
Dans Conflits, Jean-Baptiste Noé part de deux cartes, celle des boutiques Hermès dans le monde et celle de ses ateliers en France, pour lire la mondialisation. La maison fondée en 1837 par un sellier parisien fait l'inverse du modèle courant : elle produit à Limoges, à Lyon ou dans le Jura et vend d'abord en Chine, au Japon et en Corée du Sud. L'histoire de l'entreprise, la géographie de ses implantations et les vides de sa carte disent où se trouve aujourd'hui la richesse mondiale.
Produire en France, vendre en Asie
Dans cet épisode de Conflits, Jean-Baptiste Noé, directeur de la revue, lit la mondialisation à travers deux cartes établies à partir du site d’Hermès : celle de ses boutiques dans le monde et celle de ses ateliers et boutiques en France. Son constat de départ : Hermès va à contre-courant du schéma habituel, puisque l’entreprise « produit en France et vend aux Chinois ». Il retrace l’histoire de la maison, fondée en 1837 par Thierry Hermès, maître artisan harnacheur sellier, puis installée par ses enfants, dont Charles-Émile Hermès, au 24 de la rue du Faubourg-Saint-Honoré, où elle se trouve toujours. Avec la disparition du cheval face à l’automobile, Hermès comprend que son métier est moins la selle que le cuir et se tourne vers la bagagerie et la maroquinerie, sans abandonner la sellerie : pour lui, une technologie supprime rarement la précédente, elle s’y juxtapose. Viennent ensuite le premier carré de soie en 1937, le sac Kelly en 1957, en hommage à la princesse Grace de Monaco, et le sac Birkin en 1984, en hommage à Jane Birkin. Il cite 25 000 salariés, dont 15 000 en France, et un chiffre d’affaires de 15,2 milliards d’euros en 2024, pour une entreprise toujours aux mains de la famille, avec Axel Dumas, sixième génération. En France, les ateliers se concentrent autour de Paris, de Limoges pour le cuir, de Lyon pour la soie, et dans la région de Besançon et du Jura pour l’horlogerie, tandis que les boutiques suivent les lieux de villégiature, de Deauville à Biarritz, de Megève à la Côte d’Azur, et les aéroports d’Orly et de Roissy. Dans le monde, d’après la liste de mars 2026, la Chine compte 43 boutiques, les États-Unis 40, le Japon 39, la Corée du Sud 30 et la France 27 : Chine, Japon et Corée du Sud réunis en totalisent 112, contre 67 pour toute l’Europe occidentale.
Pour Jean-Baptiste Noé, cette carte est un « indice Hermès » de la mondialisation, organisée autour de l’Asie, de l’Europe et des États-Unis, avec ses vides : aucune boutique en Afrique, une seule en Inde.
Pour aller plus loin
Les références de l’épisode
- Hermès : entreprise française fondée en 1837, sujet de l’épisode.
- Thierry Hermès : fondateur de la maison, maître artisan harnacheur sellier venu à Paris en 1821.
- Charles-Émile Hermès : fils du fondateur, qui installe la maison rue du Faubourg-Saint-Honoré.
- Axel Dumas : membre de la sixième génération de la famille, à la tête de l’entreprise selon l’animateur.
- Sac Kelly : créé en 1957 en hommage à la princesse Grace de Monaco.
- Sac Birkin : créé en 1984 en hommage à Jane Birkin.
- Exposition universelle de 1867 : où les selles d’Hermès sont primées.
- Revue Conflits : magazine de géopolitique dirigé par Jean-Baptiste Noé, qui publie ces émissions.
Au fil de l’épisode
- 00:01:37 : Hermès, la géoéconomie et les deux cartes de l’épisode
- 00:02:37 : une entreprise qui produit en France et vend en Asie
- 00:03:06 : la fondation en 1837 par Thierry Hermès, sellier
- 00:04:42 : l’arrivée de l’automobile et le passage au travail du cuir
- 00:05:37 : la juxtaposition des technologies plutôt que leur disparition
- 00:06:38 : le carré de soie, le sac Kelly et le sac Birkin
- 00:07:42 : salariés, chiffre d’affaires et actionnariat familial
- 00:08:17 : la carte des ateliers Hermès en France
- 00:09:46 : la carte des boutiques en France, entre villégiature et aéroports
- 00:12:10 : la carte des boutiques dans le monde, Chine en tête
- 00:13:24 : la bascule de la richesse mondiale vers l’Asie
- 00:14:29 : Amérique latine, pays du Golfe et les vides de la carte
- 00:15:00 : l’indice Hermès de la mondialisation
- 00:16:29 : la France gagnante de la mondialisation et le luxe entre terroir et export
FAQ
Où se trouvent la plupart des boutiques Hermès dans le monde ?
D’après la liste de mars 2026 citée par Jean-Baptiste Noé, la Chine compte 43 boutiques Hermès, devant les États-Unis (40), le Japon (39), la Corée du Sud (30) et la France (27). La Chine, le Japon et la Corée du Sud en réunissent 112, contre 67 pour l’ensemble de l’Europe occidentale.
Comment Hermès a-t-il survécu à la disparition du cheval ?
Fondé comme atelier de selles et de harnais, Hermès a compris, selon l’animateur, que son métier était de travailler le cuir plutôt que de faire des selles. L’entreprise s’est tournée vers la bagagerie et la maroquinerie avec l’arrivée de l’automobile, tout en continuant à produire des selles, encore proposées aujourd’hui.
Où sont situés les ateliers Hermès en France ?
Selon la carte présentée dans l’épisode, les ateliers se concentrent dans la région parisienne, autour de Limoges pour le cuir, dans une région lyonnaise élargie pour la soie, et vers Besançon et le Jura pour l’horlogerie. D’autres se trouvent en Normandie, dans la vallée de la Loire et dans le Nord-Est. Aucun n’est implanté dans le Sud.
Qu’est-ce que l’« indice Hermès » de la mondialisation ?
C’est l’expression de Jean-Baptiste Noé pour dire que la carte des boutiques Hermès reflète celle de la richesse mondiale. Elle fait apparaître trois pôles, l’Asie, l’Europe et les États-Unis, et des vides : aucune boutique en Afrique, une seule en Inde, aucune au Pakistan ni en Iran.
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