Podcast Défense.
Conflits, géopolitique25 avril 202535 min

La chute. La défaite de l’Allemagne nazie. Eric Branca

avec Eric Branca

Eric Branca, la dernière année de la Seconde Guerre mondiale et la chute de l'Allemagne nazie

L'historien et journaliste Eric Branca consacre un livre à la dernière année de la Seconde Guerre mondiale, de juillet 1944 à mai 1945. Au micro de Jean-Baptiste Noé, pour Conflits, il raconte une fin de guerre aussi politique que militaire. Il revient sur l'offensive soviétique qui brise la Wehrmacht, le partage de l'Europe avant Yalta, le refus de de Gaulle d'abandonner Strasbourg, les conjurés contre Hitler, la chute de Mussolini et la bombe atomique.

De Bagration à Yalta, la guerre se joue à l’Est

L’historien et journaliste Eric Branca raconte à Jean-Baptiste Noé, pour Conflits, la dernière année de la Seconde Guerre mondiale, du 13 juillet 1944 au 9 mai 1945, sujet de son nouveau livre, une histoire « tant militaire que politique ». À l’été 1944, rappelle-t-il, les Alliés pensent la guerre finie à Noël ; elle durera presque un an de plus. Il corrige d’abord une idée reçue sur les pertes : environ 25 millions de morts en Union soviétique, quand les États-Unis en comptent 380 000 à 400 000 sur toute la guerre, dont 140 000 à 150 000 de la bataille de France à la conquête de l’Allemagne. Sans les Américains, qui ont financé l’effort soviétique, ni sans les Russes, la guerre n’aurait pas été gagnée. Ce qui décide de tout se passe à l’Est : le 22 juin 1944, jour anniversaire de Barbarossa, l’opération Bagration lance près de 4 millions de soldats soviétiques sur un front de 2 000 kilomètres, « un Barbarossa à l’envers » qui reconquiert la Biélorussie et l’Ukraine et coûte 400 000 hommes à la Wehrmacht. C’est l’Armée rouge qui libère les camps d’extermination, mais aussi elle qui met l’Europe de l’Est sous tutelle pour plusieurs décennies.

Pour Eric Branca, Yalta n’a fait qu’entériner ce qui s’était joué à la conférence de Moscou d’octobre 1944, où Churchill a sauvé la Grèce et la Méditerranée orientale en laissant à Staline l’essentiel de l’Europe de l’Est, après l’écrasement de l’insurrection de Varsovie.

De Gaulle, Strasbourg et la chute des dictateurs

L’invité revient sur les victoires françaises restées dans l’ombre : le débarquement de Provence, avec une armée de près de 400 000 hommes, essentiellement française, Monte Cassino, qui a ouvert la route de Rome, et surtout la campagne d’Alsace. Quand les Américains exigent l’abandon de Strasbourg pendant l’offensive allemande des Ardennes, de Gaulle refuse, pour l’honneur, pour éviter des représailles sur la population, et parce que Strasbourg est la base du passage du Rhin. Selon Eric Branca, sans une zone d’occupation en Allemagne, la France n’aurait été ni à la table des vainqueurs ni au Conseil de sécurité de l’ONU. À Paris, de Gaulle refuse de proclamer une République qui « n’a jamais cessé d’exister » et reproche à Leclerc d’avoir fait signer l’acte de capitulation allemande par le chef communiste des insurgés. L’historien oppose les épurations : à l’Ouest, elles visent des collaborateurs, à l’Est, tous les non-communistes, y compris des résistants. Il se montre sévère envers les conjurés du 20 juillet 1944 : seul Stauffenberg est allé au bout, et les projets des conjurés, notes du maire de Leipzig à l’appui, ne s’éloignaient guère, génocide en moins, de la géopolitique d’Hitler. Il raconte la chute de Mussolini, renversé par le Grand Conseil fasciste avec Dino Grandi, la capitulation allemande signée à Reims puis à Berlin, d’où la date du 9 mai à Moscou, et la fuite de Himmler.

