
Le commandant Romain Choron, historien et expert en stratégie militaire au Commandement du combat futur, raconte dans Combats futurs l'histoire de la guerre souterraine. Des sapeurs romains au siège de Jérusalem jusqu'aux mines de la bataille de la Somme, des grottes de la guerre d'Algérie aux tunnels du Hamas à Gaza, il explique pourquoi le sous-sol reste un champ de bataille et pourquoi on s'y battra encore demain, notamment en ville.
Sous terre, un autre champ de bataille
Le commandant Romain Choron, historien et expert en stratégie militaire au Commandement du combat futur de l’armée de Terre, retrace dans Combats futurs l’histoire de la guerre souterraine, de l’Antiquité à Gaza. Il a commencé à travailler sur le sujet après 2013, quand les armées françaises engagées au Mali ont découvert qu’une partie des positions ennemies avaient échappé au renseignement satellitaire et aérien. Jusqu’à la révolution industrielle, explique-t-il, guerre souterraine, guerre de sape et guerre de mines sont synonymes : les sapeurs romains creusent des tunnels vers les murailles pour provoquer leur effondrement, et au siège de Jérusalem en 70, les assiégés répondent par des contre-mines, en jetant des nids d’abeilles et en brûlant du soufre pour chasser les mineurs. Il faut attendre la poudre noire, au XIVe siècle, pour faire exploser une muraille par en dessous. Au Moyen Âge, les carrières du nord de la France servent de refuge aux populations ; pendant la Première Guerre mondiale, les mêmes carrières deviennent postes de commandement, infirmeries ou cantonnements, comme la Caverne du Dragon, dans l’Aisne, aujourd’hui lieu de mémoire. En juillet 1916, au début de la bataille de la Somme, des sapeurs britanniques font exploser 30 tonnes d’explosifs sous la tranchée allemande, à La Boisselle. Le commandant Choron s’attarde sur les conflits asymétriques : en Algérie, à partir de 1959, environ 5 000 à 6 000 indépendantistes trouvent refuge dans les massifs montagneux jusqu’en 1962 ; l’armée française y emploie près de 2 000 chiens, dont une quarantaine dans des « sections de grottes », puis un dérivé du gaz lacrymogène pour faire sortir les combattants. Il évoque aussi le Vietnam, l’Afghanistan soviétique et ses réseaux d’irrigation souterrains, puis les tunnels du Hamas, construits depuis les années 2000, que l’armée israélienne explore avec des robots, des capteurs et l’intelligence artificielle.
Pour l’avenir, il cite Pierre Santoni, ancien chef du centre d’entraînement en zone urbaine, pour qui la ville pourrait devenir « l’ultime champ de bataille ». Le génie dispose aujourd’hui d’équipes de fouille opérationnelle spécialisées, lointaines héritières des sections de grottes d’Algérie. Sa conclusion : « peut-être que demain, gagner la guerre, ce sera d’abord la gagner sous terre ».
Les références de l’épisode
- Commandement du combat futur (CCF) : grand commandement de l’innovation et de la pensée militaire de l’armée de Terre, producteur du podcast.
- Siège de Jérusalem en 70 : premier exemple de mine et de contre-mine donné par l’invité.
- Caverne du Dragon : carrière de l’Aisne utilisée pendant la Première Guerre mondiale, aujourd’hui lieu de mémoire.
- Bataille de la Somme, juillet 1916 : explosion d’une mine britannique sous les lignes allemandes à La Boisselle.
- Sections de grottes : unités de l’armée française spécialisées dans le combat souterrain pendant la guerre d’Algérie.
- Pierre Santoni, L’ultime champ de bataille : ouvrage cité sur le combat en zone urbaine.
- Génie : arme de prédilection du milieu souterrain, de l’Antiquité aux équipes de fouille opérationnelle actuelles.
Au fil de l’épisode
- 00:00:18 : le parcours du commandant Romain Choron et le Mali après 2013
- 00:01:26 : la sape dans l’Antiquité et l’art des sièges
- 00:02:58 : la poudre noire et le siège de Jérusalem en 70
- 00:04:25 : les premiers sapeurs, spécialistes du souterrain
- 00:04:59 : le Moyen Âge et les souterrains refuges
- 00:07:21 : la Première Guerre mondiale et la bataille de la Somme
- 00:08:49 : carrières, postes de commandement et Caverne du Dragon
- 00:10:20 : guerre souterraine et conflits asymétriques en Algérie
- 00:12:02 : Vietnam et Afghanistan
- 00:12:31 : la tactique du combat souterrain et les chiens
- 00:14:26 : les tunnels au Moyen-Orient et à Gaza
- 00:16:15 : robots, capteurs et intelligence artificielle
- 00:16:57 : la guerre souterraine de demain et la ville
- 00:18:20 : les unités françaises spécialisées
FAQ
Qu’est-ce que la guerre de sape ?
Selon le commandant Romain Choron, la sape consiste à creuser un tunnel vers une muraille ou une tranchée ennemie pour provoquer son effondrement ou y placer des explosifs. Jusqu’à la révolution industrielle, guerre de sape, guerre de mines et guerre souterraine sont synonymes. Les Romains la pratiquaient déjà lors de leurs sièges de villes.
Comment l’armée française combattait-elle dans les grottes en Algérie ?
D’après l’historien, l’armée française s’inspire de la spéléologie : un homme de pointe suivi d’un ou deux soldats entre dans la grotte. Des chiens dressés au combat souterrain, une quarantaine au sein de sections de grottes, le précèdent. Face aux limites de cette tactique, elle utilise ensuite un dérivé du gaz lacrymogène pour faire sortir les combattants.
Pourquoi les tunnels de Gaza posent-ils un problème militaire ?
Pour Romain Choron, la difficulté est de savoir qui se trouve dans un tunnel : des combattants, des civils ou des otages. C’est un enjeu de renseignement. L’armée israélienne fait appel à des robots, à des capteurs électroniques, à l’intelligence artificielle et à un char adapté pour garder le contact avec les soldats envoyés sous terre.
Se battra-t-on encore sous terre demain ?
Oui, selon le commandant Romain Choron, car les villes et leurs infrastructures souterraines ne cessent de se développer. Sur un champ de bataille rendu transparent par la technologie, la mobilité se reporte vers la ville et le sous-sol. Le génie français dispose d’équipes de fouille opérationnelle spécialisées pour ce milieu.
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