
L'écrivain Yasmina Khadra répond aux questions de Pascal Boniface, directeur de l'IRIS, sur son roman « Le prieur de Bethléem », qui se déroule en Palestine. Il explique pourquoi la fiction permet selon lui de mieux saisir un conflit qu'un essai, raconte les difficultés rencontrées depuis « L'Attentat » et donne son regard sur la France, l'Europe et les relations franco-algériennes.
La fiction pour regarder la Palestine en face
Dans cet entretien de Comprendre le monde, Pascal Boniface, directeur de l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS), reçoit l’écrivain Yasmina Khadra à propos de son roman « Le prieur de Bethléem », paru chez Flammarion, qui plonge le lecteur en Palestine. Pour le romancier, la fiction est une manière « plus mesurée » que l’essai de parler de géopolitique : le lecteur cohabite avec des personnages qui deviennent « de vraies personnes », partage leurs états d’âme et se met à la place de l’autre. Beaucoup de lecteurs lui écrivent avoir pleuré, ce qu’il interprète comme une preuve d’humanité. Il estime que la plupart des romans sur la Palestine racontent « le bon côté des choses » et revendique de « dire les choses telles qu’elles sont », en citant Albert Camus : mal nommer les choses ajoute au malheur du monde. Yasmina Khadra raconte les difficultés rencontrées depuis son roman « L’Attentat » : accusé selon lui d’antisémitisme auprès de ses éditeurs étrangers, il n’est plus traduit en Allemagne, où il comptait parmi les écrivains français préférés du public, et dit être exclu de tous les prix littéraires depuis 2008. Pour « Le prieur de Bethléem », plusieurs éditeurs ont hésité, jusqu’à ce qu’une éditrice accepte le texte après qu’il en a lu la première page lors d’un dîner. Invité à La Grande Librairie le jour de la sortie, peu relayé selon lui par la presse parisienne, le livre circule par le bouche-à-oreille, ce que Pascal Boniface résume comme « le public contre les prescripteurs ».
La seconde partie de l’entretien porte sur le traitement de la question palestinienne en France, que l’écrivain juge très sévèrement, le « deux poids deux mesures » occidental qu’évoque Pascal Boniface, l’attitude de l’Espagne saluée par l’invité, la place de l’Europe face aux États-Unis, à la Chine et à la Russie, la visite du pape Léon en Algérie et les relations franco-algériennes, dont Yasmina Khadra se dit convaincu qu’elles vont s’arranger.
Pour aller plus loin
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Les références de l’épisode
- « Le prieur de Bethléem », Yasmina Khadra (Flammarion) : le dernier roman de l’invité, qui se déroule en Palestine.
- « L’Attentat », Yasmina Khadra : roman antérieur qui, selon lui, lui a valu d’être accusé d’antisémitisme et de ne plus être traduit en Allemagne.
- « Le Sel de tous les oublis », Yasmina Khadra : roman qu’il cite à propos des écrivains qui se prennent pour des « loups solitaires ».
- Albert Camus : cité par l’invité pour la formule selon laquelle mal nommer les choses ajoute au malheur du monde.
- La Grande Librairie : émission littéraire à laquelle il a été invité le jour de la sortie du roman.
- Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS) : institut dirigé par Pascal Boniface, qui présente le podcast.
- Saint Augustin : évoqué à propos de la visite du pape Léon en Algérie, sur les lieux où il est né.
Au fil de l’épisode
- 00:00:34 : le roman, une autre façon de parler de géopolitique
- 00:01:35 : se mettre à la place des personnages et des lecteurs qui pleurent
- 00:02:55 : écrire sur la Palestine sans enjoliver, la référence à Albert Camus
- 00:04:25 : les ennuis nés de « L’Attentat » et la fin des traductions en Allemagne
- 00:06:41 : des éditeurs réticents et l’exclusion des prix littéraires
- 00:08:40 : comment une éditrice a accepté « Le prieur de Bethléem »
- 00:09:13 : l’accueil médiatique et le bouche-à-oreille
- 00:11:23 : le traitement de la question palestinienne en France
- 00:13:30 : l’écrivain, les médias français et l’Algérie
- 00:15:20 : le « deux poids deux mesures » occidental et la mémoire de la Seconde Guerre mondiale
- 00:17:23 : l’Espagne, la diplomatie française et le Liban
- 00:19:45 : l’Europe face aux États-Unis, à la Chine et à la Russie
- 00:20:54 : la visite du pape Léon en Algérie et les relations franco-algériennes
FAQ
De quoi parle « Le prieur de Bethléem » de Yasmina Khadra ?
Selon la présentation de l’épisode, ce roman paru chez Flammarion plonge le lecteur en Palestine pour lui faire mieux comprendre la complexité du conflit israélo-palestinien et la violence qu’il engendre. Yasmina Khadra explique avoir voulu « dire les choses telles qu’elles sont », à rebours des romans qui montrent surtout une cohabitation apaisée.
Pourquoi Yasmina Khadra dit-il ne plus être traduit en Allemagne ?
Il relie cette situation à son roman « L’Attentat » : selon lui, des personnes ont affirmé à ses éditeurs étrangers qu’il était antisémite, et ses livres ne sont plus traduits en allemand alors qu’il comptait parmi les écrivains français préférés du public allemand. Il rappelle avoir été traduit en soixante langues.
Pourquoi le roman aiderait-il à comprendre la géopolitique ?
Pour Yasmina Khadra, la fiction amène le lecteur vers la réflexion plus facilement qu’un essai : il cohabite avec des personnages qui deviennent de vraies personnes et partage leurs souffrances. Pascal Boniface rappelle l’idée selon laquelle le récit, en permettant de souffrir à la place d’un autre, aurait adouci les relations entre les humains.
Que pense Yasmina Khadra des relations entre la France et l’Algérie ?
Il se dit convaincu qu’elles vont s’arranger, à condition d’écarter ceux qui, des deux côtés, utilisent l’histoire pour régler des comptes. Il affirme que les Algériens sont prêts à tourner la page et que les Français sont, selon lui, les étrangers les mieux accueillis en Algérie, ce qu’il dit avoir constaté avec deux journalistes de France 2.
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