
Alexandra Saviana, rédactrice en chef adjointe du service Secret-défense de L'Express, raconte à Charlotte Baris comment le renseignement russe a conservé des relais jusque dans l'Union européenne, de Budapest à Bratislava. Des soupçons visant l'ancien ministre hongrois des Affaires étrangères aux méthodes du jeune patron des services secrets slovaques, elle montre comment ces liens pèsent sur les sanctions européennes et inquiètent les autres services du continent.
Budapest et Bratislava, relais de Moscou
Dans Nid d’espions, le podcast de L’Express consacré au renseignement, Charlotte Baris reçoit Alexandra Saviana, rédactrice en chef adjointe du service Secret-défense de L’Express, pour expliquer comment le renseignement russe garde des appuis en Hongrie et en Slovaquie malgré les expulsions de diplomates décidées en Europe après l’invasion de l’Ukraine. L’épisode rappelle qu’à la demande de la République tchèque, un compromis européen trouvé le 23 octobre 2025 oblige désormais les diplomates russes à notifier leurs déplacements dans l’Union au moins 24 heures à l’avance. La journaliste décrit une Hongrie restée, sous Viktor Orban, l’un des pays les plus proches du Kremlin : peu d’expulsions en 2022, de nombreux diplomates russes et un attaché militaire russe, poste souvent occupé par un officier du GRU, le renseignement militaire russe, longtemps maintenu en place. Elle revient sur les soupçons visant Péter Szijjártó, ministre hongrois des Affaires étrangères de 2014 à mai 2026, accusé d’avoir transmis à son homologue russe Sergueï Lavrov des informations sur des discussions européennes confidentielles, et sur l’usage du vote à l’unanimité des sanctions pour obtenir des retraits de listes, comme celui de la sœur du milliardaire Alisher Ousmanov. Côté slovaque, elle dresse le portrait de Pavol Gašpar, fils de Tibor Gašpar, un proche allié de Robert Fico, nommé à la tête du SIS, le service de renseignement slovaque, sans expérience du renseignement. Elle décrit un service politisé et isolé de ses partenaires, classé dernier d’un baromètre des services européens réalisé par L’Express auprès de 60 professionnels du renseignement dans 25 pays.
Elle observe que la position hongroise commence à évoluer depuis l’arrivée au pouvoir de Peter Magyar en mai 2026, avec l’expulsion en septembre de dix employés de la représentation russe, et cite l’Estonie, la Roumanie et la République tchèque comme exemples d’une lutte plus offensive contre l’espionnage russe.
Pour aller plus loin
Les références de l’épisode
- SIS : le service de renseignement slovaque, dirigé par Pavol Gašpar.
- GRU : le renseignement militaire russe, dont un officier occupe souvent le poste d’attaché militaire dans les ambassades russes.
- Kremlin Hotline : nom donné à la ligne directe qui aurait relié les ministres des Affaires étrangères hongrois et russe.
- Ordre de l’Amitié : distinction russe remise par Vladimir Poutine à Péter Szijjártó le 30 décembre 2021.
- Kim Philby : agent double britannique du MI6 qui travaillait pour les Soviétiques, auquel le ministre hongrois a été comparé.
- Baromètre des services de renseignement européens : classement réalisé par L’Express auprès de 60 professionnels du renseignement, où le SIS arrive dernier.
- Smer : le parti de Robert Fico, qui soutient Pavol Gašpar.
Au fil de l’épisode
- 00:01:46 : les expulsions de diplomates russes après l’invasion de l’Ukraine et la parade du Kremlin
- 00:02:36 : le compromis européen du 23 octobre 2025 sur les déplacements des diplomates russes
- 00:03:23 : la Hongrie, l’un des pays européens les plus proches du Kremlin
- 00:04:09 : une présence diplomatique russe massive à Budapest
- 00:05:05 : les premiers signes d’évolution depuis l’arrivée de Peter Magyar
- 00:05:57 : la méfiance au Conseil de l’Union européenne envers les représentants hongrois
- 00:06:22 : les soupçons visant le ministre hongrois des Affaires étrangères
- 00:08:30 : l’affaire de la sœur d’Alisher Ousmanov et les sanctions européennes
- 00:09:23 : l’unanimité des sanctions, levier de pression pour Budapest
- 00:12:07 : la Slovaquie, pays stratégique pour Moscou
- 00:13:00 : la nomination de Pavol Gašpar à la tête du SIS
- 00:14:51 : le portrait de Pavol Gašpar
- 00:17:19 : un service de renseignement redevenu politique
- 00:18:12 : l’isolement du SIS auprès de ses partenaires européens
- 00:19:34 : le baromètre de L’Express et la réaction de Robert Fico
- 00:20:57 : les pays de l’ancien bloc soviétique qui luttent contre l’espionnage russe
FAQ
Qui est Alexandra Saviana ?
Alexandra Saviana est rédactrice en chef adjointe du service Secret-défense de L’Express. Dans cet épisode de Nid d’espions, elle raconte son enquête sur les relais du renseignement russe en Hongrie et en Slovaquie, des soupçons visant l’ancien ministre hongrois des Affaires étrangères au portrait du patron du service de renseignement slovaque.
Pourquoi la Hongrie est-elle soupçonnée de servir les intérêts russes dans l’Union européenne ?
Selon Alexandra Saviana, la Hongrie n’a presque pas expulsé de diplomates russes en 2022 et son ministre des Affaires étrangères de 2014 à mai 2026, Péter Szijjártó, est accusé d’avoir rapporté des discussions européennes confidentielles à Sergueï Lavrov. Budapest peut aussi peser sur le renouvellement des sanctions, qui exige l’unanimité des 27 États membres.
Qui est Pavol Gašpar ?
Pavol Gašpar dirige le SIS, le service de renseignement slovaque. Fils de Tibor Gašpar, proche allié de Robert Fico, il a été nommé sans expérience du renseignement, après un passage dans la police, dans un tribunal puis comme avocat. Selon Alexandra Saviana, son arrivée a coïncidé avec une politisation du service et son isolement auprès des partenaires européens.
Quel est le pire service de renseignement d’Europe selon L’Express ?
Dans le baromètre des services de renseignement européens réalisé par L’Express auprès de 60 professionnels répartis dans 25 pays, le SIS slovaque arrive en dernière position, derrière l’Autriche et la Hongrie. Selon Alexandra Saviana, le résultat a provoqué une tempête politique à Bratislava et une réaction publique du Premier ministre Robert Fico.
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