ans. Fils d'immigrés italiens antifascistes, il sabote voies ferrées et mines dans le Var avant de rejoindre à Lyon le bataillon FTP-MOI Carmagnole-Liberté, d'être torturé par la Gestapo et enfermé au fort Montluc. Un récit familial qui porte aussi la mémoire de ses camarades étrangers.
De la Toscane à Montluc, une famille dans la Résistance
Dans cet épisode de Passeurs d’histoires, le podcast du Souvenir Français, Gilda Landini, professeure agrégée d’histoire, raconte la vie de son père, Léon Landini, résistant des Francs-tireurs et partisans de la main-d’œuvre immigrée (FTP-MOI), né le 9 avril 1926, qui « aurait dû avoir cent ans » en avril 2026. Le récit commence avec son grand-père, Aristide Landini, charbonnier toscan qui déserte pendant la Première Guerre mondiale, « un acte politique » selon lui, puis fuit l’Italie après le massacre commis par des fascistes à Roccastrada en juillet 1921. La famille s’installe dans un village provençal entre Saint-Raphaël et Saint-Tropez. Adolescent, Léon Landini colle des étiquettes contre Pétain avec un ami, puis participe à 16 ans, en octobre 1942, au sabotage de la voie ferrée à Agay, entre Saint-Raphaël et Cannes. Le 11 novembre 1942, les jeunes communistes de Saint-Raphaël rassemblent environ 500 personnes devant le monument aux morts ; à l’arrivée des troupes de Mussolini, la famille choisit la résistance armée. Suivent la destruction de la mine de bauxite de Brignoles en mars 1943, le départ forcé vers la Creuse, l’arrestation de son oncle et de son grand-père, leur déportation et leur évasion à Dijon grâce aux cheminots. En mai 1944, Léon Landini rejoint à Lyon le bataillon FTP-MOI Carmagnole-Liberté, où on lui annonce une espérance de vie de trois mois : déraillements, sabotages d’usines, récupération d’armes, attaque du garage Éclair en juin 1944 aux côtés des groupes de combat juifs, où il rencontre Alter Goldman, dit Albert, père de Jean-Jacques Goldman. Arrêté le 25 juillet 1944, il est torturé à la Gestapo sous les ordres de Klaus Barbie, raconte sa fille, puis enfermé au fort Montluc, d’où il sort à la libération de la prison le 24 août, quatre jours après le massacre de Saint-Genis-Laval.
Gilda Landini évoque enfin la reconnaissance obtenue après la guerre, pour lui et pour ses camarades étrangers, son combat de mémoire à la tête de l’amicale des anciens du bataillon et son entrée au Panthéon avec le drapeau des FTP-MOI lors d’une cérémonie de panthéonisation. Une phrase de son père résume sa démarche : « la mémoire ne vaut pas que pour le souvenir, elle vaut aussi surtout pour le devenir ».
Pour aller plus loin
- Le site du Souvenir Français
- Soutenir ou rejoindre le Souvenir Français
- Instagram du Souvenir Français
- Facebook du Souvenir Français
- LinkedIn du Souvenir Français
- X du Souvenir Français
Les références de l’épisode
- FTP-MOI : Francs-tireurs et partisans de la main-d’œuvre immigrée, résistants issus de l’immigration auxquels appartenait Léon Landini.
- Bataillon Carmagnole-Liberté : les deux bataillons FTP-MOI de Lyon (Carmagnole) et de Grenoble (Liberté) ; Léon Landini combattait à Lyon.
- Massacre de Roccastrada : en juillet 1921, des fascistes tuent onze personnes dans le village toscan de la famille, qui s’exile en France.
- Mine de bauxite de Brignoles : détruite par le groupe en mars 1943, sa production servait surtout aux Allemands pour l’aluminium.
- Bronzavia : usine lyonnaise qui réparait des moteurs d’avion pour l’armée allemande, sabotée par l’oncle de Léon Landini.
- Alter Goldman, dit Albert : responsable des groupes de combat juifs, devenu l’ami de Léon Landini, père de Jean-Jacques Goldman.
- Klaus Barbie : chef de la Gestapo de Lyon, sous les ordres duquel Léon Landini a été torturé selon sa fille.
- Fort Montluc : prison lyonnaise où il a été détenu un mois avec quelque 950 personnes.
- Massacre de Saint-Genis-Laval : le 20 août 1944, 120 détenus de Montluc y sont tués par les Allemands.
- Norbert Kugler : commandant des FTP-MOI de la zone sud, ancien des Brigades internationales, qui refuse le parachutage des jeunes combattants.
- Le Souvenir Français : association de mémoire créée en 1887, qui édite le podcast.