Il conclut sur un conflit qui a tué plus de civils que de militaires, dont 14 millions en Union soviétique, et sur la bombe atomique, utilisée selon lui autant pour épargner un débarquement au Japon que pour impressionner l’Union soviétique.

Pour aller plus loin

Les références de l’épisode

  • L’Ami américain : son précédent livre sur les relations entre Washington et de Gaulle.
  • Opération Bagration (22 juin 1944) : l’offensive soviétique qui brise la Wehrmacht à l’Est.
  • Conférences de Moscou (octobre 1944) et de Yalta (février 1945) : le partage de l’Europe.
  • Insurrection de Varsovie (1944) : écrasée par les Allemands sous les yeux de l’Armée rouge.
  • Débarquement de Provence et campagne d’Alsace : les victoires françaises qu’il juge trop oubliées.
  • Attentat du 20 juillet 1944 : la tentative de Stauffenberg contre Hitler.
  • Capitulation allemande de Reims et de Berlin (7 et 8 mai 1945) : l’origine de la commémoration du 9 mai à Moscou.
  • Hiroshima et Nagasaki : les bombardements atomiques qui clôturent la guerre.

Au fil de l’épisode

  • 00:01:34 : présentation d’Eric Branca et de son livre sur la dernière année de la guerre
  • 00:02:54 : les pertes soviétiques et américaines, des Alliés indispensables les uns aux autres
  • 00:03:57 : l’opération Bagration, un Barbarossa à l’envers
  • 00:05:22 : libération ou conquête de l’Europe de l’Est
  • 00:06:51 : ce qui s’est vraiment joué à Yalta et à Moscou
  • 00:09:36 : la mémoire des victoires françaises, de la Provence à l’Italie
  • 00:11:29 : Strasbourg et le refus de de Gaulle
  • 00:13:59 : la libération de Paris et la menace communiste
  • 00:16:18 : les épurations à l’Ouest et à l’Est
  • 00:18:16 : les attentats contre Hitler et les projets des conjurés
  • 00:23:30 : la chute de Mussolini et la fin de l’Italie fasciste
  • 00:26:59 : les capitulations allemandes et la fin du Reich
  • 00:30:53 : un cataclysme sans précédent
  • 00:32:55 : le Japon et la bombe atomique

FAQ

Qu’est-ce que l’opération Bagration ?

C’est l’offensive soviétique lancée le 22 juin 1944, jour anniversaire de Barbarossa. Selon Eric Branca, près de 4 millions de soldats attaquent sur 2 000 kilomètres, de la Baltique aux Carpates, et reprennent en six semaines la Biélorussie et l’Ukraine. La Wehrmacht y perd 400 000 hommes, et l’Armée rouge arrive aux portes de Varsovie.

Pourquoi de Gaulle a-t-il refusé d’abandonner Strasbourg ?

Selon Eric Branca, il avait trois raisons : l’honneur, la libération de la ville par les Français ayant été promise ; la crainte de représailles allemandes contre la population ; et surtout la nécessité de garder la base du passage du Rhin. Conquérir une zone d’occupation en Allemagne devait permettre à la France de siéger parmi les vainqueurs et au Conseil de sécurité.

Pourquoi la victoire de 1945 est-elle célébrée le 9 mai en Russie ?

Eric Branca explique que la capitulation allemande a été signée à Reims le 7 mai avec les Américains, puis à Berlin le 8 mai vers minuit moins le quart. À cette heure-là, il était déjà le 9 mai à Moscou, d’où la date des commémorations russes. Il souligne qu’aucun traité de paix n’a jamais été signé entre les Alliés et l’Allemagne.

