
Le commandant Charles-Arthur, officier stagiaire à l'École de guerre-Terre, artilleur passé par Saint-Cyr, détaille pour le podcast de la revue Conflits la place de l'intelligence artificielle dans l'armée de Terre. Au centre de l'échange : les postes de commandement, où se conçoivent les ordres. Infobésité, outils internes sécurisés, vulnérabilité révélée par la guerre en Ukraine, formation des soldats : il explique comment l'IA doit aider à décider plus vite sans jamais décider à la place du chef.
Gagner du temps dans les postes de commandement
Le commandant Charles-Arthur, officier stagiaire à l’École de guerre-Terre, saint-cyrien et artilleur, explique à Jean-Baptiste Noé comment l’armée de Terre intègre l’intelligence artificielle, d’abord dans ses postes de commandement. Il définit le poste de commandement comme le lieu où travaille un état-major et où la manœuvre est conçue puis conduite, du régiment de 800 à 1 000 soldats au corps d’armée de près de 100 000. L’enjeu, selon lui, est le temps : l’IA doit permettre de « penser plus vite que l’adversaire, de décider plus vite, de donner plus vite nos ordres » et, à la fin, de le surprendre. Elle doit aussi aider à lever le brouillard de la guerre et à trier une masse de données qu’il qualifie d’« infobésité » : transmissions radio, comptes rendus, positions des unités. Il cite les systèmes d’information de l’artillerie et du programme Scorpion, et décrit les outils déjà en place : un équivalent militaire de ChatGPT sur le réseau interne, et un calculateur de forte puissance destiné d’abord aux états-majors de division pour héberger des cas d’usage, comme un calculateur de rapport de force.
Il présente les acteurs : l’Agence ministérielle pour l’intelligence artificielle de défense, le bureau numérique de l’armée de Terre, la Direction générale de l’armement (DGA), l’industriel Thales et le centre de la donnée et de l’appui numérique du fort d’Arcueil, où il a effectué un stage de six mois.
Des postes de commandement plus petits, un chef qui décide
Le commandant Charles-Arthur relie ces travaux à la guerre en Ukraine : après des années de déploiements stables au Sahel ou en Afghanistan, sans menace aérienne, les postes de commandement ont grossi, alors qu’ils sont désormais facilement détectables par leurs émissions et visés en priorité. Il faut, dit-il, « penser plus petit », avec moins de personnel, des experts dispersés à quelques centaines de mètres les uns des autres, des leurres électromagnétiques et des données stockées en France plutôt que sur place. Il insiste sur la formation des officiers comme des soldats, qui doivent apprendre à utiliser l’IA, et évoque les projets de système de combat terrestre franco-allemand et de drone accompagnant l’hélicoptère Tigre.
Pour lui, la limite reste claire : l’IA aura des biais, « ce n’est pas l’IA qui va décider, c’est bien le chef », et l’humain doit rester dans la boucle dès qu’il s’agit de létalité.
Pour aller plus loin
Les références de l’épisode
- École de guerre-Terre : partenaire de l’émission, où l’invité est officier stagiaire.
- Agence ministérielle pour l’intelligence artificielle de défense : structure chargée de professionnaliser l’usage de l’IA et d’accélérer son intégration dans les armées.
- Programme Scorpion : programme de l’armée de Terre doté de son propre système d’information et de communication.
- Thales : industriel avec lequel l’invité a participé à des ateliers de réflexion sur l’IA.
- Fort d’Arcueil : siège du centre de la donnée et de l’appui numérique de l’armée de Terre.
- MGCS (Main Ground Combat System) : projet de char franco-allemand conçu comme un système de systèmes.
- Hélicoptère Tigre : cité pour un projet de drone volant à ses côtés.
Au fil de l’épisode
- 00:00:43 : présentation de l’émission et du commandant Charles-Arthur
- 00:02:09 : qu’est-ce qu’un poste de commandement ?
