
Le colonel Vincent Fleuret, directeur du pôle GAI4A, explique dans Combats futurs comment l'armée de Terre fédère chercheurs et industriels d'Île-de-France autour de ses besoins opérationnels. Une équipe de réservistes employés comme des consultants, des accords qui concilient publication scientifique et propriété intellectuelle, des projets sur l'énergie des véhicules, les matériaux, la guerre électronique, le casque du combattant ou les essaims de drones : il décrit le chemin d'une idée jusqu'à l'industrialisation.
Des réservistes employés comme des consultants
Dans Combats futurs, le podcast du Commandement du combat futur (CCF) de l’armée de Terre, le colonel Vincent Fleuret présente GAI4A, le pôle qu’il dirige, né en 2020 pour fédérer des projets d’innovation entre chercheurs, industriels et armée de Terre en Île-de-France. L’équipe compte neuf personnes, presque toutes réservistes, rattachées à la section technique de l’armée de Terre. Leur particularité, explique-t-il, est d’être employées « comme des consultants », avec un plan de charge et des livrables plutôt que des journées derrière un écran : un directeur juridique, un avocat d’affaires, des chefs de projet et ingénieurs de l’industrie. Le pôle travaille avec la Direction générale de l’armement (DGA) et l’Agence de l’innovation de défense, avec des partenaires académiques comme l’Université Paris-Saclay et l’Institut Polytechnique de Paris, et avec le groupement professionnel des industries de défense terrestre, qui ouvre la porte des grands groupes comme des start-up. Son rôle : capter les innovations, notamment de rupture, faciliter la mise en relation et conduire les projets jusqu’à une éventuelle industrialisation. Le colonel décrit un cycle en dix étapes. Les idées viennent des chercheurs et des industriels, mais « au commencement a été le besoin opérationnel » : sans lui, le projet ne va pas plus loin. Il insiste sur les accords spécifiques qui permettent aux universitaires de publier tout en préservant la propriété intellectuelle des industriels, « on marie la carpe et le lapin ». Il compte environ un an entre l’idée et la signature, puis deux à trois ans de projet, et un peu plus de 4,5 millions d’euros obtenus ou en cours d’obtention.
Le pôle continue d’accompagner chaque projet par un référent, qui peut prêter du matériel : un véhicule Griffon et son équipage ont ainsi servi à tester grandeur nature des algorithmes d’économie d’énergie.
Du casque au drone, des projets concrets
Le colonel Vincent Fleuret détaille plusieurs projets, dans la limite de la confidentialité. En énergie, un projet lancé en 2022 avec un industriel et un laboratoire de l’Université Paris-Saclay vise à gagner 15 à 20 % d’énergie sur les véhicules terrestres grâce à une assistance au pilotage qui analyse l’environnement en temps réel. En matériaux, deux projets de fabrication additive, l’un avec Safran, l’autre avec MBDA et l’ONERA, étudient des structures plus légères et plus résistantes aux tirs ou aux chocs. En guerre électronique, il s’agit de donner à des non-spécialistes, fantassins ou sapeurs, la capacité d’analyser en continu le spectre radio et de localiser les émetteurs. Il cite aussi un casque de moto du combattant plus léger de 30 % sans perte de protection, un projet d’essaim de 25 à 30 drones destiné à localiser non pas les drones mais ceux qui les pilotent, des « cibles à haute valeur ajoutée », et des discussions avec KNDS et Safran sur des meutes de robots terrestres armés couplés à des drones.
Le pôle prend part enfin à la création d’un cluster défense et sécurité dans les Yvelines, autour de la robotique, de la maintenance du futur et de l’énergie des villes connectées.
Les références de l’épisode
- GAI4A : pôle d’innovation de l’armée de Terre qui fédère chercheurs et industriels d’Île-de-France, né en 2020.
- Commandement du combat futur (CCF) : grand commandement de l’innovation et de la pensée militaire de l’armée de Terre, qui produit le podcast.
- Section technique de l’armée de Terre : structure de rattachement de GAI4A.
- Agence de l’innovation de défense : premier partenaire institutionnel du pôle, avec la DGA.
- Université Paris-Saclay et Institut Polytechnique de Paris : partenaires académiques du pôle.
- Griffon : véhicule militaire prêté pour tester des algorithmes d’optimisation énergétique.
Au fil de l’épisode
- 00:00:19 : présentation de GAI4A et du colonel Vincent Fleuret
- 00:01:26 : une équipe de neuf réservistes employés comme des consultants
- 00:04:23 : partenaires institutionnels, académiques et industriels
- 00:07:15 : capter, accélérer, mettre en relation
- 00:09:41 : le cycle de vie d’un projet, du besoin opérationnel au consortium
- 00:12:45 : financement et lancement des projets
- 00:14:47 : un Griffon pour tester des algorithmes
- 00:17:07 : une seule limite, le besoin opérationnel
- 00:18:04 : l’optimisation énergétique des véhicules
- 00:19:32 : matériaux et fabrication additive
- 00:21:14 : la gestion spectrale pour les non-spécialistes
- 00:22:48 : le casque de moto du combattant du futur
- 00:23:48 : essaim de drones et robots terrestres
- 00:26:24 : l’implantation du pôle et le futur cluster défense
FAQ
Qu’est-ce que GAI4A dans l’armée de Terre ?
GAI4A est un pôle d’innovation de l’armée de Terre né en 2020, rattaché à la section technique de l’armée de Terre et lié au Commandement du combat futur. Dirigé par le colonel Vincent Fleuret, il fédère chercheurs et industriels d’Île-de-France autour de projets qui répondent à un besoin opérationnel de l’armée de Terre.
Comment GAI4A fait-il travailler ensemble universitaires et industriels ?
Selon le colonel Vincent Fleuret, le pôle monte pour chaque projet un accord spécifique, l’État ne pouvant pas entrer dans un consortium. Cet accord permet aux universitaires de publier pendant le projet tout en préservant la propriété intellectuelle des industriels. Le pôle cherche aussi les financements et fournit des outils collaboratifs validés par l’État.
Combien de temps dure un projet d’innovation avec GAI4A ?
Le colonel compte en moyenne un an entre l’arrivée d’une idée et la signature de l’accord, certains délais comme les appels à financement étant incompressibles. Les projets durent ensuite souvent deux à trois ans, la durée d’une thèse, avec l’objectif d’aboutir à un objet industrialisable au bout de deux ans.
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