
Le lieutenant-colonel Guillaume, expert explosif de la STAT, a passé toute sa carrière dans le génie à poser, détruire et étudier des mines. Au micro de Combats futurs, le podcast du Commandement du combat futur de l'armée de Terre, il explique le retour des mines sur le champ de bataille. Mines intelligentes, explosifs liquides, thermobarique, capteurs de surpression : il décrit aussi le métier de démineur, seul face à un engin conçu pour tuer.
Mines, contre-mobilité et retour de la mine sur le champ de bataille
Le lieutenant-colonel Guillaume, expert explosif de la STAT et chef d’un groupe chargé des mines, des explosifs et du matériel des démineurs de l’armée de Terre, explique dans Combats futurs ce qu’est un explosif, comment la mine revient au premier plan et ce que vit un démineur. Officier du génie passé par le 13e régiment du génie, il dit n’avoir « fait que de l’explosif » de toute sa carrière. Il rappelle que la mine reste l’outil favori de la contre-mobilité, pour interdire un terrain à l’adversaire ou l’obliger à suivre un itinéraire imposé. Selon lui, la recherche s’est arrêtée au début des années 1990, sous l’effet du traité d’Ottawa, qui a supprimé les mines antipersonnel, d’un protocole qui oblige les mines antichars à ne viser que des véhicules blindés, d’opérations extérieures surtout offensives et d’une sensibilité croissante aux dégâts causés aux civils. Seule la Finlande, armée défensive avec une longue frontière avec la Russie, a continué à innover jusqu’à produire en Europe des mines dites intelligentes, qui communiquent entre elles et s’auto-neutralisent au bout de 45 jours, précise-t-il.
Il décrit aussi la pose à la main, les enfouisseurs et les disperseurs capables de saturer en quelques minutes l’équivalent d’un terrain de football, ainsi que les mines de toit qui s’élèvent pour frapper un char par le haut.
Du très brisant au thermobarique, et le démineur seul face à l’engin
L’officier présente l’échelle des explosifs, du plus progressif, la poudre noire, au très brisant utilisé par l’armée pour la destruction. Il évoque les explosifs binaires, deux liquides inoffensifs tant qu’ils ne sont pas mélangés, venus des stations de ski pour le déclenchement d’avalanches, et l’effet du thermobarique en milieu confiné. Il raconte avoir cartographié avec des capteurs placés sur son casque et son gilet pare-balles les surpressions reçues lors des effractions, pour mieux protéger les personnels, en comparant le suivi des ondes de choc à celui des KO au rugby. Puis il parle des démineurs, formés pendant des années et pour qui il faut « une dizaine d’années » pour faire un bon démineur : « il est tout seul face à cet engin qui est destiné à le tuer ».
Sur l’innovation, il juge la robotique présente depuis longtemps dans le déminage, s’inquiète surtout de l’imprimante 3D qui facilite les pièges, et estime que l’intelligence artificielle « n’est pas aussi vicieuse que l’homme ».
Les références de l’épisode
- Commandement du combat futur (CCF) : grand commandement de l’innovation et de la pensée militaire de l’armée de Terre, qui produit le podcast.
- STAT : organisme de l’armée de Terre où l’invité est expert explosif.
- 13e régiment du génie : régiment où l’invité a servi.
- Traité d’Ottawa : traité qui a conduit à supprimer les mines antipersonnel.
- Guerre d’hiver de 1939 : conflit cité par l’invité pour expliquer pourquoi la Finlande a gardé la mine dans sa doctrine.
- École du génie à Angers : à côté de laquelle se trouve, selon l’invité, la maison mère des démineurs en France.
Au fil de l’épisode
- 00:00:16 : présentation du lieutenant-colonel Guillaume et de son groupement
- 00:01:22 : mines, explosifs et matériel des démineurs
- 00:02:18 : qu’est-ce qu’un explosif ?
- 00:03:17 : une carrière entière consacrée à l’explosif dans le génie
- 00:03:43 : le retour des mines avec le conflit russo-ukrainien
- 00:04:23 : pourquoi la recherche sur les mines s’est arrêtée dans les années 1990
- 00:07:10 : l’exception finlandaise et les mines intelligentes
- 00:08:20 : poser les mines, enfouisseurs et disperseurs
- 00:09:45 : les mines de toit
- 00:11:38 : du progressif au très brisant
- 00:15:47 : les explosifs liquides binaires
- 00:17:18 : le thermobarique en milieu confiné
- 00:21:00 : sécurité et cartographie des surpressions
- 00:24:16 : l’état d’esprit des démineurs
- 00:27:28 : les échanges entre démineurs de différents pays
- 00:28:49 : robots, imprimante 3D et intelligence artificielle
FAQ
Pourquoi les armées ont-elles cessé de développer des mines dans les années 1990 ?
Selon le lieutenant-colonel Guillaume, trois raisons se sont cumulées : un cadre normatif plus strict avec le traité d’Ottawa et l’obligation pour les mines antichars de ne viser que des blindés, des interventions militaires surtout offensives alors que la mine sert à se défendre, et un rejet croissant des dégâts causés aux populations civiles.
Qu’est-ce qu’une mine intelligente ?
D’après l’invité, ce sont des mines qui communiquent entre elles, dont on peut activer ou désactiver des couloirs à volonté, et qui s’auto-neutralisent au bout de 45 jours pour respecter les conventions. En Europe, seule la Finlande en a produit de manière industrielle, parce qu’elle a gardé la mine dans sa doctrine défensive.
Combien de temps faut-il pour former un démineur ?
L’officier explique que la formation de base dure plus d’une année, avec des stages de plusieurs semaines validés par examen, puis des missions en opération extérieure au sein d’une équipe avant de nouveaux stages. Selon lui, il faut une dizaine d’années pour faire un bon démineur, qui continue ensuite à se former toute sa vie.
Pourquoi le thermobarique est-il utilisé en milieu confiné ?
Le lieutenant-colonel Guillaume explique qu’un des composants du thermobarique consomme l’oxygène et se répand dans une pièce ou un couloir. La surpression est moins forte qu’avec un explosif classique mais dure plus longtemps, et les ondes de choc qui se croisent provoquent davantage de dégâts sur l’infrastructure et sur les personnes.
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