- 00:03:26 : transmissions et systèmes d’information et de communication
- 00:05:07 : automatiser le processus de réflexion qui aboutit à l’ordre d’opération
- 00:06:57 : lever le brouillard de la guerre et trier les données
- 00:09:05 : la sécurité des outils et la fiabilité des données
- 00:10:50 : un ChatGPT militaire et un calculateur au plus près des états-majors
- 00:11:48 : les industriels et les organismes qui développent l’IA
- 00:14:19 : recruter et former des experts
- 00:16:25 : la vulnérabilité des postes de commandement depuis la guerre en Ukraine
- 00:19:29 : des unités plus petites et un chef qui tranche
- 00:22:47 : former les officiers et les soldats à l’IA
- 00:24:36 : l’IA dans les chars, l’artillerie et les drones
FAQ
À quoi sert l’intelligence artificielle dans un poste de commandement ?
Selon le commandant Charles-Arthur, l’IA doit d’abord faire gagner du temps : accélérer le processus de réflexion qui aboutit à l’ordre d’opération, trier les très nombreuses données reçues par un état-major et aider à situer les unités adverses à partir de leur doctrine, pour décider et agir plus vite que l’ennemi.
Comment l’armée de Terre sécurise-t-elle ses outils d’IA ?
L’invité explique que les armées s’appuient sur une agence ministérielle dédiée et sur des outils hébergés en interne : un modèle de langage de type ChatGPT accessible sur le réseau interne, qui puise dans des bases de données choisies, et un calculateur placé auprès des états-majors, sur des réseaux que l’adversaire ne doit pas pouvoir corrompre.
Pourquoi les postes de commandement doivent-ils devenir plus petits ?
Pour le commandant Charles-Arthur, les postes de commandement ont grossi pendant des années de guerres stables, au Sahel ou en Afghanistan. La guerre en Ukraine montre qu’ils sont détectables par leurs émissions et visés en priorité. L’IA doit permettre de réduire le personnel, de disperser les experts et d’être moins visible.
L’IA peut-elle remplacer le chef militaire ?
Non, répond l’invité : l’IA restera une aide à la décision, avec des biais et des erreurs possibles. C’est le chef qui tranche à la fin, et il faut s’assurer que l’humain reste dans la boucle, surtout lorsqu’un système porte une capacité létale.
Tsars et tsarines de Russie – Anna Moretti
30 Oct
Brésil : victoire de Lula
26 Oct
Le Vatican insolite – Caroline Pigozzi
23 Oct
Géopolitique de Paris
20 Oct
Israël : la culture du combat – Gil Mihaely
16 Oct
Atlas Conflits : un atlas pour décrypter le monde – Jean-Baptiste Noé
13 Oct
Indice Conflits de la défense
9 Oct
Éthiopie : la guerre reprend
6 Oct
Alexis de Tocqueville et la guerre
2 Oct
Venezuela : terrain de chasse des États-Unis
29 Sep
Le mythe des Trente glorieuses
25 Sep
Italie : un pays, des investissement
22 Sep
Dans la peau d’un militaire du rang
22 Oct
#49 – La musique militaire : transmettre, rassembler, faire vivre l’histoire
15 Oct
L’homme qui murmure à l’oreille des chefs
1 Oct
Comment est né le régiment de cyberdéfense ?
22 Sep
Peut-on rire de ses chefs ?
4 Sep
Guerre électronique : Ils peuvent te localiser sans te voir
20 Août
#45 – Essais, précision, fiabilité : un métier méconnu derrière les armes du combattant
1 Août
Bricoleurs des Armées [Dans le viseur #80]
26 Juin
L’armée de Terre face à la bascule du monde
19 Juin
#43 – L’ergonomie : un multiplicateur de performances pour le combattant
2 Juin
Le RETEX Ukraine #1 : les motocross
22 Mai
#42 – Le RETEX face à la transformation du champ de bataille
15 Mai
