
Le podcast de la revue Conflits, présenté par Jean-Baptiste Noé, diffuse une vidéo de sa lettre « Géopolitique et finances » consacrée à un effet peu visible de la guerre en Iran : le blocage du détroit d'Ormuz frappe le marché mondial des engrais. Urée, ammoniac, gaz naturel, routes de contournement par Oman ou la mer Rouge : l'analyse montre pourquoi l'Inde est plus exposée que la Chine et pourquoi la Russie et le Maroc tiennent des positions de force.
Le gaz, nerf de la guerre des engrais
Dans cette vidéo de la lettre « Géopolitique et finances », diffusée par le podcast de la revue Conflits, l’auteur aborde la guerre en Iran et le blocage du détroit d’Ormuz sous un angle moins visible que le pétrole : celui des engrais et de l’agriculture mondiale. Il part d’une formule de l’économiste Frédéric Bastiat, « il y a ce que l’on voit et ce que l’on ne voit pas ». Selon lui, 35 % de l’urée mondiale, 18 % de l’ammoniac et 15 % des ammonitrates transitent par Ormuz, et le gaz naturel représente entre 60 et 80 % du coût de production des engrais azotés : une hausse du gaz se répercute sur toute la chaîne alimentaire, du Brésil aux Pays-Bas et à la France. Il rappelle qu’en avril 2022, après l’invasion de l’Ukraine par la Russie, l’urée était passée de 290 à 900 dollars la tonne. Il passe en revue les sites touchés dans la péninsule Arabique (unités d’Oman, site de Ras Laffan au Qatar, champ gazier offshore du Léviathan qui alimente l’Égypte, productrice d’urée) et les routes de contournement envisagées, gazoducs vers la mer Rouge, exposée aux attaques des Houthis, ou vers Beyrouth, à travers la Syrie et le Liban. Pour lui, Oman, ouvert sur l’océan Indien, reste la voie terrestre la plus sûre, mais rallonge les trajets vers l’Europe de 20 à 30 jours par le cap de Bonne-Espérance.
Il compare ensuite les expositions : l’Inde, importatrice structurelle et très subventionnée, est plus vulnérable que la Chine, premier producteur mondial (27 % du marché selon lui), qui a renforcé ses contrôles à l’exportation d’urée ; l’Amérique du Nord est mieux placée, les États-Unis produisant 17 % des engrais mondiaux et le Canada étant le troisième producteur de potasse. La Russie et le Maroc, qui détiendrait 70 % des réserves mondiales de phosphates grâce à l’Office chérifien des phosphates (OCP), apparaissent comme les pays en position de force. L’auteur termine par les perspectives d’un marché estimé à 120 milliards de dollars en 2025 et cite plusieurs entreprises cotées du secteur.
Les références de l’épisode
- Détroit d’Ormuz : passage dont le blocage menace les flux d’urée, d’ammoniac et d’ammonitrates.
- Frédéric Bastiat : économiste français du XIXe siècle, cité pour « ce que l’on voit et ce que l’on ne voit pas ».
- Office chérifien des phosphates (OCP) : groupe marocain qui assure au royaume un levier géopolitique sur les phosphates.
- Ras Laffan : site gazier du Qatar dont la production a été interrompue.
- Léviathan : champ gazier offshore israélien qui alimente l’Égypte, mis à l’arrêt lors des récents conflits.
- Sinochem et ChemChina : groupes chinois qui assurent une large part de l’autosuffisance de la Chine en engrais.
- CF Industries, Mosaic, Nutrien, Yara International : entreprises américaines, canadienne et norvégienne des engrais citées par l’auteur.
Au fil de l’épisode
- 00:00:36 : présentation de la lettre « Géopolitique et finances »
- 00:01:11 : la guerre en Iran et le détroit d’Ormuz vus par les engrais
- 00:02:11 : Frédéric Bastiat et ce que l’on ne voit pas : du gaz aux engrais azotés
- 00:03:18 : 35 % de l’urée mondiale passe par Ormuz, le poids du gaz dans les coûts
- 00:05:02 : le précédent de 2022 et l’envolée du prix de l’urée
- 00:05:47 : Oman, le Qatar et les routes de contournement
- 00:07:49 : le champ du Léviathan et la production égyptienne d’urée
- 00:08:23 : l’Asie exposée : la Chine productrice, l’Inde importatrice
- 00:10:07 : l’Amérique du Nord en position favorable
- 00:11:49 : la Russie et le Maroc, pays en position de force
- 00:13:45 : un marché mondial en croissance et les entreprises citées
FAQ
Pourquoi le blocage d’Ormuz fait-il monter le prix des engrais ?
Selon l’auteur, 35 % de l’urée mondiale, 18 % de l’ammoniac et 15 % des ammonitrates transitent par le détroit d’Ormuz. Le gaz naturel représente en outre entre 60 et 80 % du coût de production des engrais azotés : toute baisse des flux de gaz renchérit les engrais, puis l’ensemble de la production agricole.
Quels pays sont les plus exposés à la crise des engrais ?
L’auteur juge l’Asie la plus exposée, et l’Inde davantage que la Chine. L’Inde importe structurellement ses engrais et les subventionne fortement, alors que la Chine, premier producteur mondial, couvre une large part de ses besoins et a renforcé ses contrôles à l’exportation d’urée.
Pourquoi le Maroc pèse-t-il autant sur le marché des engrais ?
D’après l’auteur, le Maroc détient 70 % des réserves mondiales de phosphates, exploitées par l’Office chérifien des phosphates. Ce quasi-monopole donne au royaume un levier géopolitique majeur, au même titre que la Russie, premier exportateur mondial d’engrais azotés en 2021.
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