
Le lieutenant-colonel Rémi Bernier, ancien des troupes d'infanterie de marine et longtemps membre des forces spéciales, consacre un livre à l'histoire du 1er RPIMa. Au micro de Jean-Baptiste Noé, pour Conflits, il raconte la filiation du régiment avec les SAS de la France libre. Il décrit aussi les techniques de saut, de l'ouverture automatique à la chute sous oxygène, la longue sélection des commandos, une période clandestine méconnue et l'arrivée du drone dans le sac de chaque équipier.
Des SAS de la France libre au régiment de Bayonne
Le lieutenant-colonel Rémi Bernier, ancien des troupes d’infanterie de marine et longtemps membre des forces spéciales, retrace pour Conflits, au micro de Jean-Baptiste Noé, l’histoire du 1er régiment de parachutistes d’infanterie de marine (1er RPIMa), à laquelle il consacre un livre paru chez Mareuil Éditions. Le régiment, qui ne dépasse pas aujourd’hui 1 000 hommes, relève des forces spéciales, dont la devise du commandement est « agir autrement » : offrir au pouvoir politique, et d’abord au président de la République, une option capable de produire avec peu d’hommes des effets parfois stratégiques. Son origine remonte au 15 septembre 1940, quand un capitaine rallié au général de Gaulle propose à Londres la création d’une unité aéroportée, formée d’anciens militaires mais aussi d’instituteurs ou de professeurs qui refusent la défaite. Jumelée aux SAS britanniques, elle combat jusqu’en 1945. Les anciens SAS partent ensuite en Indochine ; après 1954, les unités parachutistes coloniales s’installent à Bayonne, où l’état-major de la brigade parachutiste coloniale est créé le 10 février 1955, avant la guerre d’Algérie. Le 1er RPIMa naît en 1960 pour recevoir le drapeau des SAS et former les parachutistes destinés à l’Algérie et à l’outre-mer.
Il évoque aussi l’après-putsch des généraux : des unités parachutistes punies collectivement, le béret rouge interdit en tenue d’été, des enquêtes de sécurité militaire, jusqu’au milieu des années 1970.
Ouverture automatique, chute libre et saut sous oxygène
Le lieutenant-colonel Bernier explique l’intérêt du parachutiste, l’effet de surprise, et celui de l’hélicoptère, plus agile. Il distingue trois techniques. Le saut à ouverture automatique se fait entre 200 et 400 mètres, parfois à 150, pour réduire le temps sous voile, où l’on est vulnérable. La chute libre opérationnelle, développée à partir de 1965, se pratique vers 4 000 mètres, ouverture haute pour s’infiltrer sous voile ou basse pour la discrétion. Au-delà, le saut sous oxygène, jusqu’à 8 000, 9 000 voire 10 000 mètres, permet de passer des frontières sans être vu des radars et de parcourir 15 à 20 kilomètres sous voile, par moins 50 degrés, avec des colis qui atteignent désormais 150 kilos. Il décrit la préparation dans l’avion, la vérification mutuelle, le « briefing sous les ailes » avec les pilotes des escadrons d’opérations spéciales, et l’étagement des ouvertures la nuit, aujourd’hui avec des jumelles de vision nocturne. Le chef du saut n’est pas forcément l’officier : un sergent-chef aux presque 1 000 sauts peut guider un lieutenant qui en compte 200. Il raconte un saut en mars 2007 dans le nord de la Centrafrique.
Le recrutement est sélectif : sur des promotions de 70 candidats, une douzaine peuvent être retenus, et il faut trois ans pour former un équipier, plongeur, chuteur ou tireur de haute précision.
Une unité clandestine, puis le COS
L’invité raconte la période méconnue de 1975 à 1981, quand le régiment abrite une unité clandestine liée au service de renseignement extérieur, née d’un accord secret de mai 1973 entre le chef d’état-major des armées et le directeur du SDECE, inquiets des tentatives de déstabilisation soviétiques en Afrique. Le régiment était à Kolwezi en 1977, un an avant le saut du 2e REP de mai 1978 : son chef de corps contribue alors à arrêter une première offensive des rebelles katangais. En 1978, le régiment n’est pas convié au saut et rejoint la ville par avion. Il participe en 1979 à la destitution de l’empereur de Centrafrique, remplacé en 45 minutes à Bangui. Après 1981, le régiment devient une unité de recherche face au pacte de Varsovie, jusqu’à la création du Commandement des opérations spéciales (COS), qui emploie selon lui 4 000 à 4 500 hommes de la Marine, de la Terre et de l’Air dans une chaîne de décision courte. Son livre recense plus de 85 opérations, et il cite la période afghane de 2002 à 2006 comme ciment entre unités.
