
Le lieutenant de vaisseau Pierre-Yves, artilleur et chef du secteur SAAM (surface air antimissile) du porte-avions Charles de Gaulle, est l'invité du Carré, le portrait de marin d'Horizons Marines, la chaîne de podcasts du Centre d'études stratégiques de la Marine. Héritier des canonniers de la marine à voile, l'artilleur entretient et met en œuvre les canons et les missiles qui protègent le navire. L'officier explique comment se prépare un tir, qui en donne l'ordre, et le parcours qui l'a conduit à ce poste.
Des canonniers aux missiles Aster
Dans cet épisode du Carré, le lieutenant de vaisseau Pierre-Yves, artilleur et chef du secteur SAAM, « surface air antimissile », le système d’armes antiaérien principal du porte-avions Charles de Gaulle, présente le métier des armes au-dessus de la surface. Il rappelle que le canonnier est au centre du combat naval pendant des siècles, jusqu’à Trafalgar, avant que les distances de tir s’allongent et que le missile s’impose après la Seconde Guerre mondiale. Son métier, explique-t-il, est d’abord technique : maintenir les armes en état, les régler et les paramétrer, car en déploiement on ne peut pas faire venir de spécialistes ; il est ensuite opérationnel, au moment d’ouvrir le feu. Sur le porte-avions, le service armes compte deux secteurs : l’autodéfense, avec les canons de 20 mm et les missiles Mistral pour les menaces très proches, et le secteur SAAM, qui met en œuvre le missile Aster 15. Un Aster pèse, selon lui, de 500 à 600 kg et mesure 4 à 5 mètres ; il est stocké et tiré verticalement depuis des silos. Les frégates multimissions, qui escortent le porte-avions au sein du groupe aéronaval, ajoutent des missiles mer-mer et le missile de croisière naval (MDCN), capable de frapper à terre à environ 1 000 km. Les torpilles, elles, relèvent de l’officier de lutte sous la mer.
Avant un tir, le système est paramétré selon la menace attendue dans la zone, drones, avions ou missiles, puis mis sous tension, munitions branchées. L’ordre vient du commandant, ou d’une personne qui a reçu une délégation stricte, préparée et entraînée, pour réagir à une menace imminente.
Du quart en passerelle au porte-avions
Le secteur SAAM du Charles de Gaulle réunit une grosse dizaine de marins, dans un service armes d’une trentaine de personnes ; sur une frégate multimission, les équipes sont plus réduites, autour d’une quinzaine, grâce aux automatismes, mais les compétences reposent sur moins d’épaules. L’officier souligne que, sur chaque théâtre, Méditerranée orientale, golfe arabo-persique ou mer Rouge, il faut comprendre les missiles, drones et engins explosifs employés par l’adversaire pour adapter les systèmes. Il raconte ensuite son parcours : un contrat de volontaire officier aspirant comme chef de quart pendant ses études, sur un patrouilleur de service public, puis la spécialité artillerie après sa formation d’officier, un premier poste de chef du secteur autodéfense sur la frégate Aquitaine, commandant en second d’un bâtiment d’assistance outre-mer à La Réunion, commandant d’un bâtiment école de navigation, puis une année à l’école des systèmes de combat naval à Saint-Mandrier.
Il dit ce qui le motive : un métier en résonance avec l’actualité internationale et l’esprit d’équipage. Il se souvient du départ vers le golfe arabo-persique, fin 2015, à bord de l’Aquitaine, en escorte du groupe aéronaval, peu après les attentats du Bataclan : « il y a vraiment du sens ».
Pour aller plus loin
Les références de l’épisode
- Porte-avions Charles de Gaulle : bâtiment où l’invité est chef du secteur SAAM.
- Secteur SAAM : « surface air antimissile », système d’armes antiaérien principal du porte-avions.
- Missile Aster 15 : missile antiaérien tiré verticalement depuis des silos.
- Missile de croisière naval (MDCN) : missile des frégates multimissions contre des cibles à terre.
- Frégate Aquitaine : frégate multimission où l’invité a été chef du secteur autodéfense.
- Groupe aéronaval : le porte-avions et son escorte de frégates.
- Bataille de Trafalgar : citée comme sommet du combat naval de la marine à voile.
Au fil de l’épisode
- 00:01:28 : présentation du lieutenant de vaisseau Pierre-Yves et du secteur SAAM
- 00:02:26 : du canonnier de la marine à voile au missile
- 00:05:45 : en quoi consiste le métier d’artilleur
- 00:07:09 : les deux secteurs du service armes du porte-avions
- 00:08:36 : les armes des frégates multimissions
- 00:10:57 : à quoi ressemble un missile Aster
- 00:12:00 : les torpilles, domaine de la lutte sous la mer
- 00:13:27 : les étapes d’un tir de missile
- 00:15:44 : qui donne l’ordre de tir
- 00:16:39 : la conduite de tir et le radar
- 00:18:02 : les effectifs d’un service armes
- 00:20:19 : l’évolution de la conflictualité en mer
- 00:21:41 : comment devenir artilleur
- 00:24:42 : les affectations de l’invité
- 00:27:28 : l’école des systèmes de combat naval
- 00:28:55 : conseils et esprit d’équipage
- 00:30:56 : souvenir de la mission de fin 2015
FAQ
Que fait un artilleur dans la Marine nationale ?
Selon le lieutenant de vaisseau Pierre-Yves, chef du secteur SAAM du porte-avions Charles de Gaulle, l’artilleur entretient, règle et paramètre les canons et les missiles du bord, puis les met en œuvre au moment du tir. Il doit pouvoir dépanner seul ses systèmes en déploiement, loin des techniciens spécialisés.
Qui décide du tir d’un missile à bord d’un navire ?
D’après l’invité, l’ordre de tir est donné par le commandant. Pour ne pas être surpris par une menace imminente, certaines personnes du central opérations peuvent recevoir une délégation pour déclencher le tir. Cette délégation est strictement bornée, préparée et entraînée, et aucun tir n’est déclenché sans accord du commandant ou certitude formelle.
Comment devient-on artilleur dans la Marine ?
L’invité a commencé par un contrat de volontaire officier aspirant comme chef de quart, avant de choisir la spécialité artillerie après sa formation d’officier. Un module dédié enseigne les systèmes d’armes, la préparation et la conduite des tirs et les règles de sécurité, puis les élèves conduisent des tirs réels à bord d’une frégate.
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