
Ofer Bronchtein, envoyé spécial d'Emmanuel Macron pour le Proche-Orient, se présente d'abord comme un militant pour la paix. Pascal Boniface, directeur de l'IRIS, le reçoit dans « Comprendre le monde ». Il raconte le matin, à un checkpoint, où son engagement a commencé, sa mission auprès du président de la République, la reconnaissance de l'État de Palestine par la France, et ce qu'il attend des Européens. Pour lui, la paix n'est pas possible aujourd'hui, mais des arrangements politiques le sont.
Du checkpoint à l’Élysée
Dans cet entretien de « Comprendre le monde », Pascal Boniface, directeur de l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS), reçoit Ofer Bronchtein, envoyé spécial d’Emmanuel Macron pour le Proche-Orient, qui tient à son autre titre : « Mon titre principal, c’est militant pour la paix. » Né dans une ville du désert en Israël, d’un père français, il grandit en France à partir de 9 ans. Il situe le déclic à la fin des années 1970, pendant son service militaire : à l’aube, à un checkpoint du nord d’Israël, un officier fait descendre d’un bus des travailleurs palestiniens venus de Jénine et ordonne à un vieil homme de se déshabiller devant une jeune fille. « Ce jour-là, j’ai eu un déclic », dit-il : l’humiliation est à ses yeux « la pire des choses », et un outil qui sert à déshumaniser l’adversaire. Il refuse ensuite de servir en armes dans les territoires et termine son service à la radio militaire israélienne. Il raconte avoir fait de la prison pour avoir rencontré des responsables de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) à l’époque où la loi israélienne l’interdisait, et avoir assisté à la conférence de Madrid. Il évoque Rabin, avec qui il dit avoir vécu des moments exceptionnels, et soutient qu’il existe plusieurs façons d’être sioniste. Selon lui, la droite israélienne a cherché à diviser le peuple palestinien en favorisant le Hamas, et les trois ennemis communs sont « la pauvreté, l’ignorance et la corruption ».
Il décrit sa rencontre avec Emmanuel Macron, d’abord comme ministre de l’Économie, puis pendant le voyage présidentiel en Israël pour le 75e anniversaire de la libération d’Auschwitz, avec une halte nocturne à Ramallah. La lettre de mission arrive en 2020. Sa condition : ne rien demander pour lui, ne pas être rémunéré, et parler directement au président, hors de la hiérarchie, ce qui, reconnaît-il, crée des frictions.
Reconnaître la Palestine, et après
Pascal Boniface estime que la France est moins active qu’au temps de De Gaulle, Mitterrand ou Chirac, et que la classe politique française est devenue plus favorable à Israël. Ofer Bronchtein conteste cette lecture : il dit avoir accompagné tous les présidents français dans la région depuis Mitterrand, qui ont tous promis un État aux Palestiniens, et souligne qu’Emmanuel Macron, lui, l’a reconnu. Il se décrit comme l’une des « chevilles ouvrières » de cette reconnaissance, dont l’enjeu était surtout, selon lui, de créer une dynamique pour que les pays arabes et musulmans reconnaissent Israël : c’est le sens qu’il donne à l’initiative franco-saoudienne. Il déplore une France qu’il juge « communautarisée » et rappelle que ni les Juifs ni les musulmans de France ne forment un bloc homogène. Sur le 7 octobre, il qualifie l’attaque du Hamas d’« attaque barbare » contre des civils israéliens et la riposte d’Israël de « complètement disproportionnée », et pense que la profondeur de la crise ouvre des opportunités. Il se dit persuadé qu’un État palestinien existant avant le 7 octobre l’aurait empêché, et juge que certaines manifestations en Occident servent l’extrême droite israélienne plus que la cause palestinienne.
« Je crois que la paix n’est pas possible aujourd’hui », conclut-il, mais il annonce des arrangements politiques en 2026, avec un État palestinien reconnu par tous. Il appelle l’Europe, principal financeur des Palestiniens et principal marché d’Israël, à utiliser ses leviers, sous peine d’être « totalement à côté de l’histoire ».
Pour aller plus loin
- Série de vidéos « Proche-Orient : comment en est-on arrivé là ? », par Pascal Boniface
- Elias Sanbar et Amos Gitai : un dialogue exemplaire, par Pascal Boniface
- Quelles évolutions des rapports de forces géopolitiques au Moyen-Orient ? par Didier Billion, directeur adjoint de l’IRIS
- Les États-Unis face à Israël. Avec Robert Malley
- Gaza : l’horreur jusqu’où ? Avec Rony Brauman
- Programme Moyen-Orient / Afrique du Nord de l’IRIS
- Pascal Boniface sur Twitter
Les références de l’épisode
- Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS) : l’institut dirigé par Pascal Boniface.
