
Jean-Baptiste Noé, directeur de la revue Conflits, consacre cette chronique à la romanité, sujet du dossier de septembre de la revue. Il explique pourquoi l'héritage de Rome permet de penser ensemble l'histoire, l'espace, la religion, l'économie et le droit, en donne un exemple inattendu au Kazakhstan, et présente l'indice Conflits de la romanité, une carte qui mesure la trace de Rome dans chaque pays.
Rome, une empreinte qui déborde l’Europe
Dans cette chronique de Conflits, Jean-Baptiste Noé, directeur de la revue, présente la romanité comme un concept clef de l’analyse géopolitique, à l’occasion du dossier que le numéro de septembre consacre à la permanence de Rome. Pour lui, étudier la romanité oblige à croiser le temps et l’espace, l’histoire et la géographie, le militaire et le politique (« Rome n’est rien, bien évidemment, sans ses légions »), l’économie, que les archéologues reconstituent à partir des tessons d’amphores, la religion, puisque le christianisme est né et s’est diffusé dans l’Empire romain, et les représentations, jusqu’à l’architecture. C’est ce qui distingue, selon lui, la géopolitique du simple commentaire des relations internationales. Il en donne un exemple à Astana, capitale du Kazakhstan, ville nouvelle de verre et de gratte-ciel édifiée à partir des années 2000, où l’opéra reprend la forme d’un temple grec et où il a vu des chanteurs kazakhs interpréter des airs d’opéra français et italiens. Il oppose la romanité à l’Occident, concept politique amplifié par la guerre froide, et à l’Europe, concept surtout géographique. Il présente ensuite l’indice Conflits de la romanité, travail original de la revue qui croise trois critères par pays : la part de catholiques, la production et la consommation de vin, que Thucydide et Jules César associaient selon lui à la civilisation, et le respect des droits individuels, héritage du droit romain qu’il voit renouvelé par la procédure d’enquête de l’Inquisition.
La carte qui en résulte montre une forte empreinte en Europe, sur tout le continent américain, en Afrique du Sud, en Australie, en Nouvelle-Zélande et au Japon, mais aussi une trace de romanité dans tous les pays, de la Libye à la Chine.
Pour aller plus loin
Les références de l’épisode
- Conflits : revue de géopolitique dirigée par Jean-Baptiste Noé, dont le numéro de septembre consacre son dossier à la romanité et inaugure une nouvelle formule.
- Indice Conflits de la romanité : indicateur créé par la revue à partir de trois critères, catholicisme, vin et respect des droits individuels.
- Opéra d’Astana : bâti sur le modèle d’un temple grec, exemple de la trace de Rome dans l’architecture.
- Thucydide et Jules César : cités pour le lien entre la vigne et la civilisation.
- Droit romain : apport de Rome par rapport à la Grèce, selon Jean-Baptiste Noé.
Au fil de l’épisode
- 00:01:06 : la romanité, sujet du dossier du numéro de septembre
- 00:01:37 : la nouvelle formule de la revue Conflits
- 00:02:43 : pourquoi la romanité est un concept central : temps, espace, politique et armée
- 00:03:53 : économie, religion et représentations
- 00:04:57 : géopolitique et relations internationales
- 00:05:54 : l’exemple de l’opéra d’Astana
- 00:07:31 : romanité, Occident et Europe
- 00:08:06 : la carte de l’indice Conflits de la romanité et ses trois critères
- 00:12:36 : ce que montre la carte, de l’Europe au Japon
- 00:13:10 : une trace de romanité dans tous les pays
FAQ
Qu’est-ce que la romanité en géopolitique ?
Pour Jean-Baptiste Noé, la romanité désigne l’empreinte laissée par Rome bien au-delà de l’Empire romain. Le concept permet d’étudier ensemble l’espace et le temps, le politique et le militaire, l’économie, la religion et les représentations, ce qui en fait selon lui un outil plus riche que les notions d’Occident ou d’Europe.
Comment est calculé l’indice Conflits de la romanité ?
La revue Conflits croise trois critères par pays : le pourcentage de catholiques, la production et la consommation de vin, et le respect des droits individuels. Un facteur spirituel, un facteur économique et culturel, un facteur juridique, qui donnent une carte de l’empreinte romaine dans le monde.
Où l’empreinte de Rome est-elle la plus forte selon cet indice ?
La carte présentée par Jean-Baptiste Noé montre une forte empreinte en Europe, sur l’ensemble du continent américain, en Afrique du Sud, en Australie, en Nouvelle-Zélande et au Japon. Elle relève aussi une trace de romanité dans tous les pays, y compris ceux qui comptent très peu de catholiques.
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