
Alex Wang, ancien cadre dirigeant d'Orange arrivé de Chine il y a une quarantaine d'années, présente avec Jean-Baptiste Noé le séjour d'étude que la revue Conflits organise à Shanghai, Shenzhen et Hangzhou. Il décrit un pays passé en une vie du niveau du Mali au rang de deuxième puissance mondiale, une société entièrement numérisée et robotisée, et un État-parti qui cherche avant tout l'efficacité. Il explique aussi ce que la France pourrait apprendre de la Chine.
De l’atelier du monde au pays des robots
Jean-Baptiste Noé, directeur de la revue Conflits, reçoit Alex Wang, ancien cadre dirigeant d’Orange, pour présenter le séjour d’étude en Chine que la revue organise mi-septembre avec une quinzaine de chefs d’entreprise et de cadres dirigeants européens, et pour raconter ce que la Chine est devenue. Né en Chine, Alex Wang est arrivé en France il y a une quarantaine d’années, parmi les premiers étudiants chinois envoyés par leur gouvernement, pour étudier la philosophie ; il a ensuite passé un second doctorat en ingénierie et fait carrière chez France Télécom puis Orange, où il a organisé 46 séjours d’étude en Chine entre 2009 et 2019. Le séjour passe par trois villes de la côte : Shanghai, Shenzhen et Hangzhou, que l’invité présente comme un pôle de l’intelligence artificielle et des robots humanoïdes. Le pays qui était « l’atelier du monde » est devenu, selon eux, un pays inventeur. Alex Wang mesure le chemin parcouru en une vie : « Quand je quittais la Chine à l’époque, la Chine c’était au niveau du Mali. » Il évoque le bol de riz servi à la fin des repas, en souvenir des années de pauvreté. Les deux hommes décrivent une société où le téléphone sert à tout, où l’on paie par le visage ou la main, des villes devenues silencieuses avec les véhicules électriques, l’air plus propre qu’au début des années 2000, les caméras omniprésentes et la voiture autonome testée chez Huawei à Shenzhen. Ils annoncent la visite de « dark factories », ces usines où les machines travaillent sans lumière, et des robots conçus pour les maisons de retraite, une réponse au vieillissement de la population.
L’invité insiste sur une acceptation de la technologie beaucoup plus spontanée en Chine qu’en France, et sur une méthode d’innovation inversée : « on fait les choses d’abord, après on corrige ».
Un État-parti pragmatique et une leçon pour la France
La seconde partie de l’entretien porte sur le fonctionnement politique et les représentations. Jean-Baptiste Noé présente une carte officielle chinoise où le Tibet apparaît comme un « troisième pôle », zone centrale et non périphérique ; Alex Wang y voit aussi un enjeu énergétique, avec les barrages hydroélectriques et un climat favorable au refroidissement des machines de l’intelligence artificielle. Faute de pétrole et de gaz en quantité, la Chine s’approvisionne auprès de la Russie et du Moyen-Orient et développe l’hydroélectricité et le nucléaire, y compris les recherches sur la fusion. L’invité souligne que beaucoup de dirigeants chinois sont des ingénieurs, rappelle le passage de futurs responsables communistes par Montargis et la fondation du Parti communiste chinois dans la concession française de Shanghai. À la question de savoir si la Chine est encore communiste, il répond « oui et non » : le parti contrôle l’économie, mais ce qui compte est l’efficacité, résumée par la formule de Deng Xiaoping sur la couleur du chat qui importe peu pourvu qu’il attrape les souris. Il décrit la double structure du pouvoir, parti et administration, à chaque échelon, et l’obsession historique de l’unité territoriale.
Pour la France, il estime que la base industrielle reste solide et plaide pour un plan à cinquante ans tourné vers l’intelligence artificielle et la robotique, plutôt qu’un retour aux usines d’hier. Il faut, dit-il, connaître la Chine, « qu’on soit collaborateur, amis, ou concurrents ».
