
Jean-Baptiste Noé, directeur de la revue Conflits, consacre une émission spéciale à la guerre déclenchée contre l'Iran, enregistrée deux jours après les premières frappes. Cartes à l'appui, il revient sur les raisons de l'attaque menée par les États-Unis et Israël, sur la riposte iranienne qui a touché jusqu'aux pays du Golfe et Chypre, sur la fragilité d'un changement de régime et sur le détroit d'Ormuz, dont le blocage pénalise d'abord, selon lui, la Chine et l'Asie.
Une guerre locale aux conséquences mondiales
Dans cette émission spéciale de Conflits, enregistrée deux jours après le début de la guerre, Jean-Baptiste Noé répond aux questions d’un interlocuteur et analyse en cartes l’attaque des États-Unis et d’Israël contre l’Iran. Selon lui, elle intervient après l’échec, à leurs yeux, des négociations menées à Oman sur le programme nucléaire iranien, et repose sur plus d’un an de préparation : il cite la guerre des 12 jours de juin 2025 comme prélude et un pays qu’il décrit comme « complètement infiltré par le Mossad ». Les frappes ont touché l’ensemble du territoire, et l’ayatollah au sommet du régime a été tué avec son entourage proche. La riposte l’a surpris : au lieu de viser surtout Israël et les bases américaines, l’Iran a frappé, dit-il, Oman, Dubaï et Abou Dhabi, l’Arabie saoudite, le Qatar, Bahreïn, le Koweït, le Liban, et une base britannique à Chypre, ce qu’il appelle une « stratégie du chaos ». Il replace la guerre dans la recomposition ouverte par l’attaque du 7 octobre 2023, qui a affaibli le Hamas et le Hezbollah et précédé la chute de Bachar al-Assad. Il juge illusoire un changement de régime par les bombardements comme un retour de l’ancienne monarchie porté par la diaspora, rappelle la révolution de 1979 et la diversité ethnique du pays, et redoute surtout un éclatement de l’Iran.
Enfin, il souligne que près de 90 % du pétrole qui franchit le détroit d’Ormuz part vers l’Asie : en le bloquant, l’Iran pénalise d’abord la Chine, l’Inde et la Corée du Sud, d’où son expression de « guerre locale aux conséquences mondiales ».
Pour aller plus loin
Les références de l’épisode
- Guerre des 12 jours : l’affrontement de juin 2025 que l’animateur présente comme un prélude.
- Attaque du 7 octobre 2023 : point de départ, selon lui, de la recomposition du Moyen-Orient.
- Révolution iranienne de 1979 : le renversement de la monarchie, sur lequel il revient longuement.
- Savak : la police politique de l’ancienne monarchie iranienne.
- Accords d’Abraham : cités à propos du rôle de l’Arabie saoudite.
Au fil de l’épisode
- 00:00:43 : une émission spéciale après deux jours de guerre
- 00:01:17 : pourquoi attaquer l’Iran maintenant
- 00:02:40 : la guerre des 12 jours et des mois de préparation
- 00:03:23 : la carte des frappes et la riposte iranienne
- 00:04:27 : jusqu’à Chypre, une stratégie du chaos
- 00:05:50 : l’affaiblissement des alliés de l’Iran depuis le 7 octobre 2023
- 00:08:22 : un changement de régime est-il possible ?
- 00:10:04 : retour sur la révolution de 1979
- 00:13:26 : un Iran multiethnique et le risque d’éclatement
- 00:14:23 : Israël, grande puissance régionale
- 00:15:49 : le détroit d’Ormuz et la Chine
FAQ
Pourquoi les États-Unis et Israël ont-ils attaqué l’Iran selon Jean-Baptiste Noé ?
Selon Jean-Baptiste Noé, les États-Unis et Israël ont estimé que les négociations menées à Oman avaient échoué et que l’Iran n’arrêterait pas son programme nucléaire. Il ajoute que les manifestations du début d’année laissaient entrevoir un possible changement de régime, et que l’opération était préparée depuis plus d’un an.
Qu’est-ce que la « stratégie du chaos » de l’Iran ?
C’est l’expression de l’animateur pour décrire la riposte iranienne : au lieu de viser surtout Israël et les bases américaines, l’Iran a frappé de nombreux pays de la région, dont Oman, les Émirats arabes unis, l’Arabie saoudite, le Qatar, Bahreïn, le Koweït et une base britannique à Chypre, y compris des pays neutres ou médiateurs.
Pourquoi le blocage du détroit d’Ormuz pénalise-t-il surtout la Chine ?
D’après l’émission, près de 90 % du pétrole qui passe par le détroit d’Ormuz part vers l’Asie, et une grande part du pétrole chinois y transite. En bloquant le détroit, l’Iran gêne donc d’abord la Chine, l’Inde et la Corée du Sud, bien plus que l’Europe ou les États-Unis.
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