Au fil de l’épisode
- 00:00:34 : la brochure écrite par Léon Landini sur les FTP-MOI et la présentation de sa fille
- 00:01:56 : le grand-père, déserteur en Italie pendant la Première Guerre mondiale
- 00:03:27 : le massacre de Roccastrada et l’exil en France
- 00:05:06 : la guerre d’Espagne, l’aide aux réfugiés espagnols et l’engagement de 1939
- 00:07:40 : les premières actions d’un adolescent contre Pétain à Saint-Raphaël
- 00:08:43 : le sabotage de la voie ferrée à Agay et la manifestation du 11 novembre 1942
- 00:10:23 : le choix de la résistance armée et la mine de bauxite de Brignoles
- 00:11:30 : la menace d’arrestation et le départ en Creuse
- 00:12:37 : l’arrestation, la déportation et l’évasion de l’oncle et du grand-père
- 00:14:10 : les bataillons FTP-MOI de Lyon et l’arrivée de Léon Landini en mai 1944
- 00:16:11 : la récupération d’armes et la mort d’un jeune camarade
- 00:18:01 : l’attaque du garage Éclair et l’amitié avec Alter Goldman
- 00:19:09 : l’arrestation, la torture et la détention au fort Montluc
- 00:20:40 : le massacre de Saint-Genis-Laval et la libération de la prison
- 00:21:39 : le parachutage refusé par Norbert Kugler et la libération de Lyon
- 00:23:14 : les décorations et le combat pour la reconnaissance des camarades
- 00:24:33 : le drapeau des FTP-MOI au Panthéon et le message de transmission
FAQ
Qui était Léon Landini ?
Léon Landini, né le 9 avril 1926 dans une famille d’immigrés italiens antifascistes installée dans le Var, est entré en résistance à 16 ans. Il a combattu à Lyon dans le bataillon FTP-MOI Carmagnole-Liberté, a été arrêté et torturé en juillet 1944 puis détenu au fort Montluc. Sa fille Gilda raconte son parcours dans cet épisode.
Que sont les FTP-MOI ?
Les Francs-tireurs et partisans de la main-d’œuvre immigrée regroupaient des résistants issus de l’immigration, Italiens, Espagnols, jeunes d’Europe centrale, Polonais, juifs. Selon Gilda Landini, ils ne recevaient ni armes ni argent et leurs bataillons portaient des noms de la Révolution française : Carmagnole, Liberté, Marat, Saint-Just, Valmy.
Quel lien entre Léon Landini et le père de Jean-Jacques Goldman ?
En juin 1944, lors de l’attaque du garage Éclair à Lyon, Léon Landini combat aux côtés des groupes de combat juifs dont l’un des responsables est Alter Goldman, dit Albert, alors âgé de 35 ans. Les deux hommes se retrouvent après la guerre et restent amis toute leur vie ; Albert est le père de Jean-Jacques Goldman.
Comment Léon Landini a-t-il échappé au massacre de Saint-Genis-Laval ?
Détenu au fort Montluc après son arrestation du 25 juillet 1944, il n’a pas fait partie des 120 prisonniers que les Allemands ont tués à Saint-Genis-Laval le 20 août. Le 24 août, les Allemands quittent la prison, qu’ils avaient minée sans avoir le temps d’allumer les charges, et les détenus défoncent leurs cellules.
Retrouver également dans le podcast
Tous les épisodes ›
L’engagement par Marie-Françoise : Porter et transmettre la flamme de la mémoire
20 Oct
Hubert Lyautey par Claude : le parcours de vie exceptionnel d’un Maréchal, résident Général de France au Maroc
6 Oct
L’engagement par Imène – une nouvelle génération de passeurs de mémoire
22 Sep
Henri Rol Tanguy par Claire – un combattant français dans les brigades internationales
7 Sep
L’engagement par Dominique : sensibiliser les jeunes générations au devoir de mémoire pour les combattants mort pour la France
29 Juin
Jean Du Bos par Marie-Ange : s’engager dans la Bataille de la Somme
15 Juin
S’engager par Isabelle : le recensement des tombes des Morts pour la France dans les cimetières
1 Juin
Madeleine Clemenceau par Martine – D’infirmière héroïque à écrivaine émérite, le destin exceptionnel d’une femme engagée au coté de son père
18 Mai
L’engagement par Joëlle – L’enseignement et la transmission de l’histoire autrement
4 Mai
L’engagement par Maryse : la passion de l’enseignement , un moteur pour mieux transmettre l’histoire aux jeunes générations
6 Avr
Jeanne Bohec par Raphaëlle : Scientifique et experte en sabotage, l’histoire vraie d’une résistante pendant la seconde guerre mondiale
24 Mar
L’engagement par Denis – sauvegarder la mémoire dans les territoires ultramarins.
10 Mar
Anatomie de la violence de masse [Le Fil de l’épée #62]
23 Oct
#49 – La musique militaire : transmettre, rassembler, faire vivre l’histoire
15 Oct
Un débarquement Kinmen à rien. Aux origines du conflit Chine/Taïwan [Le Fil de l’épée #61]
2 Oct
Alexis de Tocqueville et la guerre
2 Oct
Général Salvan : deux blessures et une vie de combat
1 Oct
#48 – Patrice Franceschi : aventurier, écrivain et soldat
1 Oct
Ces Français qui ont libéré l’Amérique
28 Sep
1826 – 2026 : Quand la photographie raconte la guerre
24 Sep
400 ans de la Marine – Episode 8 : La guerre de Crimée : le débarquement d’Eupatoria et la bataille de Kinbourn
17 Sep
Sarisse de faire mal. Reconstituer pour comprendre le combat grec antique [Le Fil de l’épée #60]
4 Sep
Unpopular opinions #23 : la bataille
21 Août
Unpopular opinions #22 : la France
14 Août
