
Le colonel Michael Tesson, directeur des études et de la prospective à l'École de cavalerie de Saumur, est l'invité de Combats futurs, le podcast du Commandement du combat futur de l'armée de Terre. Face aux drones qui saturent le ciel et à un champ de bataille de plus en plus surveillé, il explique pourquoi le char garde sa place, comment le futur système MGCS répartit ses fonctions sur plusieurs plateformes, et pourquoi la cavalerie réfléchit à des pelotons plus petits et à des escadrons de drones.
Une arme de tradition qui se réinvente
Le colonel Michael Tesson, ancien chef de corps du 1er régiment de chasseurs d’Afrique, dirige les études et la prospective de l’École de cavalerie de Saumur. Il refuse l’idée d’une arme du passé : la cavalerie utilise encore le cheval pour former ses cadres, « une école du courage, une école de l’audace, une école du commandement », mais elle a toujours été une arme moderne, rappelle-t-il, puisque l’apparition des blindés a permis de sortir du blocage tactique de la Grande Guerre. Il décrit les trois segments de l’arme blindée cavalerie (ABC) : le segment léger sur véhicule blindé léger (VBL), appelé à être remplacé par le VBAE, pour le renseignement au contact et le combat antichar ; le segment médian, en transition vers le Jaguar du programme Scorpion, dont les roues donnent la mobilité pour agir dans la profondeur ; et le segment de décision, les chars Leclerc des deux brigades blindées, à chenilles pour manœuvrer sur tous les terrains. Tout blindé s’inscrit selon lui dans un « triangle tactique » : protection, mobilité, puissance de feu.
Le Jaguar marque une rupture culturelle : avec ses missiles moyenne portée, le cavalier, qui combattait « les yeux dans les yeux », pourra tirer sur un adversaire qu’il ne voit pas.
Protéger le char sur un champ de bataille transparent
Le colonel constate un déséquilibre : mobilité et puissance de feu restent bonnes, mais la protection ne suffit plus face à la menace permanente des drones. Un char qui cumulerait toutes les protections atteindrait 80 à 100 tonnes, difficile à projeter et à soutenir, alors que le poids jugé idéal tourne autour de 50 tonnes, celui du Leclerc. D’où le MGCS (Main Ground Combat System), programme franco-allemand qui ne sera pas un char mais un « système de systèmes » : une plateforme canon accompagnée d’une plateforme d’appui direct, avec missiles et protection antidrone, et d’une plateforme d’appui indirect. Il évoque aussi la doctrine Scorpion d’alternance entre dispersion et concentration, la déception pour tromper l’adversaire, la protection active, l’accompagnement du char comme à Fallujah en 2004, et les débats éthiques sur les systèmes robotiques autonomes. Il rapporte un exercice du 12e régiment de cuirassiers où un drone d’observation a mis 20 minutes à trouver un véhicule camouflé : la transparence du champ de bataille, dit-il, « est une réalité, mais ce n’est pas une fatalité ».
L’école de cavalerie étudie donc des pelotons plus petits, en lien avec le Commandement du combat futur (CCF) et les brigades, testés par le wargaming et la simulation.
Guerre électronique, munitions et escadrons de drones
Le combat collaboratif Scorpion repose sur le partage instantané d’informations, donc sur le champ électromagnétique, que le colonel appelle la quatrième dimension. Brouillage et détection y sont de vraies menaces ; il plaide pour des communications hybrides, y compris civiles, et pour un « délai d’impunité » calculé par la guerre électronique, à l’image de ce que pratique le génie. Sur l’armement, il voit l’avenir entre l’obus, difficile à intercepter et impossible à brouiller, et le missile, avec des réflexions sur des obus guidés par laser. Il souligne la question centrale de l’énergie et les expérimentations de capteurs acoustiques abandonnables. Enfin, il présente le concept d’escadron de drones de chasse fondé sur les essaims de drones : lors d’un exercice, une unité de drones représentant 5 % des effectifs d’un bataillon a causé 20 % des destructions.
