Podcast Défense.
Conflits, géopolitique11 juillet 202527 min

L’intelligence artificielle dans l’armée de Terre – Ecole de Guerre – Terre

Le commandant Charles-Arthur, l'intelligence artificielle dans les postes de commandement de l'armée de Terre

Le commandant Charles-Arthur, officier stagiaire à l'École de guerre-Terre, artilleur passé par Saint-Cyr, détaille pour le podcast de la revue Conflits la place de l'intelligence artificielle dans l'armée de Terre. Au centre de l'échange : les postes de commandement, où se conçoivent les ordres. Infobésité, outils internes sécurisés, vulnérabilité révélée par la guerre en Ukraine, formation des soldats : il explique comment l'IA doit aider à décider plus vite sans jamais décider à la place du chef.

Gagner du temps dans les postes de commandement

Le commandant Charles-Arthur, officier stagiaire à l’École de guerre-Terre, saint-cyrien et artilleur, explique à Jean-Baptiste Noé comment l’armée de Terre intègre l’intelligence artificielle, d’abord dans ses postes de commandement. Il définit le poste de commandement comme le lieu où travaille un état-major et où la manœuvre est conçue puis conduite, du régiment de 800 à 1 000 soldats au corps d’armée de près de 100 000. L’enjeu, selon lui, est le temps : l’IA doit permettre de « penser plus vite que l’adversaire, de décider plus vite, de donner plus vite nos ordres » et, à la fin, de le surprendre. Elle doit aussi aider à lever le brouillard de la guerre et à trier une masse de données qu’il qualifie d’« infobésité » : transmissions radio, comptes rendus, positions des unités. Il cite les systèmes d’information de l’artillerie et du programme Scorpion, et décrit les outils déjà en place : un équivalent militaire de ChatGPT sur le réseau interne, et un calculateur de forte puissance destiné d’abord aux états-majors de division pour héberger des cas d’usage, comme un calculateur de rapport de force.

Il présente les acteurs : l’Agence ministérielle pour l’intelligence artificielle de défense, le bureau numérique de l’armée de Terre, la Direction générale de l’armement (DGA), l’industriel Thales et le centre de la donnée et de l’appui numérique du fort d’Arcueil, où il a effectué un stage de six mois.

Des postes de commandement plus petits, un chef qui décide

Le commandant Charles-Arthur relie ces travaux à la guerre en Ukraine : après des années de déploiements stables au Sahel ou en Afghanistan, sans menace aérienne, les postes de commandement ont grossi, alors qu’ils sont désormais facilement détectables par leurs émissions et visés en priorité. Il faut, dit-il, « penser plus petit », avec moins de personnel, des experts dispersés à quelques centaines de mètres les uns des autres, des leurres électromagnétiques et des données stockées en France plutôt que sur place. Il insiste sur la formation des officiers comme des soldats, qui doivent apprendre à utiliser l’IA, et évoque les projets de système de combat terrestre franco-allemand et de drone accompagnant l’hélicoptère Tigre.

Pour lui, la limite reste claire : l’IA aura des biais, « ce n’est pas l’IA qui va décider, c’est bien le chef », et l’humain doit rester dans la boucle dès qu’il s’agit de létalité.

Pour aller plus loin

Les références de l’épisode

  • École de guerre-Terre : partenaire de l’émission, où l’invité est officier stagiaire.
  • Agence ministérielle pour l’intelligence artificielle de défense : structure chargée de professionnaliser l’usage de l’IA et d’accélérer son intégration dans les armées.
  • Programme Scorpion : programme de l’armée de Terre doté de son propre système d’information et de communication.
  • Thales : industriel avec lequel l’invité a participé à des ateliers de réflexion sur l’IA.
  • Fort d’Arcueil : siège du centre de la donnée et de l’appui numérique de l’armée de Terre.
  • MGCS (Main Ground Combat System) : projet de char franco-allemand conçu comme un système de systèmes.
  • Hélicoptère Tigre : cité pour un projet de drone volant à ses côtés.

