
Jean-Baptiste Noé, directeur de la revue Conflits, fait le point un mois après le déclenchement de la guerre contre l'Iran. Selon lui, aucun des quatre acteurs, Israël, les États-Unis, l'Iran et les pays arabes, ne voit d'issue. En une dizaine de minutes, il passe en revue les divergences entre Washington et Israël, les espoirs déçus placés dans Reza Pahlavi et les Kurdes, le changement de régime à Téhéran au profit des militaires, et la rupture de confiance entre les pays du Golfe et leur protecteur américain.
Quatre acteurs, aucune sortie
Dans cette chronique de la revue Conflits, Jean-Baptiste Noé dresse un bilan d’un mois de guerre en Iran et décrit un conflit qui s’enlise. Il distingue quatre acteurs, Israël, les États-Unis, l’Iran et les pays arabes, qui essaient chacun de tirer leur épingle du jeu. Il relève d’abord une divergence stratégique entre Israël, à l’initiative de l’opération et qui a convaincu les États-Unis d’intervenir, et Washington : les Américains restent concentrés sur l’Iran, quand Israël mène de plus en plus d’opérations au Liban, dans le sud du pays, à Beyrouth et à Tripoli, contre le Hezbollah, dans la continuité de ce qu’il fait depuis le 7 octobre 2023. Côté américain, Donald Trump pensait qu’en éliminant la tête du régime, celui-ci s’effondrerait. La tête a bien été éliminée le 27 février, mais, dit-il, « les têtes ont repoussé ». Il démonte ensuite deux « mythes politiques » : le retour de Reza Pahlavi, qui a quitté l’Iran en 1978 à 19 ans et n’y est jamais revenu, et l’idée que les Kurdes, « à peine 6000 combattants » équipés d’armes légères selon lui, pourraient prendre Téhéran. Pour l’Iran, pays montagneux et vaste de 90 millions d’habitants, il estime que « plus l’Iran tient, plus elle est victorieuse ». Le changement de régime a bien eu lieu, mais pas dans le sens espéré : on est passé, analyse-t-il, du pouvoir des mollahs à celui des militaires, les gardiens de la Révolution, après la mort de l’ayatollah Khamenei, remplacé par son fils, que personne n’a vu depuis. Enfin, les pays arabes vivent une rupture de confiance avec les États-Unis, protecteur depuis 1945 devenu à leurs yeux fauteur de troubles, alors que des morts sont signalés aux Émirats et au Qatar, que des bases sont attaquées en Arabie saoudite et que les usines de dessalement sont menacées.
Il conclut sur la France, qui a selon lui honoré ses contrats de défense dans le Golfe et peut y renforcer sa présence, à condition de disposer des moyens militaires nécessaires : « il n’y a pas de puissance à l’extérieur sans puissance à l’intérieur ».
Les références de l’épisode
- Revue Conflits : revue de géopolitique dirigée par Jean-Baptiste Noé, qui rappelle avoir annoncé dès décembre et janvier l’échec des scénarios évoqués.
- Reza Pahlavi : parti d’Iran en 1978, présenté comme un « mythe politique » qui a pu intoxiquer certains dirigeants américains.
- Le Hezbollah : cible des opérations israéliennes au Liban évoquées dans la chronique.
- Les gardiens de la Révolution : selon l’auteur, les détenteurs réels du pouvoir en Iran après la mort de l’ayatollah Khamenei.
- L’OTAN : sollicitée par Donald Trump pour intervenir, alors que l’Iran n’est pas dans sa zone de compétence, souligne-t-il.
Au fil de l’épisode
- 00:01:13 : un mois de guerre, quatre acteurs dans l’impasse
- 00:01:43 : la divergence stratégique entre Israël et les États-Unis, les opérations au Liban
- 00:02:52 : l’élimination de la tête du régime le 27 février et l’impasse américaine
- 00:03:25 : le mythe Reza Pahlavi
- 00:04:26 : les Kurdes, une autre « baudruche » qui éclate
- 00:05:23 : Donald Trump, l’OTAN et les négociations refusées par l’Iran
- 00:05:48 : un Iran qui tient et pose la levée des sanctions comme condition
- 00:06:21 : un changement de régime, des mollahs aux militaires
- 00:07:51 : les gardiens de la Révolution au pouvoir et un ayatollah invisible
- 00:08:46 : les pays arabes et la rupture de confiance avec les États-Unis
- 00:09:49 : la France dans le Golfe et la question des moyens militaires
FAQ
Pourquoi la guerre en Iran est-elle dans l’impasse selon Jean-Baptiste Noé ?
Selon lui, les États-Unis peuvent bombarder mais pas contrôler l’Iran sans troupes au sol, tandis que l’Iran, vaste et montagneux, tient malgré les destructions. Les alternatives espérées, Reza Pahlavi ou une offensive kurde, se sont révélées des mythes. Plus la guerre dure, estime-t-il, plus l’Iran se trouve en position de force et exige la levée des sanctions.
Qu’est-ce qui oppose Israël et les États-Unis dans ce conflit ?
Jean-Baptiste Noé décrit une divergence stratégique croissante. Pour Washington, la guerre vise l’Iran. Pour Israël, elle prolonge l’opération menée depuis le 7 octobre 2023 contre le Hamas et le Hezbollah, d’où des frappes de plus en plus nombreuses au Liban, dans le sud du pays, à Beyrouth et à Tripoli. Cette différence d’objectifs complique l’entente entre les deux alliés.
Y a-t-il eu un changement de régime en Iran ?
Oui, selon l’auteur, mais pas celui qu’espéraient les partisans d’un Iran démocratique et laïc. Le pouvoir est passé des mollahs aux militaires, les gardiens de la Révolution, après la mort de l’ayatollah Khamenei. Son fils a été désigné, mais n’apparaît pas. Pour Jean-Baptiste Noé, la guerre a permis aux plus radicaux de concentrer le pouvoir.
Comment la guerre en Iran touche-t-elle les pays du Golfe ?
D’après la chronique, les pays arabes sont des victimes collatérales : morts aux Émirats, causés par des débris, et au Qatar, bases attaquées en Arabie saoudite, menaces sur les usines de dessalement, de gaz et de pétrole. Ils constatent que les États-Unis, leur protecteur depuis 1945, sont devenus à leurs yeux ceux qui sèment le trouble.
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