
Ardavan Amir-Aslani, avocat au barreau de Paris et essayiste franco-iranien, est l'invité de Pascal Boniface dans Comprendre le monde, un mois après le début des frappes israélo-américaines contre l'Iran. Critique du régime des mollahs autant que des bombardements, il explique pourquoi la guerre a selon lui renforcé les gardiens de la Révolution, revient sur la rupture de l'accord nucléaire de 2015 et esquisse les scénarios possibles pour l'Iran après le conflit.
Critiquer le régime et les bombardements
Ardavan Amir-Aslani, avocat au barreau de Paris et essayiste franco-iranien, installé en France depuis 1979, répond aux questions de Pascal Boniface, directeur de l’IRIS, un mois après le début de la guerre menée par les États-Unis et Israël contre l’Iran. Il refuse le choix entre deux camps : il se dit « extraordinairement critique » du pouvoir en place depuis 1979 et « profondément hostile » à ce qu’il qualifie de guerre d’agression. Selon lui, les agendas américain et israélien divergent, Israël pouvant, estime-t-il, s’accommoder d’un démembrement de l’Iran ; il dénonce des frappes sur des sites historiques et sur une école à Minab. Loin de démocratiser le pays, la guerre aurait selon lui renforcé les gardiens de la Révolution, au point que l’Iran serait devenu « une dictature militaire » après l’assassinat de l’ayatollah Khamenei. Il voit dans la sortie américaine de l’accord sur le nucléaire de 2015, en mai 2018, l’origine de la crise actuelle, et juge que Donald Trump, qui parlait d’une « excursion », est aujourd’hui dans une impasse.
Il compare la justification de cette guerre à celle de l’intervention en Irak et met en garde contre un épisode militaire qui chercherait seulement à afficher une victoire.
Médias, diaspora et après-guerre
L’invité se dit « profondément choqué » par le traitement du conflit sur les plateaux de télévision français, où ne s’exprimeraient, selon lui, que des opposants monarchistes favorables aux frappes, au détriment des voix modérées. Il estime que le changement de régime « ne peut venir que de l’intérieur » et redoute que le pouvoir sorte de la guerre plus brutal envers toute opposition, comme la guerre Iran-Irak avait, dit-il, enraciné la révolution. Il espère pourtant une évolution vers une république laïque et démocratique, portée par une société qu’il décrit comme très instruite, où 64 % des étudiants sont des femmes. Il évoque enfin les monarchies du Golfe, qui accueillent des bases américaines, l’aide limitée de la Chine et de la Russie, et l’intérêt chinois pour les hydrocarbures iraniens.
Il conclut que l’avenir dira si les Iraniens aspirent au retour de la famille impériale ou à une démocratie libérale et laïque.
Pour aller plus loin
- Pascal Boniface sur Facebook
- Pascal Boniface sur Twitter
- Pascal Boniface sur Instagram
- Pascal Boniface sur LinkedIn
Les références de l’épisode
- L’accord sur le nucléaire iranien du 14 juillet 2015 : selon l’invité, l’Iran en a respecté les engagements jusqu’au retrait américain de mai 2018.
- L’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) : ses rapports successifs ont confirmé, d’après lui, la conformité de l’Iran à l’accord.
- Les gardiens de la Révolution : force qui, selon Ardavan Amir-Aslani, a pris le contrôle du pouvoir pendant la guerre.
- Le détroit d’Ormuz : son blocage pèse sur l’économie et l’énergie mondiales.
- La guerre Iran-Irak : conflit déclenché en 1980 qui, selon l’invité, a consolidé la révolution iranienne.
- Reza Pahlavi : fils du chah d’Iran, soutenu selon la description de l’épisode par Washington et Tel-Aviv.
- Les BRICS : un ensemble que l’invité juge davantage rhétorique qu’engagé dans l’action.
Au fil de l’épisode
- 00:00:09 : peut-on critiquer à la fois le régime iranien et les bombardements ?
- 00:01:07 : le campisme et les positions de la diaspora
- 00:01:35 : des agendas américain et israélien différents
- 00:03:04 : la comparaison avec la guerre d’Irak
- 00:04:28 : les gardiens de la Révolution renforcés, une dictature militaire
- 00:04:56 : Donald Trump dans l’impasse
- 00:06:27 : l’accord sur le nucléaire de 2015 et sa rupture
- 00:08:10 : la démocratie par les bombes, le précédent de l’Irak, de la Libye et de la Syrie
- 00:09:24 : des buts de guerre qui divergent entre Israël et les États-Unis
- 00:10:39 : vers une escalade ?
