Podcast Défense.
Classé Secret Défense17 juillet 202666 min

Olivier Mas – Ancien Agent de la DGSE, il nous raconte tout !

avec Olivier Mas

Olivier Mas, ancien officier sous légende de la DGSE face aux grands services secrets

Olivier Mas, ancien colonel et ancien cadre de la DGSE, a passé quinze ans au service, d'abord comme officier sous légende, puis sur le contre-terrorisme, le contre-espionnage et la Chine. Dans Classé Secret Défense, il raconte ce que recouvrent vraiment une fausse identité, la confiance dans une source ou la relecture de ses livres par le service. Il compare aussi CIA, Mossad, services russes et chinois, revient sur l'opération des bipeurs contre le Hezbollah et dit comment la France peut se protéger de la guerre hybride.

Quinze ans à la DGSE, de la légende au terrain

Olivier Mas, ancien colonel et ancien cadre de la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE), raconte dans Classé Secret Défense ses quinze années dans le renseignement extérieur français et livre son regard sur les grands services du monde. Militaire de formation, passé par Saint-Cyr et les forces spéciales, il totalise 28 ans de service, dont 15 à la DGSE, qu’il quitte en 2017. Il y commence comme officier sous légende, c’est-à-dire sous fausse identité, dans un petit service spécialisé dans le montage de ces légendes, puis travaille sur le contre-terrorisme, le contre-espionnage et la Chine, avec plusieurs postes à l’étranger. Il dit devoir sa vocation à un général de la DGSE, ami de son père, qui avait arrêté le terroriste Carlos. Sa première légende : un professeur d’histoire en burn-out reconverti dans l’humanitaire ; en ambassade, il se présentait comme deuxième conseiller. Il reconnaît que l’humanitaire sert de couverture aux services, tout en soulignant que la grande majorité des humanitaires sont de vrais humanitaires. Selon lui, ce sont surtout les sources humaines qui risquent la prison ou la mort ; lui a eu peur à Beyrouth, quand un Libanais travaillant sur la même enquête que lui, l’assassinat d’un ancien Premier ministre libanais, a été tué dans l’explosion de sa voiture, à un endroit où il était passé cinq minutes plus tôt. Sa règle : « il ne faut jamais faire confiance », toujours recouper, comme avec cette source d’Asie centrale retournée par les services locaux.

Il explique aussi que la DGSE relit ses manuscrits avant publication, y compris son roman Ombres chinoises, et que cette relecture lui a déjà évité de dévoiler une opération qu’il croyait connue.

CIA, Mossad, Russes et Chinois : les services vus de l’intérieur

Pour Olivier Mas, retourner un espion adverse est « le summum de la réussite » : une centaine d’opérations pour deux ou trois succès, l’idéologie ayant été historiquement le principal levier chez les Soviétiques déçus. Il place en tête le binôme CIA et NSA, avec 17 agences et 170 000 personnes pour le renseignement américain, puis le renseignement israélien, Mossad et unité 8200, très fort en ciblage assisté par l’intelligence artificielle. Il décrit l’opération des bipeurs piégés contre le Hezbollah, préparée selon lui depuis la guerre de 2006, mais estime que cette efficacité pousse les dirigeants politiques à frapper sans vision stratégique : « avec un gros marteau très efficace, on voit des clous partout ». Les services russes l’ont déçu avec la guerre en Ukraine et multiplient les tentatives qui les exposent, mais restent les maîtres de l’espionnage sous légende. Les Chinois, longtemps tournés vers leurs ennemis intérieurs, misent sur le cyber et l’espionnage économique en masse ; il juge leur modèle silencieux le plus dangereux à terme. Il salue la DGSE pour son modèle intégré, où technique et renseignement humain travaillent côte à côte, et pour son service action. Côté fiction, il recommande Les Patriotes d’Éric Rochant, projeté aux jeunes recrues, et Le Bureau des légendes, dont les décors et les badges sont « vrais ».

Il raconte avoir refusé, lors d’une mission au siège de la CIA, une proposition de travailler ensemble à désinformer un média français.

Guerre hybride, nucléaire et sécurité de la France

Olivier Mas oppose le renseignement en démocratie, qui ne torture pas et cherche à informer sincèrement les décideurs, à celui des dictatures, où « tout est possible ». Il voit dans la guerre hybride (cyberattaques, manipulation de l’information) une arme surtout russe, que les démocraties doivent apprendre à contrer plutôt qu’à pratiquer. Il juge l’arme nucléaire une garantie presque de paix tant que le monde reste raisonnable, et comprend pourquoi l’Iran la recherche, sans être sûr que ce soit le bon calcul. Sur l’Ukraine, il estime que les deux pays sont au bord de la rupture mais que la Russie ne peut pas gagner, et note que la DGSE travaille de plus en plus avec les services ukrainiens. Il conseille, pour détecter un espion sous légende, de se méfier de celui qui est « trop beau pour être vrai » et de signaler ses doutes à la DGSI. Il juge la France plutôt bien protégée grâce à la coopération entre services intérieurs et extérieurs, mais s’inquiète du manque de munitions en cas de guerre de haute intensité.

