
Les Lundis de l'IHEDN, version audio des fiches d'actualité de l'Institut des hautes études de défense nationale, reviennent sur les 8 et 9 mai 1945, deux dates pour une même fin de guerre en Europe. De la capitulation de Reims au défilé de la place Rouge, la fiche montre comment la Russie a transformé la commémoration de la victoire en démonstration de force, jusqu'à l'invasion de l'Ukraine, et comment l'Ukraine a choisi de se rapprocher du calendrier occidental.
Deux dates pour une même victoire
Cet épisode des Lundis de l’IHEDN, version audio d’une fiche d’actualité de l’Institut des hautes études de défense nationale, explique pourquoi la fin de la Seconde Guerre mondiale en Europe se commémore le 8 mai à l’Ouest et le 9 mai en Russie, et comment cette différence est devenue une ligne de fracture mémorielle et politique. La fiche revient d’abord sur ce qui ressemble à une histoire de décalage horaire. La capitulation allemande est signée à Reims le 7 mai 1945 à 2 h 41, la cessation des hostilités étant prévue le lendemain à 23 h. Staline exige une seconde ratification à Berlin, au quartier général du maréchal Joukov : elle intervient le 8 mai à 23 h, soit le 9 mai à Moscou. Derrière l’anecdote, souligne le texte, se jouent déjà les rapports de force entre des alliés qui ne s’entendent pas sur l’après-guerre. La fiche compare ensuite les calendriers : en France, le 8 mai ne devient jour férié qu’en 1981 ; au Royaume-Uni, il l’est rarement ; en Ukraine, la Rada fait du 8 mai en 2015 un jour de la réconciliation et du souvenir, avant qu’une loi de 2023 n’associe les deux célébrations ce jour-là, pour marquer l’éloignement vis-à-vis de la Russie.
Pour l’Union soviétique, la victoire est l’aboutissement de la Grande Guerre patriotique, avec près de 27 millions de morts civils et militaires, rappelle la fiche.
Du souvenir à la démonstration de force
Sous la période soviétique, les parades du 9 mai restent rares : 1945, 1965, 1985 et 1990. Ce n’est qu’en 1995, sous Boris Eltsine, que le défilé devient annuel. Selon la fiche, Vladimir Poutine en change la nature à partir de 2008, après son discours de 2007 à la conférence de Munich sur la sécurité : le 9 mai passe du culte des vétérans à l’exposition des capacités militaires, chars et missiles balistiques intercontinentaux compris. Le ruban de Saint-Georges, ancien symbole tsariste, devient un marqueur de soutien au pouvoir, et le Régiment immortel, mouvement spontané apparu en 2011, passe sous le contrôle du Kremlin. Le texte rapporte l’analyse selon laquelle cette mémoire est élevée au rang de quasi-religion d’État, et décrit comment le récit du 9 mai a accompagné l’invasion de l’Ukraine en 2022. La fiche, écrite avant le 9 mai 2025, évoque enfin le 80e anniversaire, la trêve unilatérale annoncée par le Kremlin, le contre-9 mai proposé par Volodymyr Zelensky à Kyiv et le message de Donald Trump renommant le 8 mai « Victory Day ».
Elle conclut que ces usages de l’histoire ne sont pas propres à la Russie et s’étendent à d’autres puissances, dont la Chine et la Turquie.
Les références de l’épisode
- Capitulation de Reims (7 mai 1945) : signée à 2 h 41, cessation des hostilités prévue le 8 mai à 23 h.
- Grande Guerre patriotique : dénomination officielle de la guerre en Union soviétique.
- Déclaration Schuman (9 mai 1950) : origine de la Journée de l’Europe.
- Conférence de Munich sur la sécurité (2007) : discours de Vladimir Poutine contre un monde unipolaire.
- Ruban de Saint-Georges : ancien symbole tsariste devenu marqueur de soutien au pouvoir russe.
- Régiment immortel : marche en l’honneur des ancêtres combattants, née en 2011 et reprise en main par le Kremlin.
- « Sur l’unité historique des Russes et des Ukrainiens » : texte signé par Vladimir Poutine en 2021.
Au fil de l’épisode
- 00:00:00 : les 8 et 9 mai, une ligne de fracture mémorielle
- 00:01:03 : la capitulation de Reims et la seconde signature à Berlin
- 00:02:38 : la Grande Guerre patriotique et le jour férié soviétique
- 00:03:08 : le 8 mai en France et au Royaume-Uni
- 00:04:07 : le choix ukrainien, du 9 au 8 mai
- 00:05:07 : des commémorations soviétiques rares
- 00:06:20 : le défilé annuel sous Boris Eltsine puis le tournant de Vladimir Poutine
- 00:07:21 : le ruban de Saint-Georges
- 00:07:54 : le Régiment immortel
- 00:09:42 : l’Occident érigé en adversaire
- 00:10:41 : le récit historique et l’invasion de l’Ukraine
- 00:11:37 : les défilés depuis 2022
- 00:12:35 : perspectives autour du 9 mai 2025
- 00:14:59 : des usages de l’histoire au-delà de la Russie
FAQ
Pourquoi la Russie célèbre-t-elle la victoire le 9 mai et non le 8 mai ?
Selon la fiche de l’IHEDN, Staline exige que la capitulation signée à Reims soit ratifiée une seconde fois à Berlin. Cette signature intervient le 8 mai 1945 à 23 h, heure locale, soit déjà le 9 mai à l’heure de Moscou. La date est devenue le symbole soviétique, puis russe, de la victoire.
Depuis quand le 8 mai est-il férié en France ?
D’après la fiche, une loi de 1946 instaure la commémoration à condition que ce jour soit un dimanche. Sous le président Giscard d’Estaing, la commémoration est remplacée par une journée de l’Europe marquant la réconciliation franco-allemande. Il faut attendre 1981 pour que le 8 mai soit déclaré jour férié.
Qu’est-ce que le Régiment immortel ?
C’est une marche née spontanément en 2011 dans plusieurs villes de Russie, où les descendants défilent avec le portrait d’un parent ayant combattu. La fiche explique que le Kremlin l’a prise sous son contrôle et qu’elle défile dans plus de 80 pays, ce qui en fait selon elle une appropriation de la mémoire collective par le régime.
Pourquoi l’Ukraine a-t-elle changé de date de commémoration ?
Après 2014, des voix interrogent l’alignement sur le 9 mai. En 2015, la Rada fait du 8 mai un jour de la réconciliation et du souvenir, puis une loi de 2023 associe les deux célébrations le 8 mai, pour marquer symboliquement l’éloignement vis-à-vis de la Russie et l’alignement sur les pratiques occidentales, selon la fiche.
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