« Demain, peut-être que les unités ou les escadrons seront équipés de drones », conclut-il : de nouvelles montures pour les mêmes missions.
Les références de l’épisode
- École de cavalerie de Saumur : où le colonel dirige les études et la prospective.
- Commandement du combat futur (CCF) : grand commandement de l’innovation de l’armée de Terre, qui édite le podcast.
- Char Leclerc : char de bataille du segment de décision, environ 50 tonnes.
- Jaguar : engin blindé de reconnaissance et de combat du programme Scorpion, canon de 40 mm et missiles moyenne portée.
- MGCS : programme franco-allemand de système de combat terrestre multiplateforme.
- Programme Scorpion : transformation de l’armée de Terre fondée sur le combat collaboratif.
- 12e régiment de cuirassiers : son escadron d’éclairage et d’investigation a servi d’exemple sur la transparence du champ de bataille.
- Romulus : simulateur tactique utilisé pour confronter des modes d’action.
Au fil de l’épisode
- 00:00:49 : la cavalerie, une arme du passé ? Le cheval comme outil de formation
- 00:02:11 : les missions de la cavalerie et ce qui crée le déséquilibre chez l’adversaire
- 00:03:13 : roues ou chenilles, les trois segments de la cavalerie blindée
- 00:06:16 : le triangle tactique, protection, mobilité, puissance de feu
- 00:08:13 : le Jaguar et le tir au-delà des vues directes
- 00:09:11 : un drone pour chaque blindé, qui le pilote ?
- 00:11:38 : le poids idéal du char du futur
- 00:15:06 : le VBAE, furtivité et mobilité
- 00:16:39 : le MGCS, un système de systèmes
- 00:21:11 : comment protéger le blindé, de la doctrine à la protection active
- 00:26:33 : robotisation, autonomie et questions éthiques
- 00:29:20 : doctrine, organisation, formation, équipement, soutien, entraînement : la grille d’analyse d’une capacité
- 00:34:13 : la transparence du champ de bataille n’est pas totale
- 00:36:12 : vers des pelotons plus petits
- 00:39:20 : la quatrième dimension et la guerre électronique
- 00:43:25 : canon, missile ou obus guidé
- 00:47:25 : la question de l’énergie et les capteurs abandonnables
- 00:49:19 : les escadrons de drones de chasse
FAQ
Qui est le colonel Michael Tesson ?
Le colonel Michael Tesson est directeur des études et de la prospective à l’École de cavalerie de Saumur et ancien chef de corps du 1er régiment de chasseurs d’Afrique. Il a aussi enseigné à l’école d’état-major. Dans cet épisode de Combats futurs, il expose les réflexions de la cavalerie sur les blindés, les drones et l’organisation des unités.
Qu’est-ce que le MGCS ?
Le MGCS est un programme d’armement franco-allemand destiné au départ à remplacer le char Leclerc et le Leopard 2. Selon le colonel Tesson, ce ne sera pas un char mais un système de systèmes : une plateforme canon, cœur du dispositif, accompagnée de plateformes d’appui direct et indirect, chacune sous les 50 tonnes.
Pourquoi la cavalerie envisage-t-elle des pelotons plus petits ?
Le colonel explique que les pelotons français, quatre engins canon et quatre véhicules légers, sont parmi les plus gros du monde. Ajouter drones et robots dépasserait ce qu’un chef peut gérer, et de petites unités sont plus difficiles à détecter par les drones. L’école étudie donc des pelotons réduits avec les brigades et le CCF.
Qu’est-ce qu’un escadron de drones de chasse ?
C’est un concept étudié depuis deux ans par un régiment, avec l’appui du CCF, fondé sur l’emploi d’essaims de drones pour mener des missions de cavalerie. Selon le colonel Tesson, lors d’un exercice, cette unité représentait 5 % des effectifs du bataillon engagé et a causé 20 % des destructions.
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