
Bertrand Alliot, docteur en science politique et environnementaliste, explique à Jean-Baptiste Noé, dans l'émission de la revue Conflits, pourquoi il estime que l'écologie a été détournée au profit de combats politiques. Il oppose l'environnement, affaire de politiques publiques, à une écologie fondée selon lui sur l'idée d'une crise existentielle. Nucléaire, biodiversité, forêts, étalement urbain : il défend des positions à contre-courant, qu'il appuie sur des exemples précis.
Environnement ou écologie : la différence selon Bertrand Alliot
Bertrand Alliot, docteur en science politique, ingénieur maître en gestion de l’environnement et environnementaliste, explique à Jean-Baptiste Noé comment, selon lui, l’écologie a été détournée de son sens premier au profit de combats politiques. Tout le monde est pour un air pur et une eau propre, rappelle-t-il, mais les mesures environnementales contraignent et créent des intérêts contradictoires, notamment sur les prix de l’énergie. Il distingue deux notions : l’environnement désigne les politiques publiques qui réduisent pollutions, risques et nuisances, sans urgence ; l’écologie, telle qu’il la définit, est un mouvement qui décrit une crise existentielle de l’humanité et réclame des politiques de salut public, « l’environnement puissance 10 ». Il retrace une succession de « crises de remplacement » : milieux dégradés, démographie, pluies acides, couche d’ozone, climat, et aujourd’hui biodiversité. Il y voit une dimension religieuse, la question du salut, et des intérêts économiques qui prospèrent sur le catastrophisme. Il relève aussi des contradictions : le nucléaire, combattu au temps de la crise de la technologie, devient une réponse à la crise climatique, et des associations écologistes contestent en justice éoliennes et lignes électriques au nom de la biodiversité. Pour lui, le développement durable est une « écologie avortée », qui partage le diagnostic de crise sans les solutions radicales, d’où son succès dans les entreprises.
Il juge le rôle des institutions internationales secondaire et observe que l’Europe occidentale est presque seule à avoir fait de l’écologie, au sens où il l’entend, une priorité politique.
Biodiversité, paysages et normes
Sur la biodiversité, Bertrand Alliot conteste l’idée d’un effondrement : selon lui, le nombre d’espèces augmente localement, en Europe comme en Nouvelle-Zélande, grâce aux espèces introduites, et beaucoup d’espèces protégées progressent, comme plusieurs oiseaux arrivés récemment en Île-de-France. Il insiste sur un sujet qu’il juge ignoré, la hausse des espèces prédatrices (goélands, corvidés, rapaces, cigognes), et critique l’Office français de la biodiversité. Il rappelle que des milieux appréciés des ornithologues sont des créations humaines, comme les étangs de la Dombes ou de la Brenne et d’anciennes carrières, et que la forêt progresse en France. Il se dit favorable à la limitation de l’étalement urbain, mais juge inapplicable l’objectif de zéro artificialisation nette, et décrit une écologie devenue autoritaire parce qu’elle doit imposer, par des normes et des taxes, des limites que la réalité n’impose pas encore.
Il défend enfin l’exploitation des ressources dont la France a besoin, pétrole ou gaz de schiste, tant qu’elle les importe.
Les références de l’épisode
- Couche d’ozone et gaz CFC : l’exemple d’une crise environnementale qui a quitté le débat après l’adoption d’un protocole international.
- Al Gore : cité pour sa prédiction de 2007 d’une disparition de la glace au pôle Nord d’ici 2013.
- GIEC et IPBES : les instances d’expertise sur le climat et sur la biodiversité citées par l’invité.
- Pacte vert européen : présenté par Bertrand Alliot comme une politique écologique de décroissance.
- Office français de la biodiversité : critiqué par l’invité pour son approche de la prédation.
- Zéro artificialisation nette : objectif de lutte contre l’étalement urbain qu’il juge impossible à appliquer.
- Agnès Pannier-Runacher : l’ancienne ministre citée à propos de l’électrification des usages.
Au fil de l’épisode
- 00:02:00 : présentation de Bertrand Alliot
- 00:02:59 : tous pour l’écologie, mais des mesures qui contraignent
- 00:04:21 : environnement, écologie et développement durable
- 00:06:53 : des catastrophes toujours annoncées pour demain
- 00:08:42 : la couche d’ozone, une crise oubliée
- 00:09:06 : les prédictions climatiques des années 1980 aux années 2000
- 00:10:15 : la dimension religieuse du catastrophisme
- 00:11:25 : le revirement européen sur le nucléaire
- 00:13:56 : quand l’écologie mange ses propres enfants
- 00:14:26 : le développement durable, une écologie avortée
- 00:16:56 : le rôle des institutions internationales
- 00:20:30 : une écologie surtout européenne
- 00:21:45 : l’homme créateur d’espèces et le nombre d’espèces
- 00:24:29 : des populations d’oiseaux et de mammifères en hausse
- 00:27:11 : la prédation, sujet ignoré
- 00:28:36 : Camargue, Dombes, carrières : des milieux façonnés par l’homme
- 00:30:12 : la progression de la forêt en France
- 00:32:26 : l’étalement urbain et le zéro artificialisation nette
- 00:33:36 : l’écologie punitive et les limites administratives
- 00:36:28 : ressources, innovation et pétrole
FAQ
Qui est Bertrand Alliot ?
Bertrand Alliot est docteur en science politique, ingénieur maître en gestion de l’environnement et environnementaliste. Auteur de plusieurs ouvrages sur l’environnement, il défend une approche qu’il veut rationnelle des questions écologiques et critique ce qu’il décrit comme le catastrophisme du mouvement écologiste.
Quelle différence Bertrand Alliot fait-il entre écologie et environnement ?
Pour lui, l’environnement désigne les politiques publiques qui réduisent pollutions, risques et nuisances, sans notion d’urgence. L’écologie, au sens militant, décrit une crise existentielle de l’humanité et réclame des politiques de salut public qui placent l’environnement au-dessus de tous les autres sujets.
Qu’est-ce qu’une crise de remplacement selon Bertrand Alliot ?
C’est le glissement d’une crise écologique annoncée vers une autre quand la précédente perd de sa force : milieux dégradés, démographie, pluies acides, couche d’ozone, climat, puis biodiversité. Selon lui, chaque nouvelle crise prolonge la panique écologique, et leurs solutions finissent par se contredire, comme pour le nucléaire.
La biodiversité s’effondre-t-elle en France selon Bertrand Alliot ?
Il conteste cette idée : selon lui, le nombre d’espèces augmente localement avec les espèces introduites, et de nombreuses espèces protégées progressent. Il reconnaît le déclin de certaines, comme l’alouette des champs, mais pointe la hausse des prédateurs, qu’il juge peu étudiée.
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