
Le podcast Daignez agréer Monsieur l'aumônier général, conçu par la Conférence des évêques de France et le Centre national des archives de l'Église, consacre ce dixième épisode à l'abbé Louis Roland, prêtre du diocèse de Lille. En avril 1943, il part pour l'Allemagne sous le statut de travailleur, afin d'accompagner clandestinement les Français du service du travail obligatoire. Son propre récit, publié en janvier 1945, raconte un recrutement improvisé à Paris, l'arrivée à Leipzig et l'accueil fraternel que lui réserve le clergé allemand.
Prêtre et travailleur à Leipzig
Cet épisode de Daignez agréer Monsieur l’aumônier général fait entendre le récit de l’abbé Louis Roland, l’un des prêtres envoyés clandestinement en Allemagne en 1943 pour accompagner les travailleurs français du service du travail obligatoire (STO). Le narrateur rappelle le contexte : instauré par la loi du 16 février 1943, le STO envoie environ 650 000 travailleurs français en Allemagne entre juin 1942 et juillet 1944. Les autorités allemandes refusant toute aumônerie officielle, l’abbé Jean Rodhain décide d’en créer une clandestine. Le 8 avril 1943, l’Assemblée des cardinaux et archevêques, ancêtre de la Conférence des évêques de France, accepte en secret l’envoi de prêtres sous le statut de travailleur : c’est la mission Saint-Paul, nommée ainsi parce que l’apôtre poursuivit sa mission après son emprisonnement. La Gestapo arrête la plupart de ses 25 membres, et trois meurent de leur captivité. Né en 1910, ordonné prêtre pour le diocèse de Lille en 1934, mobilisé en 1939, l’abbé Roland est vicaire à Roubaix quand il est choisi. Il quitte Paris le 16 avril 1943 pour Leipzig, où il travaille dans une usine de fermetures éclair. Dans son texte, publié dans La Vie catholique du Berry du 13 janvier 1945, il raconte sa quête du bon bureau rue Leneveu à Paris, la « petite pièce sombre, où régnait une atmosphère de conspiration », cinq ou six prêtres penchés sur une carte d’Allemagne, et le choix d’une ville : il prend Leipzig, dans l’espoir d’y retrouver de jeunes paroissiens de Roubaix. Il se déclare garçon boulanger au bureau d’embauche, où tout est réglé en 25 minutes. À Leipzig, « le masque est jeté » : un dortoir sans paillasse et une population très mélangée. Le dimanche des Rameaux, il cherche une église, prépare une phrase en latin, « Ego sum sacerdos », et tombe sur un vicaire allemand qui lui répond en français et lui propose de célébrer la messe. Les prêtres allemands, écrit-il, lui prêtent leurs salles, signalent les Français malades et leur offrent argent, tickets de pain et vêtements, nouant « une véritable fraternité d’âme ».
Contrairement à deux confrères de la mission présents à Leipzig, qui connaîtront la prison, l’abbé Roland est simplement expulsé vers la France, où il arrive le 7 juin 1944. Nommé aumônier fédéral de l’Action catholique ouvrière (ACO), il poursuit une vie paroissiale et meurt à Lille en 1997.
Pour aller plus loin
- Documents épiscopat : « L’Aumônerie générale des prisonniers de guerre » (n° 5-2021)
- Jean Rodhain et l’aumônerie générale des prisonniers de guerre
Les références de l’épisode
- Service du travail obligatoire (STO) : instauré par la loi du 16 février 1943, il envoie environ 650 000 Français travailler en Allemagne
- Mission Saint-Paul : envoi clandestin de prêtres travailleurs en Allemagne, accepté le 8 avril 1943
- Jean Rodhain : abbé à la tête de l’aumônerie des prisonniers et travailleurs, qui crée l’aumônerie clandestine du STO
- Assemblée des cardinaux et archevêques : ancêtre de la Conférence des évêques de France, qui autorise la mission
- La Vie catholique du Berry : publication où paraît le récit de l’abbé Roland, le 13 janvier 1945
- Action catholique ouvrière (ACO) : mouvement dont il devient aumônier fédéral en juillet 1944
- Centre national des archives de l’Église : conserve le fonds de l’aumônerie générale d’où viennent les lettres du podcast
Au fil de l’épisode
- 00:00:02 : les lettres d’aumôniers conservées par le Centre national des archives de l’Église
- 00:00:29 : le STO et le refus allemand d’une aumônerie officielle
- 00:01:00 : la création clandestine de la mission Saint-Paul
- 00:01:27 : la répression par la Gestapo et la biographie de l’abbé Roland
- 00:02:46 : le recrutement rue Leneveu à Paris
- 00:03:46 : le choix de Leipzig et du métier de boulanger
- 00:04:17 : l’arrivée à Leipzig et le dortoir
- 00:05:19 : le dimanche des Rameaux et la recherche d’une église
- 00:06:48 : la rencontre d’un vicaire allemand
- 00:07:54 : l’aide du clergé allemand aux travailleurs français
- 00:08:49 : l’expulsion vers la France et la suite de sa vie
FAQ
Qui était l’abbé Louis Roland ?
Né en 1910 et ordonné prêtre pour le diocèse de Lille en 1934, l’abbé Louis Roland était vicaire à Roubaix quand il a été choisi pour la mission Saint-Paul. En avril 1943, il est parti à Leipzig comme travailleur pour servir clandestinement d’aumônier aux Français du STO, avant d’être expulsé vers la France en juin 1944.
Qu’est-ce que la mission Saint-Paul ?
C’est l’envoi clandestin en Allemagne de prêtres sous le statut de travailleur, accepté en secret le 8 avril 1943 par l’Assemblée des cardinaux et archevêques. Les autorités allemandes refusant une aumônerie officielle pour les travailleurs du STO, l’abbé Jean Rodhain l’a organisée. La plupart de ses 25 membres ont été arrêtés par la Gestapo.
Comment les prêtres allemands ont-ils accueilli l’abbé Roland à Leipzig ?
Selon son récit, un vicaire allemand qui parlait français l’a invité à célébrer la messe dès son premier dimanche. Les prêtres allemands lui ont ensuite prêté leurs salles, signalé les Français hospitalisés et donné argent, tickets de pain et vêtements. Il parle d’une « véritable fraternité d’âme » entre clergés et travailleurs.
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