
Le chef d'escadron Yvelin, chef du bureau Wargame du Commandement du combat futur, explique comment l'armée de Terre se sert du jeu de guerre pour former ses cadres aux combats de demain. Stage de référents, jeux historiques ou contemporains, matrix game de contre-insurrection, jeux créés par les régiments et projet de jeu de niveau compagnie : en un an, son bureau a formé une centaine de référents et tisse un réseau jusque chez les alliés.
Apprendre la guerre autour d’une table
Le chef d’escadron Yvelin dirige le bureau Wargame du Commandement du combat futur (CCF), le grand commandement de l’innovation et de la pensée militaire de l’armée de Terre. Entré en service en 2008, passé par le 68e régiment d’artillerie d’Afrique, à La Valbonne, où il s’est spécialisé dans la défense sol-air, il prend ce poste à la sortie de l’École de guerre. Il raconte la montée en puissance d’une structure qui, au printemps 2024, tenait en une seule personne et compte aujourd’hui six membres, bientôt sept, militaires venus des forces et civils déjà rompus au jeu de guerre. Sa mission principale est l’acculturation : diffuser la pratique du jeu de guerre dans les états-majors et les régiments, conseiller ceux qui veulent en créer un (« il faut transformer le concept en mécanique, tester ces mécaniques, les modifier, les retester »), et former des référents. Le stage dure quatre jours et revient environ toutes les six semaines. Il progresse d’un jeu britannique simple, qui enseigne l’hexagone et le tour par tour, à Battle for Moscow, jeu historique américain sur la bataille de Moscou de 1941, puis à un jeu de niveau brigade conçu à l’École de guerre et fondé sur la méthode de raisonnement tactique française, que les stagiaires finissent par arbitrer eux-mêmes. Un « matrix game » de contre-insurrection en Afghanistan, aux règles minimalistes, clôt la semaine : chacun y incarne un acteur et argumente ses actions. Environ 100 référents ont été formés en un an, dont un médecin-chef du Service de santé des armées, des officiers belges et un officier allemand ; une lettre d’information entretient ce réseau. Le bureau appuie aussi les initiatives des unités, comme une extension amphibie au 2e régiment d’infanterie de marine ou un jeu de niveau division à la 3e division, à Marseille, et propose des jeux commémoratifs pour faire vivre l’histoire régimentaire, dont la bataille de Berry-au-Bac, premier engagement des chars français, avec des figurines de chars Schneider et Saint-Chamond imprimées en 3D.
Prochaine étape : « Flèche bleue, flèche rouge », un jeu de niveau compagnie adapté d’un jeu de l’US Army, avec matériel français, cartes de zones de manœuvre en France et règles enrichies sur les drones et l’artillerie.
Les références de l’épisode
- Le Commandement du combat futur (CCF) : le commandement de l’innovation et de la pensée militaire de l’armée de Terre, qui produit le podcast.
- Le bureau Wargame : la structure du CCF chargée du jeu de guerre, dirigée par l’invité.
- Battle for Moscow : jeu historique américain sur la bataille de Moscou de 1941, disponible à imprimer soi-même.
- Force on Force : jeu de niveau compagnie transmis par l’US Army, base de « Flèche bleue, flèche rouge ».
- « Flèche bleue, flèche rouge » : le jeu de niveau compagnie en cours de développement au bureau Wargame.
- La bataille de Berry-au-Bac : premier engagement des chars français, sujet d’un projet de jeu commémoratif.
- Le colloque de la pensée militaire : organisé par le CCF, il a servi de support à un jeu opposant l’OTAN à la Russie aux horizons 2030 et 2035.
- Un reportage d’Arte : trois minutes sur le stage de juillet 2025, recommandé par l’invité.
Au fil de l’épisode
- 00:00:49 : le parcours du chef d’escadron Yvelin, de l’artillerie sol-air à l’École de guerre
- 00:01:18 : d’une cellule d’une personne à un bureau de six
- 00:02:57 : les missions du bureau et l’acculturation au jeu de guerre
- 00:04:44 : le stage de référents wargame, toutes les six semaines
- 00:06:19 : un stage progressif, du jeu britannique à Battle for Moscow
- 00:08:26 : le jeu de niveau brigade conçu à l’École de guerre
- 00:10:02 : modéliser le risque nucléaire, radiologique, biologique et chimique
- 00:10:51 : le matrix game de contre-insurrection en Afghanistan
- 00:12:57 : des stagiaires interarmées et alliés
- 00:14:21 : 100 référents formés et une lettre d’information
- 00:16:47 : les jeux créés par les régiments et les divisions
- 00:17:55 : les jeux commémoratifs et la bataille de Berry-au-Bac
- 00:19:55 : « Flèche bleue, flèche rouge », un jeu de niveau compagnie
- 00:21:53 : modéliser la dronisation
- 00:22:49 : les réseaux interarmées et les rencontres alliées
FAQ
Qu’est-ce que le bureau Wargame du Commandement du combat futur ?
C’est la structure de l’armée de Terre chargée du jeu de guerre. Elle conçoit des jeux, mène des actions au profit des états-majors et des unités, forme des référents et repère les initiatives des régiments pour les conseiller. Passée d’une personne en 2024 à six membres, militaires et civils, elle est dirigée par le chef d’escadron Yvelin.
Comment se déroule le stage de référent wargame ?
Il dure quatre jours et réunit une douzaine de cadres, officiers ou sous-officiers, environ toutes les six semaines. Les participants jouent à des jeux de plus en plus denses, d’un jeu d’initiation britannique à un jeu de niveau brigade, puis arbitrent eux-mêmes une partie. Le but n’est pas d’en faire des experts mais de leur permettre de conseiller leur chef.
Qu’est-ce qu’un matrix game ?
Un jeu aux règles minimalistes où chaque joueur incarne un rôle avec des objectifs. À son tour, il expose l’action qu’il mène, l’effet attendu et pourquoi. Un arbitre tranche, parfois avec un jet de dés. Au stage, le chef d’escadron Yvelin utilise un matrix game de contre-insurrection en Afghanistan, plus tourné vers la réflexion et l’argumentation que vers la mécanique.
Pourquoi l’armée de Terre adapte-t-elle un jeu de l’US Army ?
Les unités réclamaient un jeu de niveau compagnie, alors que l’outil de référence se joue au niveau brigade. L’US Army a transmis Force on Force ; le bureau l’a testé, puis le traduit, remplace les ordres de bataille par du matériel français, refait les cartes sur des zones de manœuvre en France et enrichit les règles sur les drones et l’artillerie.
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