Podcast Défense.
Conflits, géopolitique10 février 202629 min

L’hélicoptère : une arme dans le Sahel

Le chef de bataillon Pierre, pilote de Gazelle de l'ALAT au Sahel pendant l'opération Barkhane

Le chef de bataillon Pierre, pilote d'hélicoptère Gazelle dans l'aviation légère de l'armée de Terre (ALAT), est reçu par Jean-Baptiste Noé dans le podcast de la revue Conflits, en partenariat avec l'École de Guerre - Terre. Il explique comment l'ALAT est organisée, comment on y forme les pilotes, et ce qu'a demandé l'opération Barkhane : voler dans le sable et la chaleur, de nuit sans aucune lumière, sous la menace des armes légères, sur des distances qui équivalent à la traversée de la France, en comptant le kérosène à la minute près.

Une arme de l’armée de Terre qui vole

Dans cet épisode du podcast de la revue Conflits, réalisé avec l’École de Guerre – Terre, Jean-Baptiste Noé interroge le chef de bataillon Pierre, pilote de Gazelle, sur la place des hélicoptères dans l’armée de Terre et sur leur emploi au Sahel pendant l’opération Barkhane. L’officier présente l’aviation légère de l’armée de Terre (ALAT) comme « une arme au même titre que la cavalerie, que l’infanterie », héritière de l’aviation légère d’observation d’artillerie. Il situe sa naissance vers 1952 : l’hélicoptère sert d’abord à l’évacuation médicale en Indochine, puis, en Algérie, à transporter des groupes de combat appuyés par des appareils d’attaque et de reconnaissance, ce qu’il appelle l’aérocombat. Il décrit une brigade, un état-major à Clermont-Ferrand, un régiment de soutien aéromobile à Montauban, et deux pôles de formation : une école généraliste à Dax, où l’on apprend à piloter en circulation aérienne générale, puis la spécialisation sur un système d’armes au Luc-en-Provence, qu’il compare au passage « de la conduite sur route au rallye ». Chaque pilote détient une qualification de type, qui lui permet de piloter la machine correspondante. Il passe en revue les appareils : le Tigre, conçu en deux versions (appui protection et appui destruction), la Gazelle, hélicoptère léger monoturbine de la classe 2 tonnes, issu d’un modèle civil et armé dans sa version HOT de missiles antichars, et le Caïman, hélicoptère de manœuvre et d’assaut qui remplace le Puma et emporte un groupe de combat équipé. Il précise que l’ALAT ne dispose pas d’hélicoptère lourd, par choix.

Les équipages volent toujours au moins en binôme, en tandem ou côte à côte, avec un mécanicien navigant dans les hélicoptères de manœuvre. En tandem, explique-t-il, la communication non verbale disparaît et tout passe par la parole sur le téléphone de bord. Les pilotes partagent la formation initiale des autres soldats de l’armée de Terre : « On est des chars légers et volants. »

Sable, nuit noire et kérosène compté

Au Sahel, le pilote décrit un milieu abrasif : le sable use les aubes de turbine, réduit la puissance des moteurs et alourdit les appareils, qu’il faut peser régulièrement ; la chaleur et l’altitude dégradent encore les performances. S’y ajoutent les nuits qu’il dit de niveau 5, sans aucune lumière, et pendant la saison des pluies des cellules orageuses où « rien ne vole », ainsi que des tourbillons appelés « sorcières ». Avec une douzaine d’hélicoptères en l’air, la coordination repose sur un étagement des altitudes et sur des points de passage communs, sous l’autorité du chef de patrouille ou du commandant d’unité ; il préfère le mot coordination à celui de déconfliction. Face à un ennemi équipé d’armement léger, Kalachnikov, PKM, lance-roquettes non guidés, la règle est de voler au-dessus de 300 mètres ; face aux missiles antiaériens portables, l’ALAT pratique le vol tactique, à grande vitesse entre 1,50 mètre et 50 mètres du sol, pour réduire la fenêtre de tir. Il évoque le travail en binôme avec des drones de moyenne altitude et longue endurance de type Reaper, dans des missions de frappe dans la profondeur ou d’intervention rapide, la QRF (Quick Reaction Force) déclenchée au profit des troupes prises à partie, et les études en cours pour larguer de petits drones FPV depuis l’hélicoptère. Les distances pèsent sur chaque mission : rallier le nord du Mali, c’est « comme traverser la France », et des actions de 10 à 12 heures à 250 ou 300 kilomètres des bases imposent de prévoir les relais logistiques et les liaisons radio.

La gestion du kérosène est l’obsession des équipages : une panne sèche dans le désert mettrait l’équipage en danger et obligerait à une manœuvre terrestre lourde pour le récupérer. Il raconte des vols de 3 h 30 en Gazelle à la vitesse de meilleur rayon d’action, une préparation de mission qui « se joue à 10 kg près », et des pesées de l’équipage avec tout son équipement au début et pendant des mandats de quatre mois.