Face à la guerre informationnelle, son conseil aux Français est de recouper l’information et de s’appuyer sur les médias sérieux.

Olivier Mas nous recommande…

  • « L’Espion qui venait du froid », John le Carré : qu’il présente comme le premier roman de l’auteur, un livre de contre-espionnage « ciselé » et direct.
  • « Les Patriotes », Éric Rochant : le film qu’il juge le plus réaliste sur le recrutement d’une source.
  • « Le Bureau des légendes », Éric Rochant : la série qui a donné une image plus sérieuse du service.

Pour aller plus loin

Les références de l’épisode

  • Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE) : service où Olivier Mas a servi 15 ans, comme officier sous légende puis à la direction du renseignement.
  • « Ombres chinoises » (Flammarion) : roman d’Olivier Mas sur la tentative de recrutement d’un officier de renseignement chinois à Abidjan.
  • « Profession espion » et « J’étais un autre… et vous ne le saviez pas » : ses livres sur son parcours et sur les fausses identités.
  • Opération des bipeurs piégés : attaque israélienne contre les cadres du Hezbollah, décrite comme le fruit d’une infiltration de long terme.
  • Unité 8200 : unité de renseignement technique israélienne citée avec le Mossad.
  • BCRA : services de renseignement de la France libre à Londres, formés par les Britanniques, dont la DGSE tire une part de son héritage.
  • « Spy Game » (Tony Scott) et « Homeland » : fictions américaines jugées trop tournées vers l’action.

Au fil de l’épisode

  • 00:00:41 : qui est Olivier Mas, 28 ans de service dont 15 à la DGSE
  • 00:02:06 : la vocation et le passage des forces spéciales à la DGSE
  • 00:03:54 : la peur en mission et l’attentat de Beyrouth
  • 00:05:44 : à qui faire confiance quand on est espion
  • 00:08:11 : sa légende de professeur d’histoire humanitaire
  • 00:10:41 : Ombres chinoises et la relecture par la DGSE
  • 00:14:27 : comment retourner un espion adverse
  • 00:16:16 : le classement des meilleurs services
  • 00:19:59 : les échecs des services russes, la méthode chinoise
  • 00:22:47 : la DGSE et son modèle intégré
  • 00:25:23 : Le Bureau des légendes, réalité ou fiction
  • 00:28:36 : la guerre au Moyen-Orient était-elle prévisible
  • 00:32:02 : l’opération des bipeurs contre le Hezbollah
  • 00:37:52 : menace chinoise et menace russe
  • 00:42:52 : la CIA sous Donald Trump
  • 00:44:12 : la guerre hybride et la proposition de la CIA
  • 00:47:53 : renseignement en démocratie et en dictature
  • 00:52:22 : l’arme nucléaire comme protection
  • 00:55:52 : l’Ukraine et la coopération avec les services ukrainiens
  • 00:57:46 : repérer un espion russe infiltré
  • 01:02:08 : la France est-elle bien protégée
  • 01:05:31 : les œuvres pour comprendre l’espionnage

FAQ

Qui est Olivier Mas ?

Olivier Mas est un ancien colonel, saint-cyrien passé par les forces spéciales, qui a servi 15 ans à la DGSE sur 28 ans de carrière. Officier sous légende puis spécialiste du contre-terrorisme, du contre-espionnage et de la Chine, il a quitté le service en 2017. Il anime une chaîne YouTube et publie des livres sur l’espionnage.

Qu’est-ce qu’une légende dans le renseignement ?

C’est une fausse identité construite pour un agent. Olivier Mas raconte avoir commencé à la DGSE dans un service spécialisé dans le montage de légendes. La sienne : un professeur d’histoire en burn-out reconverti dans l’humanitaire, qui lui permettait d’aller dans des zones sensibles où la France n’a pas d’ambassade.

Comment la DGSE contrôle-t-elle les livres de ses anciens agents ?

Selon Olivier Mas, la DGSE relit les manuscrits avant publication, même pour un roman. Elle lui a demandé de retirer des détails sur les techniques de clandestinité et les itinéraires de sécurité. Pour son premier livre, cette relecture lui a évité de dévoiler une partie d’une opération qu’il croyait déjà connue.

Comment repérer un espion sous légende ?

Olivier Mas cite des indices : un séducteur qui attire les confidences, quelqu’un de « trop beau pour être vrai », qui botte en touche ou marque un temps d’hésitation à certaines questions. Il reconnaît que les très bons espions ne se détectent pas, et conseille de signaler ses doutes à la DGSI en France ou à la DGSE à l’étranger.

Pourquoi la DGSE est-elle jugée efficace ?

Pour Olivier Mas, la force de la DGSE est son modèle intégré : les spécialistes du renseignement technique et du renseignement humain travaillent côte à côte sur les mêmes dossiers. S’y ajoute un service action capable d’apporter des faux papiers, de franchir des frontières clandestinement ou d’exfiltrer des sources menacées.

Moyen-Orient

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