
Alexandre Jubelin installe Le Collimateur au salon Eurosatory 2026 avec Joseph Henrotin, rédacteur en chef de DSI, et Léo Péria-Peigné, chercheur à l'Ifri. Au quatrième jour de la plus grande édition du salon de l'armement terrestre, ils dressent un premier bilan. Drones et anti-drones sur presque tous les stands, choix du Thundart pour la frappe dans la profondeur, char intermédiaire de KNDS, montée en puissance des industriels turcs, ukrainiens et sud-coréens : les trois intervenants lisent dans la géographie du salon les rapports de force de l'industrie de défense.
Le plus grand salon terrestre change d’échelle
Enregistré au salon Eurosatory, au parc des expositions de Villepinte, cet épisode du Collimateur réunit Alexandre Jubelin, Joseph Henrotin, rédacteur en chef de DSI, et Léo Péria-Peigné, chercheur au centre des études de sécurité de l’Ifri et coordinateur du Laboratoire de recherche sur la défense, pour un bilan à chaud de l’édition 2026. Les invités décrivent l’édition la plus vaste de ce salon de l’armement terrestre : un quatrième hall ouvert, environ 30 % de surface et d’exposants en plus selon Joseph Henrotin, et une affluence qui ne faiblit pas au quatrième jour. Joseph Henrotin, qui en est à son dixième salon depuis 2006, voit un « changement d’époque » et un sens de l’urgence, avec en toile de fond l’échéance de 2029-2030 que les services de renseignement associent à une possible remontée en puissance russe. Les brouilleurs d’engins explosifs improvisés hérités de l’Afghanistan, de l’Irak et du Sahel ont presque disparu ; ils ont été remplacés par les brouilleurs de drones, les drones intercepteurs, les petits drones FPV et les robots terrestres (UGV, véhicules terrestres sans pilote). Les exposants parlent désormais de capacité de production, de délais et de prix : d’après l’un des invités, ils donnent une fourchette de prix 80 % du temps, contre à peine 30 % auparavant.
Pour les trois intervenants, ce qui se montre sur les stands raconte les horizons industriels et militaires du monde occidental.
Une géographie des stands qui dit les rapports de force
La taille et l’emplacement des stands servent ici de lecture géopolitique. Les Turcs sont en tête d’affiche : Otokar expose ses blindés à l’entrée et Aselsan, l’électronicien turc, sponsorise les cordons des badges, signe pour les invités des ambitions d’une industrie qui cherche des coentreprises avec les Européens. Les Ukrainiens, autrefois regroupés sur un stand commun, occupent désormais au moins cinq stands ; Fire Point présente un missile Flamingo complet, de la taille d’un autocar. Les intervenants comparent aussi KNDS, l’ensemble franco-allemand né de Nexter et KMW, et son concurrent Rheinmetall, venu avec moins de matériel qu’en 2024 ; les Sud-Coréens, dont Hanwha qui expose son obusier automoteur K9 et son lance-roquettes Chunmoo, face à des Américains plus dispersés ; les Chinois relégués au fond d’un hall ; le contraste entre les Émiratis d’Edge et un stand saoudien fait surtout de salles de réunion. Les stands israéliens, en partie bâchés, rappellent la tension née de la décision du gouvernement français d’interdire l’exposition d’armes offensives : les invités y voient une question de double standard qu’il faudrait clarifier avant la prochaine édition.
Le salon est aussi, selon eux, un lieu où l’on suit l’argent : qui a les moyens d’un grand stand, de salles de réunion et de démonstrations.
Frappe dans la profondeur, chars et artillerie de demain
L’annonce majeure, faite par la ministre des Armées à l’ouverture, est le choix du Thundart de MBDA et Safran dans le programme de frappe dans la profondeur terrestre (FLP-T), face à l’équipe Thales et Ariane. Léo Péria-Peigné, auteur d’une étude récente sur les lance-roquettes multiples, s’inquiète du vide capacitaire : les derniers lance-roquettes unitaires (LRU) quittent le service à la fin de l’année et le nouveau système n’arrivera pas avant 2029. Joseph Henrotin détaille la version terrestre du missile de croisière naval de MBDA et le programme Titan, complément de Scorpion à l’horizon 2035-2040. KNDS montre un char intermédiaire à tourelle inhabitée et canon de 120 mm sur caisse de Leopard 2, ainsi qu’un canon de 58 calibres présenté comme le premier système conçu en franco-allemand, qui prépare l’après-César. Les invités discutent la vulnérabilité de l’artillerie face aux drones, le choix britannique de 70 canons et 70 lance-roquettes, le véhicule commun d’Arquus et John Cockerill, le projet de char léger de CSG avec le turc FNSS, et un nouveau contrat César avec la Malaisie.
