
Jean-Baptiste Noé reçoit dans Conflits deux stagiaires de l'École de Guerre - Terre : un chef de bataillon français et un major de l'armée de terre belge. Pourquoi former ensemble des officiers de pays différents, et comment apprendre à combattre en coalition ? De la MINUSMA au Mali à la mission Aigle en Roumanie, du programme franco-belge CaMo à la question des langues dans l'armée belge, ils décrivent les trois niveaux de l'interopérabilité et l'estime qui se noue entre officiers alliés.
Deux officiers, deux armées, une même promotion
Dans cette émission de Conflits réalisée en partenariat avec l’École de Guerre – Terre, Jean-Baptiste Noé reçoit deux stagiaires de la même promotion : un chef de bataillon français et un major de l’armée de terre belge. Ils expliquent pourquoi l’école accueille des officiers étrangers, une quarantaine répartis sur deux sessions selon l’officier français, venus d’Europe mais aussi d’Afrique, des États-Unis ou du Liban. Le major belge décrit d’abord la formation dans son pays : l’École royale militaire de Bruxelles, inspirée à sa création du modèle français, un concours d’entrée après le lycée avec des épreuves linguistiques et mathématiques, et un recrutement sur diplôme universitaire en forte hausse. L’accès à une école de guerre se fait ensuite sur dossier, au grade de commandant (major en Belgique), et des officiers belges suivent ce cursus en France, en Allemagne, aux Pays-Bas ou en Angleterre. Pour le chef de bataillon, la présence d’alliés relève d’abord des relations interpersonnelles : vivre le même quotidien pendant toute la scolarité crée des liens. Le module « Fédérer les Alliés » présente les structures de l’interopérabilité, c’est-à-dire la capacité d’armées différentes à opérer ensemble, et plusieurs exercices intègrent des unités étrangères. Il rappelle que l’armée française n’intervient jamais seule, au Liban, en Afghanistan, en Afrique ou aujourd’hui en Roumanie et dans les pays baltes, et que le retour d’une « menace existentielle en Europe » rend nécessaire de combattre en coalition pour atteindre la masse.
Le major résume la position belge : pour un petit pays, l’interopérabilité « c’est même pas une question, c’est une obligation ».
Humain, technique, structurel : les trois niveaux de l’interopérabilité
L’officier français distingue trois niveaux. Le niveau humain, celui des relations entre personnes. Le niveau technique et capacitaire, lié aux équipements et aux systèmes de communication, qu’il illustre par l’exercice américain Warfighter, où la première division doit communiquer avec un corps américain et des divisions britanniques et allemandes. Le niveau structurel enfin, la capacité à intégrer des unités les unes aux autres en gardant une chaîne de commandement cohérente. Selon lui, le programme franco-belge CaMo (capacité motorisée) réunit les trois : partage de véhicules du programme Scorpion, échanges d’officiers et entraînements communs. Le major belge raconte une carrière où l’intégration multinationale est la règle, d’un élément de soutien belge dans une base allemande en Afghanistan jusqu’à la mission Aigle en Roumanie en 2022, quand la force de très haute disponibilité de l’OTAN a été activée peu après le début de la guerre en Ukraine : la Belgique y a détaché deux compagnies complètes dans un groupement français, et lui-même servait comme officier de liaison logistique. Il évoque la marine belgo-néerlandaise, la police du ciel partagée au sein du Benelux, la formation commune des pilotes avec la France et la question des langues dans l’armée belge, où il parle toujours la langue de ses subordonnés. L’officier français revient sur la MINUSMA, la mission de l’ONU au Mali jusqu’en 2023, dont il a vécu le désengagement.
Ce qui l’a le plus marqué, conclut-il, c’est « une estime réciproque » entre officiers de tous pays, même sur les sujets qui pourraient diviser.
Les références de l’épisode
- École de Guerre – Terre : école de formation des officiers supérieurs de l’armée de terre, partenaire de l’émission.
- École royale militaire : école de formation des officiers belges, à Bruxelles.
- Module « Fédérer les Alliés » : enseignement de l’École de Guerre – Terre consacré à l’interopérabilité et au fonctionnement de l’OTAN.
- Programme CaMo : partenariat stratégique franco-belge de capacité motorisée, avec achat de véhicules du programme Scorpion.
- Exercice Warfighter : exercice américain auquel participe la première division française.
- MINUSMA : mission de maintien de la paix de l’ONU au Mali, jusqu’en 2023.
- Mission Aigle : déploiement en Roumanie en 2022, dans le cadre de la force de très haute disponibilité de l’OTAN.
- Revue Conflits : revue de géopolitique dirigée par Jean-Baptiste Noé, dont le dossier du moment porte sur la guerre d’Ukraine.
Au fil de l’épisode
- 00:00:57 : présentation de l’émission et du partenariat avec l’École de Guerre – Terre
- 00:02:34 : la formation des officiers en Belgique et l’École royale militaire
- 00:04:35 : comment un officier entre à l’école de guerre
- 00:05:35 : la présence d’alliés et le module « Fédérer les Alliés »
- 00:07:51 : la vision belge de l’interopérabilité
- 00:09:21 : les niveaux humain, technique et structurel
- 00:10:42 : le programme franco-belge CaMo
- 00:11:47 : l’Europe, l’Afrique et la haute intensité
- 00:12:54 : équipements, communications et exercice Warfighter
- 00:14:00 : les pays représentés dans la promotion
- 00:16:04 : l’expérience de la MINUSMA au Mali
- 00:18:54 : la carrière multinationale d’un officier belge, de l’Afghanistan à la Roumanie
- 00:20:53 : les coopérations belges avec les Pays-Bas et le Luxembourg
- 00:23:21 : l’OTAN et la planification
- 00:26:16 : la question des langues dans l’armée belge
- 00:28:33 : ce qui marque le plus dans la rencontre entre cultures militaires
FAQ
Pourquoi l’École de Guerre – Terre accueille-t-elle des officiers étrangers ?
Selon un chef de bataillon stagiaire, leur présence relève des relations interpersonnelles entre armées : partager le quotidien d’une scolarité crée des liens durables. Elle prépare aussi à l’interopérabilité, puisque l’armée française n’intervient jamais seule en opération. Une quarantaine d’officiers alliés, d’Europe, d’Afrique, des États-Unis ou du Liban, suivent la formation sur deux sessions.
Qu’est-ce que le programme CaMo entre la France et la Belgique ?
CaMo, pour capacité motorisée, est le partenariat stratégique qui transforme la brigade motorisée belge. D’après les deux officiers, il couvre l’achat de véhicules du programme Scorpion, des échanges d’officiers et des entraînements communs. L’officier français y voit l’un des systèmes d’interopérabilité les plus aboutis, car il réunit les niveaux humain, technique et structurel.
Comment devient-on officier dans l’armée belge ?
Le major belge explique que l’École royale militaire de Bruxelles recrute sur concours après le lycée, avec des épreuves linguistiques, de mathématiques et de français, et délivre deux masters. L’armée recrute aussi de plus en plus de diplômés universitaires, qui suivent ensuite la formation de base d’officier. Chaque grade important demande de repasser des examens de langue.
Comment l’armée belge gère-t-elle ses langues ?
Selon le major, le néerlandais et le français sont les plus parlés, l’allemand étant aussi langue nationale. Les notes et les courriels essentiels sont rédigés dans les deux langues principales. Lui parle toujours la langue de ses subordonnés et garde souvent sa langue maternelle face à ses supérieurs ; l’anglais s’ajoute dans les états-majors multinationaux.
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