- Organisation de libération de la Palestine (OLP) : Ofer Bronchtein dit avoir fait de la prison pour en avoir rencontré des responsables.
- Conférence de Madrid : la conférence de paix à laquelle il dit avoir assisté.
- Hamas : le mouvement dont il attribue l’essor à la pauvreté, à l’ignorance et à la corruption.
- Attaque du 7 octobre : le point de bascule de la crise actuelle selon l’invité.
- Reconnaissance de l’État de Palestine par Emmanuel Macron : le geste politique au centre de l’entretien.
- Initiative franco-saoudienne : la démarche qui doit, selon lui, conduire les pays arabes et musulmans à reconnaître Israël.
- Accords d’Abraham : cités comme reposant sur une garantie américaine.
- Plan de Donald Trump et « forum pour la paix » : l’initiative américaine évoquée en fin d’entretien.
Au fil de l’épisode
- 00:00:09 : présentation d’Ofer Bronchtein, envoyé spécial et militant pour la paix
- 00:00:44 : une enfance en Israël puis en France
- 00:01:04 : le matin au checkpoint qui déclenche son engagement
- 00:03:17 : le refus de servir en armes dans les territoires et l’humiliation comme outil de guerre
- 00:05:05 : héros de guerre et héros de la paix, les différentes façons d’être sioniste
- 00:05:54 : la conférence de Madrid et la prison pour avoir rencontré l’OLP
- 00:06:57 : la droite israélienne et le Hamas, pauvreté, ignorance et corruption
- 00:09:29 : comment Emmanuel Macron lui confie sa mission
- 00:11:54 : ses conditions : aucune rémunération et un lien direct avec le président
- 00:13:34 : la mission de sa vie et son engagement européen
- 00:15:29 : la France est-elle moins active sur le Proche-Orient ?
- 00:16:49 : la reconnaissance de l’État de Palestine et l’initiative franco-saoudienne
- 00:17:43 : le Quai d’Orsay et la politique intérieure française
- 00:19:27 : une France communautarisée, des Juifs et des musulmans qui ne forment pas des blocs
- 00:21:38 : sanctions, droit international et 7 octobre
- 00:24:21 : la paix est-elle encore possible ?
- 00:25:12 : le plan de Donald Trump et le rôle de l’Europe
FAQ
Qui est Ofer Bronchtein ?
Ofer Bronchtein est l’envoyé spécial d’Emmanuel Macron pour le Proche-Orient, une mission reçue en 2020 et qu’il dit sur le point de se terminer. Né en Israël d’un père français et élevé en partie en France, il se présente avant tout comme un militant pour la paix entre Israéliens et Palestiniens, engagé depuis son service militaire à la fin des années 1970.
Pourquoi Ofer Bronchtein s’est-il engagé pour la paix ?
Il raconte un matin, à un checkpoint du nord d’Israël, où un officier a fait déshabiller un vieux travailleur palestinien devant une jeune fille. Il en a tiré la conviction que l’humiliation est la pire des choses et sert à déshumaniser l’adversaire. Il a ensuite refusé de servir en armes dans les territoires et a fini son service à la radio militaire.
Quel était l’objectif de la reconnaissance de l’État de Palestine par la France selon Ofer Bronchtein ?
Pour lui, la reconnaissance n’était pas une fin en soi. Elle devait créer une dynamique permettant aux pays arabes et musulmans de reconnaître Israël, ce qu’il présente comme le sens de l’initiative franco-saoudienne. L’idée est de changer la règle du jeu au Moyen-Orient, avec un Israël accepté par ses voisins et une Palestine reconnue par Israël et la communauté internationale.
La paix entre Israéliens et Palestiniens est-elle possible selon Ofer Bronchtein ?
Il répond que la paix n’est pas possible aujourd’hui, mais que des arrangements politiques sont nécessaires et possibles, et il les annonce pour 2026, avec un État palestinien reconnu par tous les États membres de l’ONU. Il estime que l’Europe, principal financeur des Palestiniens et principal marché d’Israël, doit utiliser ses leviers économiques et politiques.
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