Conflits, géopolitique

Retrouver également dans le podcast

Tous les épisodes ›
Géopolitique de la France – Jean-Baptiste Noé3 Nov
Conflits, géopolitique · Jean-Baptiste Noé
3 Nov · 21 min · Géopolitique et relations internationales
Brésil : pourquoi Lula a gagné31 Oct
Conflits, géopolitique
31 Oct · 10 min · Géopolitique et relations internationales
Tsars et tsarines de Russie – Anna Moretti30 Oct
Conflits, géopolitique · Anna Moretti
30 Oct · 34 min · Géopolitique et relations internationales
Brésil : victoire de Lula26 Oct
Conflits, géopolitique
26 Oct · 9 min · Géopolitique et relations internationales
Le Vatican insolite – Caroline Pigozzi23 Oct
Conflits, géopolitique · Caroline Pigozzi
23 Oct · 32 min · Géopolitique et relations internationales
Géopolitique de Paris20 Oct
Conflits, géopolitique
20 Oct · 15 min · Géopolitique et relations internationales
Israël : la culture du combat – Gil Mihaely16 Oct
Conflits, géopolitique · Gil Mihaely
16 Oct · 40 min · Armées et forces
Atlas Conflits : un atlas pour décrypter le monde – Jean-Baptiste Noé13 Oct
Conflits, géopolitique · Jean-Baptiste Noé
13 Oct · 20 min · Géopolitique et relations internationales
Indice Conflits de la défense9 Oct
Conflits, géopolitique
9 Oct · 16 min · Géopolitique et relations internationales
Éthiopie : la guerre reprend6 Oct
Conflits, géopolitique
6 Oct · 18 min · Géopolitique et relations internationales
Alexis de Tocqueville et la guerre2 Oct
Conflits, géopolitique
2 Oct · 43 min · Géopolitique et relations internationales
Venezuela : terrain de chasse des États-Unis29 Sep
Conflits, géopolitique
29 Sep · 11 min · Géopolitique et relations internationales
Allemagne

Dans la même thématique

La thématique ›
MGCS, SCAF… L’heure des autopsies [Le Casque et la plume #22]20 Oct
Le Collimateur
20 Oct · 76 min · Allemagne
Lundi 13 octobre : Un drapeau au coeur de l’histoire européenne (1870-1945)6 Août
Musée de l'Armée
6 Août · 60 min · Allemagne
Soldate de l’image. Germaine Kanova photographe de la France libre [Le fil de l’épée #56]14 Juin
Le Collimateur
14 Juin · 59 min · Allemagne
Renseignement : la spectaculaire montée en puissance des services allemands [Zone grise #4]5 Juin
Le Collimateur
5 Juin · 42 min · Allemagne
Le réarmement allemand4 Juin
Les Lundis de l'IHEDN
4 Juin · 12 min · Allemagne
La coopération franco-allemande dans le domaine de la défense4 Juin
Les Lundis de l'IHEDN
4 Juin · 13 min · Allemagne
Allemagne : à la recherche de la croissance perdue1 Juin
Le Monde selon l'Ifri · Marie Krpata
1 Juin · 30 min · Allemagne
L’Allemagne : le futur géant militaire de l’Europe ?24 Mar
Le Collimateur
24 Mar · 74 min · Allemagne
Munich 2026 : le calme après la tempête [Le Casque et la plume #18]17 Fév
Le Collimateur
17 Fév · 78 min · Allemagne
L’Allemagne leader de l’Europe : une ambition contrariée26 Jan
Le Monde selon l'Ifri · Jeanette Süß
26 Jan · 24 min · Allemagne
Abbé Julien Tajan | Daignez agréer, Monsieur l’aumônier général #1427 Oct
Daignez agréer Monsieur l'aumônier général
27 Oct · 6 min · Allemagne
Abbé Joseph Gelin | Daignez agréer, Monsieur l’aumônier général #1326 Oct
Daignez agréer Monsieur l'aumônier général
26 Oct · 8 min · Allemagne
La chute. La défaite de l’Allemagne nazie. Eric BrancaConflits, géopolitique
0:00
35:09