
Le commandant Bertrand Serre, chef du bureau études de la 7e Brigade blindée et chef de son centre d'entraînement tactique drone, est l'invité de Combats futurs, le podcast du Commandement du combat futur de l'armée de Terre. Il explique comment ce centre forme des combattants de toutes les armes au pilotage de drones d'attaque, comment l'équipe adapte des drones civils pour emporter une charge, et pourquoi le cœur de cette capacité tient dans la coordination entre un télépilote, un observateur et un chef tactique.
Une capacité nouvelle, pas seulement une école
Dans cet épisode de Combats futurs, le commandant Bertrand Serre, chef du bureau études de la 7e Brigade blindée et chef du centre d’entraînement tactique drone (CETD), décrit la façon dont l’armée de Terre forme ses premiers télépilotes de drones d’attaque. Le centre, dit-il, dépasse le cadre d’une école : il agit sur la doctrine, l’organisation, les ressources humaines, l’équipement, le soutien et surtout l’entraînement, avec le mandat fixé par le chef d’état-major de l’armée de Terre de livrer aux forces une capacité « bonne de guerre ». Les instructeurs sont des cadres de toutes les armes de la brigade, formés par une société civile au pilotage, au montage et à la programmation des drones ; la tactique s’appuie sur le retour d’expérience des conflits en cours et des autres unités, françaises et étrangères. Plutôt que de recruter des spécialistes, la brigade forme n’importe quel combattant, avec pour cible une capacité par section ou par peloton. L’infrastructure est mobile : pour sa première rotation, le centre s’est installé sur un camp disposant d’un village de combat, de positions de mortier simulées, de tranchées et d’abris enterrés. Les drones sont d’abord des drones civils adaptés pour emporter une charge militaire, changer de fréquence face au brouillage et déclencher la charge au moment voulu. Un laboratoire d’impression 3D produit des carénages pour protéger moteurs et électronique, et des griffes pour fixer les casques de pilotage immersif sur les casques de protection. Parmi les innovations récentes, il cite la fibre optique, qui donne plusieurs kilomètres de portée selon la longueur de la bobine, et les relais radio installés sur un drone d’observation pour allonger la portée des drones d’attaque. Pour la lutte anti-drone, la brigade a mis au point un entraînement au tir avec un fusil à pompe d’airsoft tirant des billes en plastique. Le pilotage immersif impose une forte charge cognitive : le centre recrute de préférence des jeunes habitués aux jeux vidéo, et l’oreille interne s’entraîne au point de piloter depuis un véhicule en mouvement. Le commandant insiste sur la fierté et la responsabilité des télépilotes, qui doivent « discriminer l’ami de l’ennemi », et sur le groupe de frappe : un télépilote de drone d’observation, qui voit large, un télépilote de drone à pilotage immersif, rapide mais au champ de vision limité, et un chef tactique qui les coordonne grâce à la recopie vidéo stabilisée. Il précise enfin que le travail sur les munitions relève du service chargé des munitions et de la Direction générale de l’armement (DGA), mais que le centre a identifié les munitions des forces françaises modifiables pour être prêt « dès ce soir », et que les vols se font dans un cadre réglementaire complet, avec des dérogations sous la responsabilité des chefs de corps.
La vocation ultime de ces dronistes, résume-t-il, est de détruire un objectif fixe ou mobile, en appui d’une manœuvre blindée ou lors d’une mission autonome confiée au groupe de frappe.
Les références de l’épisode
- 7e Brigade blindée : grande unité de l’armée de Terre qui a créé le centre d’entraînement tactique drone
- Centre d’entraînement tactique drone (CETD) : structure mobile chargée de former et d’entraîner les télépilotes de la brigade
- Commandement du combat futur (CCF) : grand commandement de l’innovation de l’armée de Terre, qui produit le podcast
- Direction générale de l’armement (DGA) : compétente avec le service des munitions pour le travail sur les munitions françaises
- Guerre en Ukraine : principale source du retour d’expérience sur l’emploi des drones
Au fil de l’épisode
- 00:00:50 : un centre d’entraînement qui crée une capacité nouvelle
- 00:01:47 : instructeurs formés par une société civile et élèves venus de toutes les armes
- 00:02:56 : la double casquette et la diffusion de la pratique dans les régiments
- 00:03:59 : une infrastructure mobile et un camp aux objectifs variés
- 00:04:33 : des drones civils adaptés pour emporter une charge
- 00:05:29 : le laboratoire d’impression 3D
- 00:06:32 : fibre optique et relais radio pour allonger la portée
- 00:07:01 : s’entraîner à la lutte anti-drone avec un fusil d’airsoft
- 00:07:56 : frappes sur objectifs durcis et dans la profondeur
- 00:08:36 : charge cognitive, âge des pilotes et oreille interne
- 00:10:04 : fierté et responsabilité des télépilotes
- 00:11:10 : un retour d’expérience permanent
- 00:11:42 : le groupe de frappe : télépilote, observateur, chef tactique
- 00:13:49 : munitions et cadre légal des vols
- 00:15:15 : la vocation ultime des dronistes
FAQ
Qu’est-ce que le centre d’entraînement tactique drone de la 7e Brigade blindée ?
C’est une structure créée sur mandat du chef d’état-major de l’armée de Terre pour livrer aux forces une capacité de drones d’attaque entraînée. Selon le commandant Bertrand Serre, elle dépasse une école : elle travaille la doctrine, l’organisation, l’équipement et surtout l’entraînement, sur une infrastructure mobile qui peut s’installer dans n’importe quel camp de la brigade.
Quels drones utilise l’armée de Terre pour former ses télépilotes ?
D’après le commandant Bertrand Serre, ce sont d’abord des drones civils adaptés pour emporter une charge militaire, changer de fréquence face au brouillage et déclencher la charge au bon moment. En carbone, ils sont réutilisés à l’entraînement, protégés par des carénages imprimés en 3D, et certains utilisent la fibre optique pour gagner plusieurs kilomètres de portée.
Comment fonctionne un groupe de frappe de drones ?
Le groupe réunit un télépilote de drone d’observation, qui a une vue large du terrain, un télépilote de drone à pilotage immersif, rapide mais au champ de vision limité, et un chef tactique. Celui-ci guide le pilote immersif grâce à la recopie vidéo stabilisée du drone d’observation : cette coordination est, selon l’invité, le cœur de la capacité.
Faut-il être jeune pour piloter un drone d’attaque ?
Il n’y a pas de limite d’âge, explique le commandant Bertrand Serre, mais le pilotage immersif impose une forte charge cognitive. Le centre privilégie des jeunes habitués aux jeux vidéo, qui apprennent plus vite. Les malaises liés au masque immersif se travaillent : avec de l’entraînement, presque tout le monde atteint le niveau, jusqu’à piloter depuis un véhicule en mouvement.
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