
Le général de corps d'armée Aymeric Bonnemaison dirige depuis le 1er août 2025 la Direction du renseignement et de la sécurité de la défense (DRSD), le service chargé de protéger les forces armées et l'industrie de défense contre l'espionnage et l'ingérence. Premier chef du service issu du commandement de la cyberdéfense, il explique dans cet entretien publié par l'IHEDN comment le numérique a changé le contre-espionnage militaire, pourquoi les survols de sites sensibles par des drones se multiplient et comment ses équipes sensibilisent chaque année des milliers de salariés de l'industrie de défense.
Le contre-espionnage militaire à l’heure du cyber
Dans cet entretien diffusé par l’Institut des hautes études de défense nationale (IHEDN), le général de corps d’armée Aymeric Bonnemaison, directeur de la Direction du renseignement et de la sécurité de la défense (DRSD), décrit un service bousculé par le numérique. Héritière du deuxième bureau de l’état-major général créé en 1871, la DRSD est, avec la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE) et la Direction du renseignement militaire (DRM), l’un des trois services du premier cercle rattachés au ministère des Armées. Pour son directeur, le cyberespace est devenu « un champ d’opération à part entière », où cyberattaques et désinformation servent le renseignement et la « guerre sous le seuil », c’est-à-dire des actions hostiles qui restent en deçà du conflit ouvert. Le contre-espionnage associe désormais le terrain et les sources humaines à l’exploitation de grandes masses de données, avec l’appui de l’intelligence artificielle. Il souligne aussi le revers : ces données concentrées deviennent elles-mêmes des cibles. Historiquement tournée vers la protection physique de la base industrielle et technologique de défense (BITD), la DRSD a ajouté une mission de contre-ingérence cyber, avec un centre inauguré en 2023 pour accompagner les PME et TPE du secteur. Selon le général, environ 10 % des agents du service, soit 160 civils et militaires, travaillent dans le cyber.
Il revient enfin sur la hausse des survols de sites d’intérêt défense par des drones entre 2024 et 2025, sur les limites de la lutte anti-drones en temps de paix et sur les sensibilisations menées auprès de plus de 20 000 personnes chaque année.
Pour aller plus loin
Les références de l’épisode
- Direction du renseignement et de la sécurité de la défense (DRSD) : le service de contre-ingérence du ministère des Armées, dirigé par l’invité.
- Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE) : l’un des trois services du premier cercle relevant du ministère des Armées, où l’invité a servi.
- Direction du renseignement militaire (DRM) : troisième service du premier cercle rattaché au ministère des Armées.
- Deuxième bureau de l’état-major général : créé en 1871, dont la DRSD est l’une des héritières.
- Commandement de la cyberdéfense : que l’invité a dirigé avant de prendre la tête de la DRSD.
- OTAN : où l’invité a exercé dans le domaine du renseignement.
- Base industrielle et technologique de défense (BITD) : les entreprises et laboratoires de l’industrie de défense protégés par la DRSD.
- Lettre d’information économique (LIE) : publication thématique de la DRSD diffusée plusieurs fois par an.
Au fil de l’épisode
- 00:00:25 : le numérique et les menaces hybrides, des cyberattaques aux drones
- 00:01:03 : la DRSD, héritière du deuxième bureau, et sa place dans le renseignement français
- 00:01:32 : le parcours du général Aymeric Bonnemaison, premier chef du service issu de la cyberdéfense
- 00:02:06 : le numérique, changement de paradigme pour la contre-ingérence
- 00:03:26 : la multiplication des acteurs et l’exploitation massive des données
- 00:04:20 : comment la DRSD a élargi sa mission à la contre-ingérence cyber
- 00:05:20 : le centre créé en 2023 pour les PME et TPE de l’industrie de défense
- 00:05:53 : 160 agents dans le cyber et les profils recherchés
- 00:06:23 : un parcours cyber et renseignement au service de la direction
- 00:07:47 : la hausse des survols de sites sensibles par des drones
- 00:08:45 : détection, identification, neutralisation : les trois piliers de la lutte anti-drones
- 00:09:14 : la sensibilisation des entreprises de la BITD
- 00:10:49 : plus de 20 000 personnes sensibilisées chaque année
FAQ
Qui est le général Aymeric Bonnemaison ?
