
François-Régis Legrier, ancien officier d'active de l'armée de terre et professeur de géopolitique, retrace au micro de Jean-Baptiste Noé, pour la revue Conflits, la vie politique de saint Louis. De la tutelle de Blanche de Castille à la grande ordonnance de 1254, du débarquement de Damiette à la mort devant Tunis, il cherche dans ce règne de plus de quarante ans des leçons sur l'autorité, la justice et l'usage de la force qui valent encore pour les chefs d'État d'aujourd'hui.
Un roi mineur, une mère aux commandes
Ancien officier d’active de l’armée de terre devenu professeur de géopolitique, François-Régis Legrier revient au micro de Jean-Baptiste Noé sur la vie politique de saint Louis, à l’occasion du 800e anniversaire de son sacre. Son livre se veut à la fois une courte biographie et un essai sur l’exercice de l’autorité : selon lui, si Louis IX a vécu dans une époque très différente de la nôtre, « un certain nombre de principes sur l’autorité politique » restent valables. Il rappelle le contexte de l’accession au trône : depuis Philippe Auguste, le royaume a été multiplié par quatre et les finances sont prospères, mais Louis n’a que 12 ans à la mort de son père, Louis VIII, au retour de la croisade contre les albigeois. Blanche de Castille exerce la tutelle (il insiste : on parle à tort de régence, le mot juste est la baillie) face à des barons turbulents. Elle organise en trois semaines les funérailles de son mari à Saint-Denis puis le sacre à Reims, cérémonie dont l’invité souligne la portée politique, le serment, et spirituelle, l’onction inspirée de l’Ancien Testament.
Le mariage avec Marguerite de Provence, politique et amoureux à la fois, et l’amitié avec Joinville, compagnon de croisade et chroniqueur capable de critiquer le roi, complètent ce portrait.
La justice pour tous, puissants compris
Des trois grandes fonctions du pouvoir monarchique, la justice, la guerre et la production matérielle, c’est la justice que saint Louis a portée « à un degré supérieur », estime François-Régis Legrier. Le roi supprime l’ordalie, ce « jugement de Dieu » qui revenait à la loi du plus fort, rétablit la possibilité de faire appel et le jugement sur preuve, notamment par la grande ordonnance de 1254. Pour l’invité, il n’y a justice que si elle s’applique aussi aux puissants : Louis oblige son frère Charles d’Anjou à rendre des comptes et fait condamner lourdement Enguerrand de Coucy, un grand baron. Il écrit enfin des enseignements pour ses enfants, dont le futur Philippe le Hardi.
Sa canonisation en 1297 reconnaît, selon l’invité, un roi qui a vécu à la lettre le serment du sacre : protéger les plus faibles et rendre la justice en toutes circonstances.
De Damiette à Tunis, deux croisades
Saint Louis part en croisade comme on remplit une obligation internationale, compare François-Régis Legrier, à la manière d’un membre permanent du « Conseil de la chrétienté ». Contre l’image d’un « chevalier attardé », il décrit une expédition préparée pendant des années : construction d’Aigues-Mortes pour ne pas dépendre de ports hors du domaine royal, navires loués aux Génois et aux Vénitiens, vivres amassés pendant deux ans à Chypre, près de 25 000 hommes et 8 000 chevaux. Départ en août 1248, hiver à Chypre, débarquement à Damiette au printemps 1249 où le roi se jette à l’eau à la tête de ses hommes. Puis l’attente, la bataille de Mansourah en février 1250 où les chevaliers de Robert d’Artois sont anéantis dans les ruelles, la retraite et la captivité du roi, libéré grâce à la rançon réunie par Marguerite de Provence. Suivent quatre années en Terre sainte, sans gloire, à relever les forteresses et apaiser les rivalités, jusqu’à la mort de sa mère.
Pour la croisade de Tunis en 1270, l’invité juge peu convaincantes les hypothèses habituelles et y voit une démarche de sacrifice spirituel : le roi meurt devant Tunis le 25 août, sur un lit de cendre, à la manière de saint François.
Les références de l’épisode
- Blanche de Castille : mère de Louis IX, elle exerce la tutelle pendant sa minorité puis la régence lors de la croisade de 1248.
- Marguerite de Provence : épouse de saint Louis, elle défend Damiette et réunit la rançon du roi.