Pour aller plus loin

Les références de l’épisode

  • Opération Barkhane : l’opération de l’armée française au Sahel, sujet de l’épisode.
  • Aviation légère de l’armée de Terre (ALAT) : l’arme de l’armée de Terre chargée des hélicoptères, dont fait partie l’invité.
  • École de l’aviation légère de l’armée de Terre (EALAT) : le commandement qui regroupe les écoles de Dax et du Luc.
  • École de Guerre – Terre : partenaire de l’émission.
  • Gazelle : hélicoptère léger de reconnaissance et d’attaque, piloté par l’invité.
  • Tigre : hélicoptère d’attaque, en versions appui protection et appui destruction.
  • Caïman : hélicoptère de manœuvre et d’assaut, remplaçant du Puma.
  • Reaper : drones de moyenne altitude et longue endurance avec lesquels les hélicoptères ont travaillé au Mali.
  • Indochine et Algérie : premiers emplois de l’hélicoptère par l’armée française, évoqués par l’invité.

Au fil de l’épisode

  • 00:01:05 : présentation de l’émission et de l’angle : l’opération Barkhane vue par les hélicoptères
  • 00:02:28 : ce qu’est l’ALAT et ses origines, de l’Indochine à l’Algérie
  • 00:03:26 : l’organisation de l’ALAT, ses régiments, son état-major et ses écoles
  • 00:05:46 : de l’évacuation médicale à l’hélicoptère d’attaque, les deux versions du Tigre
  • 00:06:42 : la Gazelle, hélicoptère léger de reconnaissance et d’attaque
  • 00:07:43 : le Caïman, remplaçant du Puma, et l’absence d’hélicoptère lourd
  • 00:08:12 : la formation des pilotes et la qualification de type
  • 00:09:06 : l’équipage en binôme ou en trinôme et la communication à bord
  • 00:10:18 : les fragilités de l’hélicoptère dans le milieu sahélien
  • 00:12:36 : la coordination entre équipages quand une douzaine d’appareils volent
  • 00:14:02 : la menace des armes légères et des missiles, voler haut ou en vol tactique
  • 00:16:54 : le travail avec les drones au Mali et les petits drones de demain
  • 00:19:19 : la coordination avec les troupes au sol
  • 00:20:49 : missions en réaction, QRF et opérations menées à partir de son propre renseignement
  • 00:21:41 : les distances au Mali et la gestion du kérosène
  • 00:24:21 : une préparation de mission à 10 kg près et la pesée des équipages
  • 00:25:23 : le vent, la météo et les cellules orageuses de la saison des pluies
  • 00:27:37 : la chaleur vécue par les équipages et par les soldats au sol

FAQ

Qu’est-ce que l’ALAT ?

L’ALAT, aviation légère de l’armée de Terre, est selon le chef de bataillon Pierre une arme de l’armée de Terre au même titre que la cavalerie ou l’infanterie, qui emploie les hélicoptères. Héritière de l’aviation légère d’observation d’artillerie, elle naît vers 1952. Elle comprend une brigade, un régiment de soutien aéromobile à Montauban, un état-major à Clermont-Ferrand et des écoles à Dax et au Luc.

Comment les hélicoptères se protégeaient-ils des tirs au Mali ?

D’après le pilote, l’ennemi utilisait surtout de l’armement léger, comme la Kalachnikov, la PKM ou des lance-roquettes non guidés. La règle était alors de voler au-dessus de 300 mètres. Contre les missiles antiaériens portables, les équipages pratiquaient le vol tactique, à grande vitesse entre 1,50 mètre et 50 mètres du sol, en se servant des reliefs pour réduire la fenêtre de tir.

Pourquoi le kérosène est-il une préoccupation constante pour un pilote d’hélicoptère au Sahel ?

Parce que les distances sont immenses : rallier le nord du Mali, explique l’invité, c’est comme traverser la France. Une panne sèche dans le désert met l’équipage en danger et oblige à une manœuvre terrestre lourde pour sécuriser l’appareil. La préparation de mission se joue donc à 10 kg près, entre munitions et carburant, et les équipages se pèsent avec tout leur équipement.

Comment se forme un pilote d’hélicoptère de l’armée de Terre ?

Le chef de bataillon Pierre décrit deux étapes. Une école généraliste apprend d’abord à piloter un hélicoptère en circulation aérienne générale. Vient ensuite, au Luc-en-Provence, la spécialisation sur un système d’armes et le vol tactique propre à l’appareil choisi, qu’il compare au passage de la route au rallye. Elle délivre une qualification de type pour cette machine.

Conflits, géopolitique

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