Le salon se lit enfin par les petites briques : un radar passif de Patria, des moteurs de drones, un wagon porte-chars finlandais.
Pour aller plus loin
Les références de l’épisode
- Eurosatory : salon de l’armement terrestre, tenu au parc des expositions de Villepinte, dont l’édition 2026 est l’objet de l’épisode.
- Fire Point : industriel ukrainien qui expose un missile Flamingo complet.
- Thundart : système de MBDA et Safran retenu pour la frappe dans la profondeur terrestre (FLP-T).
- Titan : programme présenté comme le complément de Scorpion pour la haute intensité à l’horizon 2035-2040.
- César : canon français dont un nouveau contrat avec la Malaisie est évoqué.
- Comand AI : entreprise française dans laquelle Saab a annoncé une prise de participation pendant le salon.
- Patria : industriel finlandais qui présente un radar passif de contre-batterie.
- COGES : organisateur du salon, salué en fin d’épisode.
Au fil de l’épisode
- 00:00:50 : présentation de l’épisode spécial enregistré à Eurosatory et des deux invités
- 00:03:10 : impression générale sur l’édition 2026, quatrième hall et affluence record
- 00:06:23 : de la lutte contre les engins explosifs improvisés aux drones et à la lutte anti-drones
- 00:08:43 : capacité de production et prix, une communication plus ouverte des exposants
- 00:11:11 : les Turcs en tête d’affiche, Otokar et Aselsan
- 00:13:43 : la montée en puissance des stands ukrainiens et le missile Flamingo
- 00:16:22 : la taille des stands comme indicateur, de Comand AI à KNDS et Rheinmetall
- 00:19:50 : Sud-Coréens et Américains, Hanwha et le K9
- 00:22:18 : la place des industriels chinois
- 00:23:37 : Edge pour les Émirats et le stand saoudien
- 00:26:14 : Espagnols, Indra et son blindé Dragon, Polonais de PGZ
- 00:28:05 : le Thundart retenu pour la frappe dans la profondeur, la question des LRU
- 00:30:06 : missile de croisière terrestre de MBDA et programme Titan
- 00:33:24 : le char intermédiaire de KNDS face au KF51 de Rheinmetall
- 00:35:13 : le canon de 58 calibres et l’après-César
- 00:39:00 : l’artillerie menacée par les drones, le choix britannique entre canons et lance-roquettes
- 00:41:37 : le véhicule commun d’Arquus et John Cockerill
- 00:43:52 : CSG et son projet de char léger avec FNSS
- 00:45:23 : Leonardo et Rheinmetall, puis le contrat César avec la Malaisie
- 00:48:29 : le radar passif de contre-batterie de Patria
- 00:51:30 : des PME à suivre, dont Destinus
- 00:53:18 : un wagon porte-chars finlandais et le transport ferroviaire militaire
- 00:56:13 : conseils de visite, le stand du ministère ukrainien de la Défense
- 00:59:01 : les objets les plus insolites du salon
- 01:00:11 : déceptions, de la présence américaine aux stands israéliens bâchés
- 01:04:52 : l’organisation du salon par le COGES
FAQ
Qu’est-ce qui distingue l’édition 2026 d’Eurosatory ?
Selon les invités du Collimateur, c’est l’édition la plus vaste du salon : un quatrième hall a été ouvert, avec environ 30 % de surface et d’exposants en plus d’après Joseph Henrotin. Les drones, la lutte anti-drones et les robots terrestres y sont partout, et les exposants parlent ouvertement de capacités de production et de prix.
Quel système a été choisi pour la frappe dans la profondeur terrestre ?
D’après l’épisode, la ministre des Armées a annoncé à l’ouverture du salon le choix du Thundart, proposé par MBDA et Safran, face à l’équipe Thales et Ariane. Léo Péria-Peigné rappelle que les derniers lance-roquettes unitaires quittent le service à la fin de l’année alors que le nouveau système n’est pas attendu avant 2029.
Pourquoi la taille des stands est-elle un indicateur géopolitique ?
Pour les intervenants, un grand stand coûte cher et abrite des salles de réunion où l’on montre aux acheteurs sérieux des informations plus restreintes. L’emplacement et la taille des stands disent donc qui a les moyens et l’ambition : les Turcs, les Ukrainiens et les Sud-Coréens gagnent en visibilité, quand les Américains paraissent plus dispersés.
Qu’est-ce que le canon de 58 calibres présenté par KNDS ?
Selon Joseph Henrotin, c’est un canon d’artillerie présenté comme le premier système conçu entièrement en franco-allemand chez KNDS. Il prépare l’après-César : avec un tube plus long et une chambre plus grande, il pourrait porter à 60 km, voire 80 km avec les bons obus, contre une quarantaine de kilomètres pour le César.
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