
Carole, psychologue au Centre interarmées des actions sur l'environnement, est l'invitée du Defcast, le podcast du ministère des Armées. Elle ne reçoit pas en consultation : elle transmet aux cybercombattants ce que la psychologie enseigne sur l'influence. Elle raconte son arrivée au ministère en 2019, les missions de son centre, et explique pourquoi certaines personnes croient aux fausses informations, alors que les armées françaises s'interdisent d'en diffuser.
La psychologie au service des cybercombattants
Carole est psychologue au Centre interarmées des actions sur l’environnement (CIAE), où elle travaille sous le contrôle opérationnel du Commandement de la cyberdéfense. Dans le Defcast, le podcast du ministère des Armées, elle raconte un métier rare : elle ne reçoit pas en consultation, mais transmet aux cybercombattants ce que la psychologie enseigne pour mener des opérations de lutte informatique d’influence (L2I), et étudie la manipulation de l’information sous l’angle cognitif. Psychocriminologue de formation, discipline qui touche à la transgression, à la violence, à la victimologie ou au droit, elle voulait d’abord entrer dans la réserve en 2019, avant que le CIAE ne lui propose un poste à temps plein de civile de la défense. Selon elle, son profil intéressait alors parce que la lutte contre le terrorisme exigeait de comprendre les profils des djihadistes. Elle présente le CIAE comme un organisme interarmées, expert de la lutte informatique d’influence, des opérations psychologiques et de la coopération civilo-militaire, chargé de comprendre l’environnement, d’agir pour obtenir des changements de comportement et de former les unités qui se dotent de capacités cyber. La discrétion qui l’entoure tient, selon elle, à l’absence de doctrine avant 2019, l’influence étant devenue la sixième fonction stratégique en 2022. Son travail consiste à analyser le facteur humain chez l’adversaire et à conseiller les opérateurs, par exemple pour valider un discours ou des mots clés à partir des théories de psychologie sociale. Elle décrit les ressorts de l’adhésion à la désinformation : un besoin psychologique de croyance pour expliquer le monde, un mode de pensée intuitif plutôt qu’analytique, la place centrale de l’émotion, et certaines personnalités plus exposées, aux tendances paranoïaques, histrioniques ou schizoïdes, que les algorithmes des réseaux sociaux savent repérer « affreusement bien ». Elle évoque aussi le paradoxe d’une génération Z qui s’informe sur les réseaux sociaux et vérifie, tout en restant plus perméable aux fausses informations. Les armées françaises, insiste-t-elle, s’interdisent de diffuser de fausses informations : chaque opération est validée par le conseiller juridique, et seules des informations vraies peuvent être utilisées.
Six ans après son arrivée, elle se dit acceptée, presque défendue par ses collègues, et constate que la lutte contre des compétiteurs stratégiques est plus délicate que celle, consensuelle, contre le terrorisme.
Les références de l’épisode
- Centre interarmées des actions sur l’environnement (CIAE) : centre expert de la lutte informatique d’influence, des opérations psychologiques et de la coopération civilo-militaire.
- Commandement de la cyberdéfense : commandement sous le contrôle opérationnel duquel travaille Carole, selon la description de l’épisode.
- Lutte informatique d’influence (L2I) : domaine d’action militaire dans le champ informationnel, encadré par une doctrine depuis 2019.
- Sixième fonction stratégique : l’influence, ajoutée aux fonctions stratégiques en 2022.
- Pyramide de Maslow : théorie des besoins à laquelle Carole rattache le besoin de croyance.
Au fil de l’épisode
- 00:00:33 : la psychologue fait-elle encore peur au ministère des Armées ?
- 00:01:42 : de la réserve à un poste de civile de la défense
- 00:02:07 : qu’est-ce que la psychocriminologie ?
- 00:03:23 : ce qui intéressait les armées dans son profil
- 00:04:15 : le CIAE et ses missions
- 00:05:34 : une unité discrète, encadrée par une doctrine depuis 2019
- 00:06:27 : analyser le facteur humain de l’adversaire
- 00:07:43 : un exemple de conseil aux cybercombattants
- 00:08:11 : le besoin de croyance et l’adhésion à la désinformation
- 00:09:58 : l’émotion au cœur de la désinformation
- 00:10:23 : les personnalités les plus exposées aux fausses informations
- 00:12:10 : le paradoxe de la génération Z
- 00:14:19 : la recherche au service des opérations
- 00:15:11 : l’interdiction de diffuser de fausses informations
- 00:16:07 : six ans dans les armées
- 00:17:04 : du terrorisme aux compétiteurs stratégiques
FAQ
Qu’est-ce que la lutte informatique d’influence ?
La lutte informatique d’influence (L2I) désigne les actions militaires menées dans le champ informationnel numérique. Selon Carole, psychologue au CIAE, elle est encadrée par une doctrine depuis 2019, et l’influence est devenue la sixième fonction stratégique en 2022. Les armées françaises s’y interdisent de diffuser de fausses informations.
Que fait une psychologue au Centre interarmées des actions sur l’environnement ?
Elle ne reçoit pas en consultation. Carole analyse le facteur humain chez l’adversaire et conseille les cybercombattants, par exemple pour valider un discours ou les mots clés les plus efficaces, en s’appuyant sur la psychologie sociale. Elle étudie aussi les mécanismes cognitifs de la désinformation.
Pourquoi certaines personnes croient-elles aux fausses informations ?
D’après Carole, l’être humain a un besoin psychologique de croyance pour expliquer le monde. Les personnes au fonctionnement plus intuitif qu’analytique, celles qui sont plus soumises à leurs émotions et certaines personnalités, aux tendances paranoïaques, histrioniques ou schizoïdes, y adhèrent plus facilement, et les algorithmes savent les repérer.
L’armée française peut-elle diffuser de fausses informations ?
Non, selon Carole. Le ministère des Armées agit dans un cadre légal strict qui interdit la diffusion de fausses informations : seules des informations vraies peuvent être utilisées. Le conseiller juridique des armées valide les opérations pour qu’aucun risque légal ne pèse sur le ministère ni sur les opérateurs.
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