Le général de corps d’armée Aymeric Bonnemaison dirige la Direction du renseignement et de la sécurité de la défense depuis le 1er août 2025. Il a mené sa carrière dans le renseignement et la cyberdéfense, à l’OTAN, dans le domaine capacitaire et à la DGSE. Il est le premier chef de la DRSD à avoir auparavant commandé la cyberdéfense des armées.
Quel est le rôle de la DRSD ?
La DRSD protège la France contre les menaces qui visent les forces armées, leurs familles, les bases militaires et l’industrie de défense. Longtemps centrée sur la contre-ingérence physique, prévention des intrusions et contrôle réglementaire, elle assure aussi une mission de contre-ingérence cyber et de surveillance réputationnelle sur les réseaux, selon son directeur.
Comment la DRSD fait-elle face aux survols de drones ?
Selon le général Aymeric Bonnemaison, les survols de sites d’intérêt défense ont nettement augmenté entre 2024 et 2025. La lutte repose sur la détection, l’identification et la neutralisation, par brouillage, filets ou lasers, dans le cadre juridique du temps de paix. Les enquêtes cherchent à distinguer les actes malveillants des maladresses d’opérateurs mal informés.
Comment la DRSD sensibilise-t-elle l’industrie de défense ?
Le service mène des sensibilisations sur mesure dans tout le pays, des grands industriels aux PME, start-up et laboratoires, à leur demande ou à son initiative. Chacune intègre une évaluation de la menace humaine, physique, cyber, juridique ou capitalistique et s’appuie sur des cas concrets. Plus de 20 000 personnes sont sensibilisées chaque année.
La Hongrie : Entre continuités stratégiques et changement politique
22 Oct
La Roumanie : État pivot du flanc sud-est de l’OTAN
22 Oct
De la manette au treillis : la grande alliance du jeu vidéo et de la défense
19 Oct
Lutte contre la désinformation
12 Oct
Ces Français qui ont libéré l’Amérique
28 Sep
La pédagogie de l’IHEDN, une exigence d’excellence au service de la cohésion nationale
24 Sep
Sandra Chenu Godefroy : « La photographie documentaire conserve une valeur particulière »
24 Sep
1826 – 2026 : Quand la photographie raconte la guerre
24 Sep
Pierre Lévy : « La Russie est toujours forte de nos faiblesses, divisions, errements »
7 Sep
La « guerre de la langouste » vue par deux chercheurs brésilien et français
23 Juil
La « guerre de la langouste » : quand la souveraineté se joue sur le plateau continental
23 Juil
« Ce qui tirait les États-Unis vers l’ouverture les pousse désormais vers la fermeture »
17 Juil
#49 – La musique militaire : transmettre, rassembler, faire vivre l’histoire
15 Oct
Retours d’Ukraine #3 : une armée qui change, un arrière qui souffre
13 Oct
Comment cartographier la guerre en Ukraine
6 Oct
#48 – Patrice Franceschi : aventurier, écrivain et soldat
1 Oct
Comment est né le régiment de cyberdéfense ?
22 Sep
#47 – Drones et hélicoptères de combat : le nouveau visage de l’ALAT
15 Sep
IA militaire : rupture et conséquences
14 Sep
Golden dome : le bouclier en toc
8 Sep
#46 – Frapper fort, disparaître vite : la mobilité ultra légère au service du combat décentralisé
1 Sep
Les drones : une nouvelle industrie
21 Août
#45 – Essais, précision, fiabilité : un métier méconnu derrière les armes du combattant
1 Août
Le RETEX Ukraine #3 : Starlink
31 Juil