Au fil de l’épisode

  • 00:00:43 : présentation de l’émission et du commandant Charles-Arthur
  • 00:02:09 : qu’est-ce qu’un poste de commandement ?
  • 00:03:26 : transmissions et systèmes d’information et de communication
  • 00:05:07 : automatiser le processus de réflexion qui aboutit à l’ordre d’opération
  • 00:06:57 : lever le brouillard de la guerre et trier les données
  • 00:09:05 : la sécurité des outils et la fiabilité des données
  • 00:10:50 : un ChatGPT militaire et un calculateur au plus près des états-majors
  • 00:11:48 : les industriels et les organismes qui développent l’IA
  • 00:14:19 : recruter et former des experts
  • 00:16:25 : la vulnérabilité des postes de commandement depuis la guerre en Ukraine
  • 00:19:29 : des unités plus petites et un chef qui tranche
  • 00:22:47 : former les officiers et les soldats à l’IA
  • 00:24:36 : l’IA dans les chars, l’artillerie et les drones

FAQ

À quoi sert l’intelligence artificielle dans un poste de commandement ?

Selon le commandant Charles-Arthur, l’IA doit d’abord faire gagner du temps : accélérer le processus de réflexion qui aboutit à l’ordre d’opération, trier les très nombreuses données reçues par un état-major et aider à situer les unités adverses à partir de leur doctrine, pour décider et agir plus vite que l’ennemi.

Comment l’armée de Terre sécurise-t-elle ses outils d’IA ?

L’invité explique que les armées s’appuient sur une agence ministérielle dédiée et sur des outils hébergés en interne : un modèle de langage de type ChatGPT accessible sur le réseau interne, qui puise dans des bases de données choisies, et un calculateur placé auprès des états-majors, sur des réseaux que l’adversaire ne doit pas pouvoir corrompre.

Pourquoi les postes de commandement doivent-ils devenir plus petits ?

Pour le commandant Charles-Arthur, les postes de commandement ont grossi pendant des années de guerres stables, au Sahel ou en Afghanistan. La guerre en Ukraine montre qu’ils sont détectables par leurs émissions et visés en priorité. L’IA doit permettre de réduire le personnel, de disperser les experts et d’être moins visible.

L’IA peut-elle remplacer le chef militaire ?

Non, répond l’invité : l’IA restera une aide à la décision, avec des biais et des erreurs possibles. C’est le chef qui tranche à la fin, et il faut s’assurer que l’humain reste dans la boucle, surtout lorsqu’un système porte une capacité létale.

Conflits, géopolitique

Retrouver également dans le podcast

Tous les épisodes ›
Tsars et tsarines de Russie – Anna Moretti30 Oct
Conflits, géopolitique · Anna Moretti
30 Oct · 34 min · Géopolitique et relations internationales
Brésil : victoire de Lula26 Oct
Conflits, géopolitique
26 Oct · 9 min · Géopolitique et relations internationales
Le Vatican insolite – Caroline Pigozzi23 Oct
Conflits, géopolitique · Caroline Pigozzi
23 Oct · 32 min · Géopolitique et relations internationales
Géopolitique de Paris20 Oct
Conflits, géopolitique
20 Oct · 15 min · Géopolitique et relations internationales
Israël : la culture du combat – Gil Mihaely16 Oct
Conflits, géopolitique · Gil Mihaely
16 Oct · 40 min · Armées et forces
Atlas Conflits : un atlas pour décrypter le monde – Jean-Baptiste Noé13 Oct
Conflits, géopolitique · Jean-Baptiste Noé
13 Oct · 20 min · Géopolitique et relations internationales
Indice Conflits de la défense9 Oct
Conflits, géopolitique
9 Oct · 16 min · Géopolitique et relations internationales
Éthiopie : la guerre reprend6 Oct
Conflits, géopolitique
6 Oct · 18 min · Géopolitique et relations internationales
Alexis de Tocqueville et la guerre2 Oct
Conflits, géopolitique
2 Oct · 43 min · Géopolitique et relations internationales
Venezuela : terrain de chasse des États-Unis29 Sep
Conflits, géopolitique
29 Sep · 11 min · Géopolitique et relations internationales
Le mythe des Trente glorieuses25 Sep
Conflits, géopolitique
25 Sep · 45 min · Géopolitique et relations internationales
Italie : un pays, des investissement22 Sep
Conflits, géopolitique
22 Sep · 20 min · Géopolitique et relations internationales
Armée de Terre

Dans la même thématique

La thématique ›
L’intelligence artificielle dans l’armée de Terre – Ecole de Guerre – TerreConflits, géopolitique
0:00
26:33