
Florent Parmentier, secrétaire général du CEVIPOF à Sciences Po et chercheur associé à HEC, est reçu par Marc Hecker dans Le Monde selon l'Ifri au lendemain des élections législatives du 28 septembre 2025 en Moldavie. Auteur d'un briefing de l'Ifri sur ce scrutin, il explique la majorité absolue obtenue par le parti de la présidente Maia Sandu, les méthodes d'ingérence attribuées à la Russie, le débat sur l'accès au vote en Russie et en Transnistrie, l'aversion de la Gagaouzie envers la présidente et la fenêtre de trois à quatre ans ouverte pour l'intégration européenne.
Une majorité absolue sous pression
Florent Parmentier, secrétaire général du Centre de recherches politiques de Sciences Po (CEVIPOF) et chercheur associé à HEC, analyse pour Le Monde selon l’Ifri les résultats des élections législatives moldaves du 28 septembre 2025, dans un entretien enregistré le lendemain avec Marc Hecker. L’enjeu, explique-t-il, était de savoir si la présidente Maia Sandu, réélue en 2024, conserverait une majorité solide ou devrait chercher des alliés. Son Parti action et solidarité (PAS), qui détenait 63 sièges depuis 2021, en obtient 53 sur 101, au-delà des 51 nécessaires : « un succès incontestable » qui lui permet de poursuivre le rapprochement avec l’Union européenne. Le Bloc des patriotes, opposition dite pro-russe, recueille environ un quart des suffrages et une trentaine de députés, et plusieurs nouvelles formations entrent au Parlement, dont le bloc du maire de la capitale et un parti populiste implanté dans le nord. Le chercheur détaille les seuils du système proportionnel : 7 % pour un bloc, 5 % pour un parti, 2 % pour un candidat individuel. Il décrit ensuite trois méthodes d’ingérence attribuées à la Russie : la désinformation, avec par exemple la fausse nouvelle d’un envoi de 700 volontaires moldaves en cas de victoire du PAS, pour nourrir le récit selon lequel Maia Sandu entraînerait le pays dans la guerre ; les achats de votes, la présidente ayant évoqué 300 000 votes achetés lors de la présidentielle de 2024 dans un pays de 2,6 millions d’habitants ; et, selon la presse, la préparation de casseurs pour contester un résultat serré. L’objectif, selon lui, est d’éroder la confiance dans l’Union européenne comme dans les institutions moldaves. Il revient sur Ilan Shor, ancien maire aux pratiques clientélistes, impliqué dans le « vol du siècle », le détournement de près d’un milliard de dollars dans trois banques, soit 12 à 13 % du PIB de l’époque, exilé à Moscou, et dont le parti a été interdit. Il aborde enfin le dilemme démocratique du scrutin : deux bureaux de vote seulement à Moscou pour une communauté estimée entre 150 000 et 500 000 personnes, contre 75 en Italie et 26 en France, et une douzaine de bureaux pour les électeurs de Transnistrie, qui en demandaient 41, alors que plusieurs ponts menant aux bureaux étaient en travaux juste avant le vote. Ces limitations ne changent sans doute pas le résultat, estime-t-il, mais l’opposition s’en saisira, et Marc Hecker y voit un « voile assez sombre » sur le scrutin.
Le chercheur doute toutefois de critiques européennes, l’Union ayant fortement soutenu Maia Sandu, notamment par un plan d’un peu moins de 2 milliards d’euros pour 2025-2027, et la présidente défendant désormais l’idée qu’il faut intégrer la Moldavie pour consolider sa démocratie.
Transnistrie, Gagaouzie et neutralité
Florent Parmentier présente la Transnistrie, territoire séparatiste dont le seul voisin est l’Ukraine, où stationnent entre 1 200 et 1 500 soldats russes peu entraînés, sans reprise du conflit depuis le 21 juillet 1992 ; tous les partis moldaves, souligne-t-il, excluent une reconquête militaire. Il explique la très forte aversion de la Gagaouzie, région autonome du sud depuis 1994, à l’égard de Maia Sandu : le PAS n’y obtient que 3,19 %, contre plus de 80 % dans une partie de la diaspora. Il l’attribue à une culture politique tournée vers la Russie, liée à l’histoire d’une population turcophone et orthodoxe qui a rejoint l’Empire russe pour fuir l’Empire ottoman, alors que l’Union européenne y verse le plus d’aides. Pour la suite, il décrit une fenêtre de trois à quatre ans avant la présidentielle de 2028 et les législatives de 2029, un objectif d’adhésion en 2028-2030 et l’appui du précédent chypriote pour que la Transnistrie ne bloque pas l’intégration.