Aujourd’hui, le drone a changé le métier : chaque commando l’emporte pour voir, frapper ou brouiller. Il rappelle aussi les missions peu montrées par le cinéma, comme le conseil, la formation de maquis ou la contre-insurrection.
Pour aller plus loin
Les références de l’épisode
- Le livre du lieutenant-colonel Rémi Bernier sur l’histoire du 1er RPIMa, paru chez Mareuil Éditions.
- Special Air Service (SAS) : les unités britanniques auxquelles les parachutistes de la France libre ont été jumelés.
- Commandement des opérations spéciales (COS) : l’employeur du régiment depuis sa création.
- 2e régiment étranger de parachutistes (2e REP) : l’unité du saut sur Kolwezi en 1978.
- SDECE : le service de renseignement extérieur auquel était liée l’unité clandestine du régiment.
- Bayonne et sa citadelle : l’implantation du régiment et le lieu d’instruction des jeunes recrues.
- UNITA de Jonas Savimbi : le mouvement angolais formé en 1977, exemple de mission de conseil.
Au fil de l’épisode
- 00:01:57 : présentation du 1er RPIMa et du lieutenant-colonel Rémi Bernier
- 00:02:51 : la taille d’un régiment et la différence entre forces spéciales et services secrets
- 00:04:19 : les origines dans la France libre et le jumelage avec les SAS
- 00:06:50 : de l’Indochine à Bayonne, puis la guerre d’Algérie
- 00:07:48 : 1960, la création du régiment et sa vocation d’instruction
- 00:09:43 : l’apport de l’hélicoptère et l’intérêt des parachutistes
- 00:11:50 : le putsch des généraux et ses suites pour les parachutistes
- 00:14:11 : pourquoi Bayonne
- 00:16:56 : saut à ouverture automatique, chute libre et saut sous oxygène
- 00:22:33 : l’autonomie au sol et la préparation du saut
- 00:24:21 : qui commande le saut et l’ordre de sortie
- 00:26:12 : le rôle des pilotes des opérations spéciales
- 00:28:23 : le recrutement et trois ans de formation
- 00:31:36 : Kolwezi et la présence du régiment un an avant
- 00:34:07 : l’unité clandestine de 1975 à 1981
- 00:36:51 : le régiment de recherche face au pacte de Varsovie, puis le COS
- 00:39:37 : le drone et les nouvelles formes d’action
- 00:41:10 : influence, conseil et contre-insurrection
FAQ
Qu’est-ce que le 1er RPIMa ?
Le 1er régiment de parachutistes d’infanterie de marine est une unité des forces spéciales de l’armée de Terre, basée à Bayonne, qui compte aujourd’hui moins de 1 000 hommes selon le lieutenant-colonel Rémi Bernier. Créé en 1960 pour recevoir le drapeau des SAS de la France libre, il dépend aujourd’hui du Commandement des opérations spéciales.
Comment entrer au 1er RPIMa ?
Selon le lieutenant-colonel Rémi Bernier, les militaires du rang passent par un centre d’information et de recrutement, puis une série de tests ; sur des promotions de 70 candidats, une douzaine peuvent être retenus. Les sous-officiers d’autres régiments constituent un dossier transmis à Bayonne. La formation dure trois ans avant de devenir équipier opérationnel.
Qu’est-ce que le saut sous oxygène ?
C’est un saut opérationnel effectué entre 4 000 et 10 000 mètres d’altitude, où l’oxygène devient nécessaire. Le lieutenant-colonel Rémi Bernier explique qu’il permet de franchir des frontières sans être détecté par les radars et de parcourir 15 à 20 kilomètres sous voile, par moins 50 degrés, avec des charges pouvant atteindre 150 kilos.
Quel lien entre le 1er RPIMa et les SAS britanniques ?
Le régiment descend de l’unité aéroportée créée à Londres en 1940 auprès du général de Gaulle, jumelée avec les SAS britanniques jusqu’en 1945. Selon le lieutenant-colonel Rémi Bernier, les anciens SAS sont ensuite partis en Indochine, avant que le 1er RPIMa reçoive leur drapeau en 1960 à Bayonne.
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