
André Chieng, vice-président du Comité France-Chine, analyse au micro de Pascal Boniface la relation entre Xi Jinping et Donald Trump, à la veille de la visite d'État du président chinois à Washington. Déclaration préparée sur Taïwan, marchandage possible sur l'Iran, arme des terres rares, échéance taïwanaise de 2028 : il explique pourquoi Pékin a tout intérêt à ménager un président américain qui lui cède du terrain, et ce que l'Europe y a perdu.
Taïwan, l’Iran et les terres rares dans le jeu sino-américain
Pour ouvrir la dixième saison de Comprendre le monde, Pascal Boniface, directeur de l’IRIS, reçoit André Chieng, vice-président du Comité France-Chine, à quelques jours de la visite d’État de Xi Jinping à Washington, prévue le 24 septembre 2026. André Chieng s’étonne moins de la rapidité de ce voyage retour, après la visite de Donald Trump en Chine en mai, que de sa date : tout le monde l’attendait en décembre, lors du G20 organisé par les États-Unis en Floride. Sa seule explication rationnelle : Xi Jinping tient à venir avant les élections de mi-mandat de novembre, avec, selon l’habitude chinoise, « les bras chargés de cadeaux », des contrats pour rehausser le bilan de Donald Trump. Le voyage de mai, jugé comme un échec parce que Donald Trump est rentré sans contrat, a pourtant produit une déclaration qu’André Chieng juge préparée : dans l’avion du retour, le président américain a dit que Taïwan, à 9 500 miles, ne devait pas déclarer son indépendance et qu’il n’était pas sûr que les États-Unis viendraient l’aider. Un chiffre trop précis pour être spontané, selon lui, et la seule chose qui importe à Pékin. Faut-il y voir un échange, l’Iran contre Taïwan ? Il dit n’avoir aucune information, mais rappelle que Donald Trump menace les pays qui commercent avec l’Iran, ce qui revient presque à viser la Chine, et qu’il ne peut gagner une guerre commerciale contre elle : l’an dernier, face à l’arme des terres rares, il a renoncé à ses droits de douane de 150 % et conclu un « armistice commercial ». Pékin, explique-t-il, n’attend pas que Washington lâche Taïwan publiquement, seulement des signes répétés. Il voit dans l’élection présidentielle taïwanaise de janvier 2028 un « instant de vérité » et souligne qu’avec onze jours de réserves de gaz, Taïwan pourrait être contrainte sans guerre ni blocus complet, simplement en empêchant les méthaniers d’accoster.
La fin de l’entretien porte sur la vision chinoise d’un monde multipolaire, le profit que Pékin tire de la guerre d’Iran grâce aux véhicules électriques, le tournant qu’a représenté selon lui la rencontre entre la présidente de la Commission européenne et Donald Trump dans son golf écossais, et le chômage des jeunes diplômés en Chine, lié à la robotisation et à l’intelligence artificielle.
Pour aller plus loin
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Les références de l’épisode
- Comité France-Chine : organisme dont André Chieng est vice-président.
- IRIS : Institut de relations internationales et stratégiques, dirigé par Pascal Boniface.
- Organisation de coopération de Shanghai (OCS) : son sommet, auquel l’Iran est associé, se tient au Kirghizistan au moment de l’enregistrement.
- G20 : présidé cette année par les États-Unis, avec un sommet des chefs d’État prévu en Floride en décembre.
- Élection présidentielle taïwanaise de janvier 2028 : l’« instant de vérité » selon André Chieng.
- Terres rares : l’arme qui a contraint Donald Trump à conclure un « armistice commercial » avec la Chine.
Au fil de l’épisode
- 00:00:09 : ouverture de la dixième saison avec André Chieng
- 00:00:35 : le sommet de l’Organisation de coopération de Shanghai et l’Iran
- 00:01:45 : un Donald Trump plus agressif avec ses voisins qu’avec la Chine
- 00:02:16 : le voyage de Donald Trump en Chine en mai, un échec apparent
- 00:03:37 : pourquoi Xi Jinping vient à Washington avant les élections de mi-mandat
- 00:05:40 : la déclaration de Donald Trump sur Taïwan et ses 9 500 miles
- 00:07:21 : l’Iran contre Taïwan, un marchandage possible ?
- 00:08:03 : la guerre commerciale et l’arme des terres rares
- 00:09:37 : ce que Pékin attend vraiment de Washington sur Taïwan
- 00:11:51 : 2028, année clé pour Taïwan
- 00:13:32 : l’énergie, levier de pression sur Taïwan
- 00:15:16 : la vision chinoise d’un monde multipolaire
- 00:17:25 : ce que la Chine tire de la guerre d’Iran
- 00:19:36 : l’Europe et la Chine, un rapprochement manqué
- 00:21:08 : chômage des jeunes, robotisation et intelligence artificielle
- 00:24:11 : la popularité des dirigeants chinois
FAQ
Qui est André Chieng ?
André Chieng est vice-président du Comité France-Chine. Invité régulier de Pascal Boniface dans le podcast Comprendre le monde, il analyse la politique intérieure et extérieure chinoise, et en particulier les relations entre Pékin, Washington et l’Europe.
Pourquoi Xi Jinping se rend-il à Washington avant les élections de mi-mandat ?
Selon André Chieng, la visite d’État du 24 septembre 2026 était attendue en décembre, en marge du G20 organisé en Floride. Sa seule explication rationnelle est la volonté de Xi Jinping d’arriver avant les élections de novembre, avec des contrats susceptibles de rehausser le bilan de Donald Trump.
Comment la Chine pourrait-elle faire pression sur Taïwan sans guerre ?
André Chieng rappelle que l’électricité de Taïwan provient d’énergies fossiles importées et que l’île ne dispose que d’environ onze jours de réserves de gaz. Pékin n’aurait pas besoin d’un blocus complet : empêcher les méthaniers et les pétroliers d’accoster suffirait à priver l’île d’énergie.
Les États-Unis peuvent-ils gagner une guerre commerciale contre la Chine ?
Pour André Chieng, non. L’an dernier, face à l’arme des terres rares, Donald Trump a renoncé à ses droits de douane de 150 % et conclu un armistice commercial. Il estime que la situation s’est encore dégradée pour Washington, après l’usage de nombreuses armes sophistiquées qui dépendent de ces terres rares.
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