
Dans Les Lundis de l'IHEDN, l'Institut des hautes études de défense nationale consacre une fiche d'actualité à la transformation de l'armée japonaise, longtemps bridée par une Constitution pacifiste. L'épisode explique le doublement des budgets, la décision d'acquérir des missiles capables de frapper le continent asiatique, les tensions avec la Chine autour de Taïwan, puis les limites de ce réarmement : finances, démographie, industrie. Il interroge enfin l'avenir de l'alliance avec les États-Unis.
Du pacifisme constitutionnel aux missiles à longue portée
Cette fiche d’actualité des Lundis de l’IHEDN, le podcast de l’Institut des hautes études de défense nationale, explique comment le Japon, souvent présenté comme pacifiste, transforme son armée : budgets en forte hausse, acquisition de capacités offensives, et limites de cette remontée en puissance. Le point de départ est l’article 9 de la Constitution de 1947, par lequel Tokyo renonce à la guerre comme droit souverain. Les Forces japonaises d’autodéfense (FJA) sont créées en 1954, avec l’accord des États-Unis, sous trois conditions strictes de recours à la force, et l’alliance de 1960 garantit la défense du pays par Washington. Les réformes de 2014 et 2015 réinterprètent l’article 9 pour autoriser, sous condition, la légitime défense collective. Les trois documents stratégiques de décembre 2022 entérinent la bascule : doublement des dépenses de défense, objectif de 2 % du PIB d’ici 2027, dixième budget militaire mondial en 2024 selon le Stockholm International Peace Research Institute. La décision la plus controversée, selon la fiche, est l’acquisition de missiles de précision à longue portée, dont des Tomahawk américains, capables de frapper le continent asiatique, une première depuis la Seconde Guerre mondiale. Tokyo prévoit aussi 430 avions de combat d’ici 2032, dont 147 F-35. La Première ministre Sanae Takaichi, élue en octobre 2025, veut accélérer ce mouvement ; ses déclarations sur Taïwan, dont l’île japonaise la plus à l’ouest n’est qu’à 110 km, ont provoqué fin 2025 une vive réaction de Pékin. La fiche détaille ensuite trois freins : des finances contraintes et un yen déprécié, une démographie qui empêche les FJA d’atteindre leur objectif de 247 000 soldats (déficit de plus de 10 %, 40 % dans les grades inférieurs), une base industrielle de défense affaiblie par des décennies d’interdiction d’exporter.
Reste l’alliance asymétrique avec les États-Unis, qui stationnent environ 55 000 militaires au Japon. Plus le Japon sera fort, plus Washington pourrait juger un désengagement possible, d’où l’intérêt, selon la fiche, de diversifier ses partenariats, avec l’Australie ou des pays européens. Elle se clôt sur une question : le seul pays victime de la bombe atomique devrait-il un jour s’en doter ?
Pour aller plus loin
Les références de l’épisode
- Article 9 de la Constitution japonaise (1947) : renonciation à la guerre comme droit souverain de la nation.
- Forces japonaises d’autodéfense (FJA) : créées en 1954, après la guerre de Corée.
- Traité de coopération mutuelle et de sécurité (1960) : alliance par laquelle les États-Unis s’engagent à défendre le Japon.
- Stratégie de sécurité nationale, stratégie de défense nationale et programme de renforcement de la défense (décembre 2022) : les trois documents de la montée en puissance.
- Stockholm International Peace Research Institute : institut qui classe le Japon au dixième rang des budgets militaires en 2024.
- Okinawa : grande île citée parmi les lieux de stationnement des militaires américains.
- Partenaires mondiaux de l’OTAN : groupe auquel appartient le Japon.
Au fil de l’épisode
- 00:00:30 : un Japon promoteur d’une région indo-pacifique ouverte
- 00:00:59 : l’article 9 et le pacifisme constitutionnel
- 00:01:28 : la création des Forces d’autodéfense et l’alliance de 1960
- 00:02:28 : les réformes de 2014 et 2015 et la légitime défense collective
- 00:02:59 : les documents de décembre 2022 et le doublement du budget
- 00:03:59 : missiles à longue portée et aviation de combat
- 00:05:02 : la Première ministre Sanae Takaichi et le « pacifisme proactif »
- 00:05:33 : Chine, Corée du Nord, Russie : un sentiment de vulnérabilité
- 00:07:05 : un consensus intérieur sur le renforcement de la défense
- 00:07:32 : la question de Taïwan et la réaction de Pékin
- 00:08:00 : le défi financier
- 00:08:57 : le défi démographique et le recrutement
- 00:10:27 : une base industrielle de défense fragile
- 00:11:26 : la dépendance à l’alliance avec les États-Unis
- 00:12:52 : Australie, Philippines, OTAN : diversifier les partenariats
- 00:13:24 : perspectives et question nucléaire
FAQ
Le Japon a-t-il le droit d’avoir une armée ?
L’article 9 de la Constitution de 1947 fait renoncer le Japon à la guerre comme droit souverain. Une interprétation de cet article a permis de créer en 1954 les Forces japonaises d’autodéfense, limitées à la légitime défense. Les réformes de 2014 et 2015 autorisent sous condition la légitime défense collective et des missions de combat à l’étranger.
Pourquoi le Japon augmente-t-il ses dépenses militaires ?
Selon la fiche de l’IHEDN, les documents stratégiques japonais de 2022 jugent l’environnement de sécurité le plus grave depuis 1945. Ils désignent la Chine comme le plus grand défi stratégique, la Corée du Nord comme une menace directe, et voient dans l’invasion de l’Ukraine le possible prélude d’un conflit en Asie de l’Est.
Quelles sont les limites du réarmement japonais ?
La fiche en cite trois : un budget contraint par une forte dette et un yen déprécié qui renchérit les achats à l’étranger ; une démographie qui empêche les Forces d’autodéfense d’atteindre leur objectif de 247 000 soldats ; une industrie de défense affaiblie par l’interdiction longtemps faite d’exporter des armes.
Combien de soldats américains sont stationnés au Japon ?
Le Japon est, selon la fiche, le pays qui accueille le plus de soldats américains au monde, avec environ 55 000 militaires en garnison, notamment dans les ports et sur de grandes îles comme Okinawa. L’alliance reste asymétrique : les États-Unis doivent défendre le Japon, qui doit seulement leur fournir des bases.
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