- Joinville : compagnon du roi pendant la septième croisade, auteur de chroniques et d’une biographie de saint Louis.
- Grande ordonnance de 1254 : la plus célèbre des ordonnances du règne, citée pour la réforme de la justice.
- Bataille de Taillebourg (1242) : victoire contre les Anglais où le roi s’est déjà jeté au contact.
- Bataille de Mansourah (1250) : défaite sur la route du Caire, suivie de la captivité du roi.
- Charles d’Anjou : frère de Louis IX, roi de Sicile, évoqué dans les hypothèses sur la croisade de Tunis.
- Enguerrand de Coucy : grand baron lourdement condamné par la justice royale.
- Sainte-Chapelle : construite pour accueillir la couronne d’épines rachetée à l’empereur de Constantinople Baudouin.
- Abbaye de Royaumont : fondation cistercienne citée parmi les traces laissées par le roi.
- Hôpital des Quinze-Vingts et Hôtel-Dieu de Paris : hospices liés au souci des pauvres et des malades.
- Revue Conflits : revue de géopolitique dirigée par Jean-Baptiste Noé, qui produit le podcast.
Au fil de l’épisode
- 00:02:08 : présentation de François-Régis Legrier et de son livre sur saint Louis
- 00:03:13 : le 800e anniversaire du sacre, une biographie doublée d’un essai sur l’autorité
- 00:04:42 : le contexte de l’accession au trône d’un roi de 12 ans
- 00:06:08 : la justice, l’abolition de l’ordalie et la grande ordonnance de 1254
- 00:07:14 : Blanche de Castille, de la tutelle à la régence
- 00:10:22 : le sacre de Reims et sa signification politique et spirituelle
- 00:13:09 : le mariage avec Marguerite de Provence
- 00:16:19 : Joinville, compagnon et chroniqueur
- 00:20:15 : pourquoi une croisade par l’Égypte
- 00:23:24 : la préparation de la croisade, Aigues-Mortes et Chypre
- 00:24:27 : le débarquement de Damiette
- 00:26:37 : la bataille de Mansourah et la captivité du roi
- 00:29:41 : quatre années en Terre sainte
- 00:33:02 : la croisade de Tunis et ses hypothèses
- 00:36:40 : la mort du roi devant Tunis, le parallèle avec saint François
- 00:38:38 : la canonisation de 1297
- 00:41:06 : une justice qui n’épargne pas les puissants
- 00:42:43 : les hospices et la Sainte-Chapelle
- 00:46:00 : saint Louis, patron du diocèse aux armées et le bon usage de la force
FAQ
Qui est François-Régis Legrier ?
François-Régis Legrier est un ancien officier d’active de l’armée de terre, aujourd’hui professeur de géopolitique et contributeur régulier de la revue Conflits. Il a consacré un livre à la vie politique de saint Louis, conçu à la fois comme une courte biographie et comme une réflexion sur l’exercice du pouvoir, après un premier ouvrage sur la doctrine de la guerre juste.
Qu’a changé saint Louis dans la justice du royaume ?
Selon François-Régis Legrier, Louis IX a supprimé l’ordalie, ce jugement de Dieu qui revenait à la loi du plus fort, et rétabli le jugement sur preuve et la possibilité de faire appel, notamment par la grande ordonnance de 1254. Il a aussi appliqué cette justice aux puissants, jusqu’à son propre frère Charles d’Anjou et au baron Enguerrand de Coucy.
Pourquoi saint Louis a-t-il attaqué l’Égypte pendant la croisade ?
L’invité avance une hypothèse : l’Égypte était considérée comme la porte d’entrée de la Terre sainte, dont une bonne partie était alors contrôlée par le sultan d’Égypte. Chypre, conquise au siècle précédent par Richard Cœur de Lion, offrait une base avancée, ce qui a fait préférer la voie de mer à la voie de terre.
Pourquoi saint Louis est-il le saint patron du diocèse aux armées ?
Pour François-Régis Legrier, saint Louis incarne le bon usage de la force : un roi qui n’est pas pacifiste mais pacifique, qui fait la guerre avec retenue et justice, dans le choix des buts de guerre comme dans la conduite au combat. Des chapelles Saint-Louis existent ainsi aux Invalides et à l’École militaire.
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