
Éric Danon, ambassadeur de France en Israël de 2019 à 2023, répond aux questions de Pascal Boniface, directeur de l'IRIS, sur la dégradation des relations entre Paris et Israël. Coopération militaire à l'arrêt, poids des opinions publiques, deux récits du conflit devenus irréconciliables, montée du religieux, blocage sur la reconnaissance de la Palestine et impuissance française au Liban : un dialogue entre deux points de vue qui ne se rejoignent pas toujours.
Une relation passionnelle à l’arrêt
Pascal Boniface, directeur de l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS), reçoit Éric Danon, diplomate, ancien ambassadeur pour le désarmement et ambassadeur de France en Israël de 2019 à 2023, pour comprendre la crise actuelle entre Paris et Israël. Pour l’ancien ambassadeur, la relation a toujours été « passionnelle, avec des hauts et des bas » ; aujourd’hui, explique-t-il, il n’y a pratiquement plus de coopération militaire et de renseignement, alors que la France était, à son époque, le deuxième partenaire d’Israël dans ce domaine après les États-Unis. Il souligne la résonance du conflit dans les deux opinions, avec en France la plus grande communauté juive d’Europe et, en Israël, près de 200 000 Français ou Franco-Israéliens. Il analyse le glissement de la figure du « mal absolu », de la Shoah vers le colonialisme, qui fait selon lui du drapeau palestinien un symbole de la lutte contre l’Occident, repris par le Sud global. Pascal Boniface lui oppose deux réalités : une riposte disproportionnée à Gaza et l’occupation d’un peuple par un autre. Éric Danon répond par l’existence de deux récits devenus irréconciliables depuis 1947, durcis par la montée du religieux, et juge totalement inacceptables les exactions commises en Cisjordanie. Il explique aussi pourquoi, selon des ambassadeurs arabes qu’il a rencontrés, plusieurs pays arabes ont longtemps refusé la paix, et pourquoi la reconnaissance de la Palestine par Israël bloque tout avec le gouvernement de Benyamin Netanyahou.
Sur le plan bilatéral, il évoque la défiance israélienne héritée de 1967, la honte française liée à la Shoah, et l’impuissance de Paris au Liban face au désarmement du Hezbollah.
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Les références de l’épisode
- Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS) : dirigé par Pascal Boniface.
- Résolution de 1947 sur le partage de la Palestine : point de départ, selon l’invité, de deux récits opposés.
- La Nakba : la « catastrophe » palestinienne, que l’invité décrit aussi comme une défaite des pays arabes.
- Hassan II : cité pour la formule prêtée à l’ancien roi du Maroc sur la cause palestinienne, « aphrodisiaque des nations arabes ».
- Plan de paix proposé par Abdallah en 2002 : reconnaissance d’Israël par les pays arabes en échange de la fin de l’occupation.
- Ligue arabe : dont la seule résolution consensuelle, selon l’invité, concerne Israël.
- Hamas et Hezbollah : mouvements religieux armés dont l’invité compare les trajectoires.
- Le général de Gaulle et 1967 : moment de rupture de confiance vu d’Israël, selon l’invité.
Au fil de l’épisode
- 00:00:39 : présentation d’Éric Danon
- 00:01:33 : une relation franco-israélienne passionnelle et une coopération militaire à l’arrêt
- 00:03:00 : la résonance du conflit dans les opinions française et israélienne
- 00:04:40 : du mal absolu de la Shoah au colonialisme, la nouvelle figure du Palestinien
- 00:06:50 : Gaza, symbole du Sud global contre l’Occident
- 00:07:54 : occupation et deux récits irréconciliables depuis 1947
- 00:11:22 : quand le politique échoue, le religieux monte
- 00:13:14 : le reproche du « deux poids deux mesures » entre Russie et Israël
- 00:14:29 : la Cisjordanie et les exactions jugées inacceptables
- 00:15:38 : pourquoi plusieurs pays arabes ont refusé la paix
- 00:17:42 : le plan de 2002 et le blocage sur la reconnaissance de la Palestine
- 00:19:10 : Israël exigeant, France timide : le poids de 1967 et de la Shoah
- 00:22:09 : une France moins active au Proche-Orient
- 00:23:49 : le Liban, le Hezbollah et la gêne française
FAQ
Qui est Éric Danon ?
Éric Danon est un diplomate français. Il a été ambassadeur pour le désarmement, a dirigé le Conseil supérieur de la formation et de la recherche stratégiques, et a été ambassadeur de France en Israël de 2019 à 2023, quittant son poste peu avant le 7 octobre. Pascal Boniface le présente comme considéré pro-Israël mais très opposé à Benyamin Netanyahou.
Pourquoi la relation entre la France et Israël s’est-elle dégradée ?
Selon Éric Danon, la relation a toujours été passionnelle, mais elle est aujourd’hui presque vide : la coopération militaire et de renseignement s’est arrêtée. Il l’explique par la résonance du conflit dans les deux opinions, par une défiance israélienne qui remonte à 1967, et par une perte d’influence plus générale de la France dans la région.
Pourquoi le drapeau palestinien est-il devenu un symbole global ?
D’après l’ancien ambassadeur, le « mal absolu » n’est plus seulement la Shoah mais le colonialisme. Le Palestinien est devenu le symbole de la lutte contre une mondialisation vécue comme une occidentalisation du monde, et faute d’identification à des dirigeants, l’identification se fait au drapeau, visible jusque dans les stades et les universités.
Que reproche Israël à la France sur le Liban ?
Éric Danon raconte que Paris voulait un cessez-le-feu et un désarmement du Hezbollah par les autorités libanaises. Les Israéliens ont répondu que le Liban n’agirait pas, par peur de la guerre civile, et ont demandé à la France d’aider réellement l’armée libanaise ou d’intervenir. Faute de quoi, disent-ils selon lui, il ne reste qu’Israël pour le faire.
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