Tout dépendra, selon lui, de l’issue de la guerre en Ukraine et du sort d’Odessa, qui fait office de verrou pour un pays sans frontière avec la Russie. Les Moldaves restent attachés à leur neutralité constitutionnelle : environ deux tiers rejettent l’adhésion à l’OTAN, marqués par le précédent du sommet de Bucarest de 2008 pour la Géorgie et l’Ukraine.
Pour aller plus loin
- La Moldavie face à son destin, les enjeux d’une élection législative décisive, briefing de Florent Parmentier pour l’Ifri
- Le site de l’Institut français des relations internationales
Les références de l’épisode
- Parti action et solidarité (PAS) : parti de la présidente Maia Sandu, vainqueur avec 53 députés sur 101
- Bloc des patriotes : opposition dite pro-russe, environ un quart des suffrages
- Parti Shor : parti d’Ilan Shor, interdit, lié au « vol du siècle » d’un milliard de dollars
- Transnistrie : territoire séparatiste où stationnent des troupes russes depuis 1991
- Gagaouzie : région autonome du sud, où le PAS obtient 3,19 %
- Ramsès 2026 : ouvrage annuel de l’Ifri auquel Florent Parmentier a contribué
- Sommet de l’OTAN de Bucarest de 2008 : promesse d’adhésion faite à la Géorgie et à l’Ukraine, citée pour expliquer l’attachement moldave à la neutralité
Au fil de l’épisode
- 00:00:51 : les résultats du scrutin du 28 septembre 2025
- 00:02:13 : l’opposition et les nouveaux partis au Parlement
- 00:03:36 : les seuils d’entrée au Parlement
- 00:04:27 : désinformation, achats de votes et ingérences russes
- 00:07:12 : Ilan Shor et le « vol du siècle »
- 00:09:17 : bureaux de vote en Russie et accès au vote
- 00:12:11 : la Transnistrie et ses électeurs
- 00:16:19 : un dilemme démocratique et le regard de Bruxelles
- 00:19:35 : la Gagaouzie et son aversion envers la présidente
- 00:22:15 : les prochaines échéances et l’objectif européen 2028-2030
- 00:24:35 : la guerre en Ukraine, Odessa et la neutralité moldave
FAQ
Qui a gagné les élections législatives de 2025 en Moldavie ?
Le Parti action et solidarité (PAS) de la présidente Maia Sandu a obtenu la majorité absolue, avec 53 députés sur 101, lors du scrutin du 28 septembre 2025. Pour Florent Parmentier, c’est un succès incontestable qui garantit la poursuite du rapprochement avec l’Union européenne, face à un Bloc des patriotes pro-russe à environ un quart des voix.
Quelles ingérences russes ont marqué la campagne moldave ?
Florent Parmentier en distingue trois : la désinformation, qui accusait Maia Sandu de vouloir entraîner le pays dans la guerre ; les achats de votes, déjà dénoncés lors de la présidentielle de 2024 ; et, selon la presse, la formation de casseurs pour contester un résultat serré. Le but serait d’éroder la confiance dans l’Union européenne et les institutions moldaves.
Pourquoi l’accès au vote en Transnistrie et en Russie fait-il débat ?
Pour limiter les manipulations, le gouvernement n’a ouvert que deux bureaux à Moscou et une douzaine pour les électeurs de Transnistrie, qui en demandaient 41. Florent Parmentier estime que cela ne change probablement pas le résultat, mais que l’opposition s’en servira, car ces électeurs votent davantage pour les candidats pro-russes.
Pourquoi les Moldaves rejettent-ils l’adhésion à l’OTAN ?
Selon Florent Parmentier, environ deux tiers des Moldaves rejettent l’OTAN et restent attachés à la neutralité inscrite dans leur Constitution. Ils ont retenu qu’après la promesse d’adhésion faite au sommet de Bucarest de 2008, la Géorgie a connu une guerre la même année et l’Ukraine en 2014, puis en 2022.
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