Pour aller plus loin
Les références de l’épisode
- Revue Conflits : revue de géopolitique dirigée par Jean-Baptiste Noé, organisatrice du séjour d’étude et auteur d’un numéro consacré à la Chine.
- Orange : groupe où Alex Wang a été cadre dirigeant et a contribué au développement en Chine.
- Huawei : groupe de Shenzhen où les voyageurs ont testé la voiture autonome lors d’un précédent séjour.
- Barrage des Trois-Gorges : ouvrage hydroélectrique cité à propos de la stratégie énergétique chinoise.
- ITER : projet de fusion nucléaire de Cadarache, évoqué à propos des recherches chinoises sur la fusion.
- Montargis : ville où de futurs dirigeants du Parti communiste chinois ont étudié et travaillé.
Au fil de l’épisode
- 00:01:02 : le séjour d’étude en Chine organisé par Conflits
- 00:02:33 : le parcours d’Alex Wang, de la philosophie à Orange
- 00:05:09 : quarante ans de transformation, de l’atelier du monde au pays inventeur
- 00:06:03 : pourquoi Shanghai, Shenzhen et Hangzhou
- 00:08:28 : le train à grande vitesse et les déplacements
- 00:09:46 : le bol de riz et le souvenir de la pauvreté
- 00:11:21 : Chine des villes, Chine des campagnes, et les langues
- 00:13:06 : une société où le téléphone sert à tout
- 00:14:01 : tabac, pollution et silence des villes
- 00:15:48 : caméras, voiture autonome et Huawei
- 00:16:49 : État et entreprises, la concurrence dans l’automobile
- 00:18:17 : des dirigeants formés comme ingénieurs
- 00:20:09 : les dark factories et les robots face au vieillissement
- 00:22:22 : la carte chinoise du monde et le Tibet troisième pôle
- 00:24:06 : la question énergétique, de l’hydroélectricité au nucléaire
- 00:29:18 : ce que retiennent les participants des séjours
- 00:31:05 : Montargis et la naissance du Parti communiste chinois
- 00:33:14 : la Chine est-elle encore communiste ?
- 00:37:35 : ce que la France peut faire avec la Chine
FAQ
Qui est Alex Wang ?
Alex Wang est un ancien cadre dirigeant d’Orange, né en Chine et arrivé en France il y a une quarantaine d’années parmi les premiers étudiants chinois envoyés par leur gouvernement. Docteur en philosophie puis en ingénierie, il a organisé 46 séjours d’étude en Chine entre 2009 et 2019 et contribue régulièrement au site de la revue Conflits.
Qu’est-ce qu’une dark factory en Chine ?
Selon Alex Wang, c’est une usine où les robots travaillent sans lumière, parce qu’il n’y a presque plus d’êtres humains, hormis quelques contremaîtres ou ingénieurs chargés de la surveillance. Sans éclairage ni chauffage, ces usines peuvent tourner jour et nuit, et l’invité y voit une réponse au manque de main-d’œuvre lié au vieillissement de la population.
La Chine est-elle encore un pays communiste ?
Alex Wang répond « oui et non ». Le parti officiel reste communiste et l’État-parti contrôle l’économie, et non l’inverse. Mais ce qui compte avant tout est l’efficacité, dans une attitude réaliste qu’il résume par la formule de Deng Xiaoping : peu importe la couleur du chat, pourvu qu’il attrape les souris.
Pourquoi le Tibet est-il appelé le troisième pôle en Chine ?
Sur une carte officielle du gouvernement chinois présentée par Jean-Baptiste Noé, le monde compte trois pôles : le pôle Nord, le pôle Sud et le Tibet. Cette région y apparaît comme centrale. Alex Wang ajoute qu’elle compte pour l’énergie, avec les barrages hydroélectriques de l’Himalaya, et pour le refroidissement des machines de l’intelligence artificielle.
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