
Les Lundis de l'IHEDN donnent la parole au capitaine de frégate Xavier Courbey, officier de liaison français à Singapour, et au chercheur Éric Frécon sur un corridor maritime parmi les plus fréquentés du monde : les détroits de Malacca et de Singapour. Piraterie ou brigandage, hausse des attaques en 2025, coopération entre marines, polices et garde-côtes, conséquences réelles pour le commerce : l'épisode distingue les faits de la réputation de la zone.
Brigandage plutôt que piraterie
Cet épisode des Lundis de l’IHEDN, version audio d’un article de l’Institut des hautes études de défense nationale (IHEDN) publié à l’occasion de sa Session internationale pour l’Indopacifique (SIIP), fait le point sur les attaques de navires dans les détroits de Malacca et de Singapour avec deux voix : le capitaine de frégate Xavier Courbey, officier de liaison français à l’Information Fusion Center (IFC) de Singapour, et le chercheur Éric Frécon, spécialiste de la piraterie maritime dans la région. Les deux détroits forment un corridor entre l’océan Indien et la mer de Chine, où passent selon l’épisode 80 000 à 100 000 navires par an. Premier point, juridique : selon l’officier, parler de piraterie est impropre. La Convention des Nations unies sur le droit de la mer (CNUDM) réserve ce terme aux actes commis en haute mer ou hors de toute juridiction ; dans les eaux territoriales de la Malaisie, de l’Indonésie et de Singapour, il s’agit de brigandage en mer. L’épisode décrit ensuite la coopération régionale : créé en 2009 par la marine singapourienne, l’IFC réunit 26 officiers de liaison de 20 pays pour partager l’information entre marines, polices et garde-côtes, et le commandant Courbey y représente aussi l’Union européenne. Le détroit de Singapour, plus étroit et plus difficile à naviguer, est le plus visé : entre le 1er janvier et le 31 juillet 2025, 94 intrusions y ont été signalées, autant que sur toute l’année 2024, dont 7 de gravité modérée. Pour Éric Frécon, cette hausse tient surtout à la reprise d’activité d’« un ou deux gangs » plus qu’à des facteurs économiques, et le nombre d’incidents a fortement baissé après des arrestations par la police maritime indonésienne.
L’impact sur le commerce mondial reste très limité, selon les deux intervenants : surtout des coûts indirects pour les armateurs. Pour le chercheur, les conséquences sont d’abord psychologiques pour les équipages et réputationnelles pour les États riverains, et la piraterie reste l’un des rares sujets propices à la coopération.
Pour aller plus loin
Les références de l’épisode
- Session internationale pour l’Indopacifique (SIIP) : session de l’IHEDN qui réunit à Paris, du 17 au 21 novembre, des officiers et des fonctionnaires de pays de la zone.
- Information Fusion Center (IFC) : centre créé en 2009 par la marine singapourienne pour le partage d’informations sur la sécurité et la sûreté maritimes.
- Convention des Nations unies sur le droit de la mer (CNUDM) : son article 101 définit la piraterie.
- Marine nationale : un autre officier de liaison français est en poste au centre équivalent pour l’océan Indien, en Inde, depuis 2019.
- Australian Strategic Policy Institute : institut de Canberra où Éric Frécon est chercheur invité.
Au fil de l’épisode
- 00:00:35 : le corridor des détroits de Malacca et de Singapour
- 00:01:10 : piraterie ou brigandage en mer, ce que dit le droit
- 00:02:36 : l’Information Fusion Center et la coopération régionale
- 00:04:06 : le détroit de Singapour, passage le plus ciblé
- 00:05:09 : la réponse des États riverains et le retour des attaques
- 00:06:05 : 94 intrusions sur les sept premiers mois de 2025
- 00:07:27 : un impact limité sur le commerce mondial
- 00:08:54 : des conséquences humaines et réputationnelles
FAQ
Pourquoi parler de brigandage en mer plutôt que de piraterie dans le détroit de Malacca ?
Selon le capitaine de frégate Xavier Courbey, la Convention des Nations unies sur le droit de la mer définit la piraterie comme un acte commis en haute mer ou dans une zone ne relevant d’aucun État. Les incidents des détroits de Malacca et de Singapour ont lieu dans les eaux territoriales de la Malaisie, de l’Indonésie ou de Singapour : juridiquement, c’est du brigandage en mer.
Combien d’attaques ont été signalées dans le détroit de Singapour en 2025 ?
D’après le commandant Courbey, 94 intrusions ont été signalées sur des navires en transit dans le détroit de Singapour entre le 1er janvier et le 31 juillet 2025, soit autant que sur toute l’année 2024. Seules 7 ont été classées de gravité modérée ; les 87 autres n’ont eu que des conséquences matérielles.
Qu’est-ce que l’Information Fusion Center de Singapour ?
Créé en 2009 par la marine singapourienne, l’Information Fusion Center regroupe 26 officiers de liaison de 20 pays. Il favorise les échanges d’informations entre marines, polices et garde-côtes sur toutes les formes de sécurité et de sûreté maritimes : immigration, accidents, pêche, cyber, trafics, vols et pollution.
Ces attaques menacent-elles le commerce mondial ?
Non, selon les deux intervenants. Le commandant Courbey parle surtout de conséquences indirectes : primes d’assurance, équipages renforcés, coût opérationnel un peu plus élevé pour les armateurs. Éric Frécon rappelle que, même à son âge d’or, le banditisme maritime n’a pas eu d’impact fort sur le commerce mondial ou régional.
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