
Dans Les Lundis de l'IHEDN, l'Institut des hautes études de défense nationale revient sur une mission d'étude en Suède, pays qui vit sa plus grande évolution de doctrine de défense depuis deux siècles. L'épisode détaille le modèle de défense totale : une agence de défense civile refondée, des entreprises tenues de fonctionner seules deux semaines, des citoyens mobilisables de 16 à 70 ans, une lutte organisée contre la désinformation, une industrie d'armement en plein essor et un soutien massif à l'Ukraine.
La sécurité suédoise, un « sport d’équipe »
Cet épisode des Lundis de l’IHEDN, le podcast de l’Institut des hautes études de défense nationale, explique le modèle suédois de défense totale (totalförsvar), étudié lors d’une mission d’étude de la majeure Souveraineté numérique et cybersécurité de la session nationale de l’IHEDN. Le royaume, qui vit selon le texte sa plus grande évolution doctrinale depuis deux siècles, fusionne approches militaire et civile : la sécurité y devient « un sport d’équipe » associant l’État, l’industrie et chaque citoyen. Après avoir démantelé son système de protection civile de la guerre froide, la Suède le rebâtit depuis l’annexion de la Crimée et l’invasion de l’Ukraine. Au centre, une nouvelle agence de défense civile et de résilience de 1 500 agents, rattachée au ministère de la Défense sous l’égide d’un ministère de la Défense civile créé pour l’occasion, coordonne environ 1 000 acteurs : agences, préfectures, municipalités, entreprises. Sa doctrine repose sur quatre piliers : maintien des fonctions essentielles (énergie, transport, santé), soutien aux armées dans le cadre des plans de l’OTAN, protection de la population grâce à des abris pour 7 millions de personnes, défense de l’espace cognitif. Les entreprises de plus de cinq salariés doivent pouvoir fonctionner en autarcie pendant deux semaines en cas de crise majeure, et l’obligation de défense totale concerne toute personne résidant en Suède entre 16 et 70 ans. La brochure distribuée à tous les foyers a été rééditée avec cette phrase : « Si la Suède est attaquée, nous ne nous rendrons jamais. Toute suggestion contraire est fausse. » L’agence de défense psychologique travaille contre la désinformation, en coopération avec le service français Viginum, et les hypothèses de planification de la défense totale, publiques, fixent un cadre de résistance de trois mois.
Le second pilier est industriel : plus de 3 % du PIB consacrés à la recherche, un chiffre d’affaires de l’armement en hausse de 55 % entre 2023 et 2024, 8 milliards d’euros d’aide à l’Ukraine et une lettre d’intention signée en octobre 2025 pour fournir entre 100 et 150 avions de chasse Gripen à Kiev. Gotland, au milieu de la Baltique, devient une plaque tournante stratégique.
Pour aller plus loin
Les références de l’épisode
- Totalförsvar : le concept suédois de défense totale, qui associe forces armées, défense civile, entreprises et citoyens.
- Jean-Baptiste Bernadotte : maréchal d’Empire devenu en 1818 roi de Suède sous le nom de Charles XIV Jean.
- Agence de défense psychologique : organisme suédois chargé de la résilience face à la désinformation.
- Viginum : service français avec lequel la Suède coopère contre les ingérences informationnelles.
- Bataille de Poltava (1709) : épisode historique dont la commémoration par Moscou est citée comme exemple de guerre informationnelle.
- Hypothèses de planification pour la défense totale : document public coécrit par l’armée et la défense civile suédoises.
- FOI et projet Glimt : agence suédoise de recherche de défense et son outil de prospective stratégique.
- Accord de coopération de défense (DCA) : accord entre les États-Unis et les pays d’Europe du Nord, qui inclut Gotland parmi 17 sites clés.
Au fil de l’épisode
- 00:00:26 : une Europe dans la zone grise et la fin de la neutralité suédoise
- 00:00:59 : la défense totale, un modèle global où chaque citoyen compte
- 00:01:28 : les piliers de la nation et le partenariat stratégique avec la France
- 00:02:21 : le réveil stratégique et la nouvelle agence de défense civile
- 00:03:29 : les quatre piliers de la défense civile
- 00:04:25 : entreprises et citoyens au service de la continuité économique
- 00:05:29 : obligation de défense totale, conscription civile et brochure de crise
- 00:06:05 : la résilience cognitive face à la guerre de l’information
- 00:07:06 : les hypothèses de planification et leurs scénarios
- 00:08:02 : une industrie de défense portée par l’innovation
- 00:09:35 : la prospective du projet Glimt
- 00:10:04 : l’aide militaire à l’Ukraine et les avions de chasse
- 00:11:03 : Gotland, plaque tournante stratégique
- 00:11:30 : les leçons pour la souveraineté européenne
FAQ
Qu’est-ce que la défense totale suédoise ?
C’est un modèle, le totalförsvar, où la sécurité n’est plus le seul apanage des forces armées mais associe l’État, les entreprises et chaque citoyen. Selon la fiche de l’IHEDN, toute personne résidant en Suède entre 16 et 70 ans doit servir son pays en cas de crise, et les entreprises sont associées en amont à la résilience économique.
Que demande la Suède à ses entreprises en cas de crise ?
Les entreprises de plus de cinq salariés font l’objet d’une planification : en cas de crise majeure ou de conflit, elles doivent légalement pouvoir fonctionner en autarcie pendant deux semaines. Cela suppose de cartographier leurs dépendances, de prévoir des plans de continuité et d’anticiper la mobilisation de certains cadres.
Que dit la brochure suédoise « En cas de crise ou de guerre » ?
Ce livret de préparation distribué à tous les foyers a été réédité sur un ton d’une gravité inédite, avec la phrase « Si la Suède est attaquée, nous ne nous rendrons jamais ». Selon la fiche, il intègre désormais la sensibilisation aux cyberattaques et à la menace des armes nucléaires.
Pourquoi Gotland est-elle stratégique pour la Suède ?
L’île, au milieu de la mer Baltique, fait partie des 17 sites clés de l’accord de coopération de défense signé entre les États-Unis et les pays d’Europe du Nord. Selon la fiche, elle devient une plaque tournante pour la logistique de l’aide à l’Ukraine et pour la coopération industrielle de défense.
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