- 00:11:27 : le traitement de la guerre dans les médias français
- 00:13:41 : quels scénarios pour l’Iran après la guerre ?
- 00:15:03 : la guerre Iran-Irak et l’enracinement du régime
- 00:16:27 : la crainte d’un démembrement du pays
- 00:18:44 : les monarchies du Golfe et les bases américaines
- 00:20:24 : une société instruite et la question de la transition
- 00:22:22 : l’Iran et ses voisins du Golfe après la guerre
- 00:23:36 : la Chine, la Russie et les BRICS
FAQ
Qui est Ardavan Amir-Aslani ?
Ardavan Amir-Aslani est avocat au barreau de Paris et essayiste franco-iranien, installé en France depuis 1979. Dans cet entretien avec Pascal Boniface, il se présente à la fois comme très critique du pouvoir iranien en place depuis la révolution et comme opposé à la guerre menée par les États-Unis et Israël contre l’Iran.
Selon Ardavan Amir-Aslani, la guerre peut-elle démocratiser l’Iran ?
Non, selon lui. Il estime que les bombardements ont au contraire renforcé les gardiens de la Révolution et transformé le pays en dictature militaire. Il juge que le changement de régime ne peut venir que de l’intérieur et craint que le pouvoir sorte de la guerre plus dur envers toute opposition, pour au moins une génération.
Pourquoi l’invité voit-il dans l’accord de 2015 l’origine de la crise ?
Ardavan Amir-Aslani rappelle que l’accord du 14 juillet 2015 limitait l’enrichissement de l’uranium sous le contrôle de l’AIEA et que l’Iran l’a respecté, selon lui, jusqu’au retrait de Donald Trump en mai 2018. Il pense que si l’accord avait survécu, l’ouverture économique aurait changé la situation du pays.
Gaza : dialogue entre un humanitaire et une rabbine. Avec Jean-François Corty et Nava Hefetz | Entretiens géopo
21 Oct
La Chine a-t-elle plié le match ? Avec Sylvie Bermann | Entretiens géopo
14 Oct
Mensonges des médias, colère des citoyens. Avec Denis Robert | Entretiens géopo
7 Oct
Israël – Palestine aux sources de l’échec diplomatique. Avec Robert Malley | Entretiens géopo
30 Sep
Trump à l’assaut de l’Europe. Avec Melissa Bell | Entretiens géopo
23 Sep
Gaza : y a-t-il un génocide ? Avec Johann Soufi | Entretiens géopo
16 Sep
Regard géopolitique sur le monde global. Avec Hubert Védrine | Entretiens géopo
9 Sep
Comment Xi Jinping se joue de Trump. Avec André Chieng | Entretiens géopo
2 Sep
Gaza : indignation sélective et crédibilité occidentale. Avec Sophie Bessis | Entretiens géopo
15 Juil
La liberté de la presse en danger. Avec Thibaut Bruttin | Entretiens géopo
8 Juil
Mon combat sur Gaza. Avec Aymeric Caron | Entretiens géopo
1 Juil
Géopolitique des pillages culturels. Avec Saphia Azzeddine | Entretiens géopo
24 Juin
Inde-Pakistan : quels équilibres stratégiques après l’opération Sindoor ?
23 Oct
Le Vatican insolite – Caroline Pigozzi
23 Oct
La Hongrie : Entre continuités stratégiques et changement politique
22 Oct
La Roumanie : État pivot du flanc sud-est de l’OTAN
22 Oct
MGCS, SCAF… L’heure des autopsies [Le Casque et la plume #22]
20 Oct
Géopolitique de Paris
20 Oct
Israël : la culture du combat – Gil Mihaely
16 Oct
Echo – Episode 102 #2: ASPIDES : Immersion au coeur d’une opération européenne en mer Rouge
15 Oct
Retours d’Ukraine #3 : une armée qui change, un arrière qui souffre
13 Oct
Atlas Conflits : un atlas pour décrypter le monde – Jean-Baptiste Noé
13 Oct
Combattants africains en Ukraine : enquête auprès de prisonniers
12 Oct
Indice Conflits de la défense
9 Oct
