
Florence Gaub, directrice des études du collège de défense de l'OTAN, répond à Alexandre Jubelin depuis le sommet de l'Alliance à La Haye, au premier jour de la rencontre. Après un point sur l'ambiance entre alliés et la hausse des budgets européens de défense, cette spécialiste de la prospective dessine trois scénarios pour l'OTAN à cinq ou dix ans, de l'équilibre de dissuasion à un conflit dans l'Arctique, et explique pourquoi, selon elle, la guerre du futur sera maritime et impliquera la Chine autant que la Russie.
Une alliance moins fragile qu’on ne le craignait
Directrice des études du collège de défense de l’OTAN, Florence Gaub est interrogée par Alexandre Jubelin le mardi 24 juin, au premier jour du sommet de l’Alliance à La Haye. Elle constate que les craintes européennes de janvier 2025, après le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche, ne se sont pas réalisées : ni retrait américain ni remise en cause de la cohésion, mais une forte hausse des investissements européens de défense, ce que Washington demande, rappelle-t-elle, depuis l’administration Obama. Elle reprend le conseil du secrétaire général de l’OTAN : cesser de s’inquiéter des Américains et se concentrer sur l’effort budgétaire. Le défi est désormais politique : convaincre les opinions de certains États membres que la menace est réelle, faute de quoi elles changeront de gouvernement. Pour elle, il ne faut pas confondre la relation transatlantique et l’OTAN, une organisation qui n’a « exactement un problème », la guerre : la dissuader, la prévenir et, si elle éclate, la gagner. Elle observe enfin que les représentants ukrainiens sont d’une humeur moins positive, l’attention s’étant déplacée vers le Proche-Orient. Le président américain, souligne-t-elle, ne peut pas quitter l’OTAN sans le Congrès.
Sur les annonces du sommet, elle invite à juger dans la durée : certains pays n’atteindront leurs objectifs qu’en 2029, et, à propos de Donald Trump, il faut « regarder ce qu’il fait, pas ce qu’il dit ».
Trois scénarios et une guerre du futur maritime
Pour l’exercice de prospective, qu’elle distingue de la divination, Florence Gaub part de trois variables : les capacités militaires des alliés et de leurs adversaires potentiels, la Russie et peut-être la Chine, les intentions, et les facteurs extérieurs comme l’économie ou une pandémie. Premier scénario : si alliés et Russie se réarment d’ici 2030, un équilibre de dissuasion, plus stable encore si un contact diplomatique est rouvert après un cessez-le-feu en Ukraine. Deuxième scénario : un conflit vers 2035 dans l’Arctique, où, selon elle, la fonte des glaces ouvrira une région essentielle pour les sous-marins nucléaires russes et créera une vulnérabilité de part et d’autre. Troisième scénario : un réarmement freiné par une crise économique ou un conflit maritime en Asie, qui laisserait l’Alliance dans sa situation actuelle. Elle invite à repenser la menace chinoise non comme lointaine mais comme maritime, la Chine étant devenue la première puissance navale, se déclarant quasi arctique et multipliant les exercices avec la Russie. Le projet « OTAN 2099 », une bande dessinée tirée de 40 contributions de science-fiction, a fait ressortir ce même thème : pour elle, la guerre en Ukraine est « la guerre d’aujourd’hui », celle du futur sera maritime.
Elle décrit enfin un réseau informel de prospectivistes au sein de l’OTAN et cite parmi les bons élèves la Finlande, les États-Unis, le Royaume-Uni, la France, le Portugal et l’Espagne, regrettant le manque de culture prospective de l’Allemagne.
Les références de l’épisode
- Collège de défense de l’OTAN : l’institution dont Florence Gaub dirige les études.
- Sommet de l’OTAN à La Haye : le lieu de l’enregistrement, le 24 juin.
- OTAN 2099 : bande dessinée issue de l’analyse de 40 contributions de science-fiction.
Au fil de l’épisode
- 00:00:36 : un épisode enregistré au sommet de l’OTAN
- 00:02:39 : présentation de Florence Gaub
- 00:03:45 : l’état d’esprit à La Haye
- 00:05:30 : annonces budgétaires et mise en œuvre
- 00:06:58 : convaincre les opinions publiques
- 00:09:13 : l’OTAN, une organisation qui a un seul problème
- 00:10:45 : l’OTAN dans 5 à 10 ans, les règles de l’exercice
- 00:12:24 : premier scénario, l’équilibre de dissuasion
- 00:14:14 : deuxième scénario, l’Arctique
- 00:15:08 : troisième scénario, la crise extérieure
- 00:16:05 : la Chine dans l’équation de l’Alliance
- 00:18:36 : OTAN 2099 et la guerre maritime
- 00:19:41 : les temporalités de la prospective à l’OTAN
- 00:23:50 : bons et mauvais élèves de la prospective
- 00:24:45 : les attentes pour le sommet
FAQ
Qui est Florence Gaub ?
Florence Gaub est directrice des études du collège de défense de l’OTAN et spécialiste de la prospective stratégique. Elle a été interrogée au sommet de l’OTAN à La Haye sur l’état de l’Alliance et sur ce qu’elle pourrait devenir d’ici cinq à dix ans.
Quels scénarios Florence Gaub imagine-t-elle pour l’OTAN d’ici 2035 ?
Elle en décrit trois : un équilibre de dissuasion si alliés et Russie se réarment d’ici 2030 ; un conflit vers 2035 dans l’Arctique, ouvert par la fonte des glaces ; et un réarmement freiné par une crise économique ou un conflit maritime en Asie, qui laisserait l’Alliance dans sa situation actuelle.
Pourquoi la guerre du futur serait-elle maritime ?
Selon Florence Gaub, la Chine est devenue la première puissance navale, se dit quasi arctique et s’exerce avec la Russie non loin de l’Europe. Le projet OTAN 2099, tiré de 40 contributions de science-fiction, a aussi fait ressortir le conflit maritime : sous-marin, classique ou visant les câbles.
Donald Trump peut-il retirer les États-Unis de l’OTAN ?
Florence Gaub rappelle que le président américain ne peut pas sortir de l’OTAN seul, il a besoin du Congrès. Elle ne croit pas à un départ américain et invite à juger l’administration sur ses actes, qu’elle décrit comme favorables à l’Alliance dès le premier mandat.
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