
L'ingénieur général de l'armement Patrick Aufort dirige l'Agence de l'innovation de défense (AID) depuis mars 2023. Dans cet entretien des Lundis de l'IHEDN, publié à l'occasion du Forum innovation défense, il explique comment l'agence repère des technologies civiles, les fait tester et les met entre les mains des forces. Il détaille les thématiques prioritaires de la loi de programmation militaire, mise sur le quantique comme prochaine rupture et tire des enseignements de l'Ukraine, où une innovation sur les drones est contrée en quelques semaines.
Détecter, expérimenter, déployer
Dans cet épisode des Lundis de l’IHEDN, version audio d’un entretien écrit, l’ingénieur général de l’armement Patrick Aufort, directeur de l’Agence de l’innovation de défense (AID), présente les missions de cette structure créée en 2018 et placée sous la responsabilité du délégué général pour l’armement. Il résume la « révolution culturelle » de l’agence en deux mots : « faire autrement ». Il cite la Red Team Défense, lancée en 2019, qui a fait appel à des auteurs de science-fiction pour renouveler la prospective et qui se prolonge dans le programme Radar Défense, et la création de fenêtres temporelles où un environnement de brouillage est mis en place pour que les industriels testent drones et moyens de lutte antidrone en conditions réelles. Préparant la loi de programmation militaire (LPM) 2024 à 2030, l’agence a défini des thématiques prioritaires, parmi lesquelles les armes à énergie dirigée, l’hypervélocité, l’intelligence artificielle, les systèmes autonomes, la guerre électronique étendue, la furtivité, le calcul et les capteurs quantiques. Pour lui, la prochaine rupture est le quantique, « un virage qu’il ne faut absolument pas rater », la France disposant d’un écosystème qui lui permet de viser une position de leader mondial dans les capteurs et le calcul. Face aux conflits actuels, il décrit le soutien à une base industrielle et technologique de défense (BITD) capable de produire plus vite et à moindre coût, par exemple par la fabrication additive, et de s’adapter en quelques semaines : sur le théâtre ukrainien, explique-t-il, chaque innovation sur les drones est contrée en quelques semaines, d’où l’exigence d’architectures ouvertes. Il détaille enfin le parcours d’une innovation civile : une cellule de détection et de captation, un guichet unique sur le site de l’agence, des expérimentations avec les armées, puis un budget dédié depuis 2021 qui permet de passer à l’échelle 15 à 20 projets par an.
Son message aux futurs responsables tient en une consigne : autoriser la prise de risque, car « un essai non concluant n’est pas un échec, mais une source d’apprentissage ».
Pour aller plus loin
Les références de l’épisode
- Agence de l’innovation de défense (AID) : créée en 2018, elle fédère les activités d’innovation du ministère et compte 130 personnes.
- Forum innovation défense (FID) : organisé par l’AID, la DGA et la Délégation à l’information et à la communication de la défense, avec une journée ouverte au grand public.
- Red Team Défense : expérimentation lancée en 2019 associant des auteurs de science-fiction à la prospective militaire.
- Programme Radar Défense : passage à l’échelle de la Red Team Défense, mené avec la DGA.
- Loi de programmation militaire 2024 à 2030 : son volet innovation fixe les thématiques technologiques prioritaires.
- Revue nationale stratégique : son objectif numéro 11 promeut l’excellence scientifique et technologique au service de la souveraineté.
- Appel à projets Résistance : recherche de solutions contre la désinformation, y compris au profit du grand public.
- Réseau d’innovation de défense : DGA, laboratoires des armées, écoles d’ingénieurs, INRIA, CEA, CNRS, universités, acteurs européens et de l’OTAN.
Au fil de l’épisode
- 00:00:00 : présentation de l’Agence de l’innovation de défense et de son directeur
- 00:02:08 : la rupture culturelle introduite par l’agence
- 00:03:21 : Radar Défense et les tests en environnement brouillé
- 00:04:18 : les thématiques technologiques prioritaires de la LPM
- 00:05:22 : le quantique, prochaine rupture
- 00:05:58 : souveraineté, résilience et Revue nationale stratégique
- 00:07:27 : économie de guerre et montée en cadence de l’industrie
- 00:08:22 : les leçons des drones en Ukraine
- 00:08:55 : les objectifs du Forum innovation défense
- 00:10:32 : le réseau d’innovation de défense
- 00:11:38 : du monde civil aux forces : détecter, expérimenter, déployer
- 00:13:11 : autoriser la prise de risque
FAQ
Qui est Patrick Aufort ?
Patrick Aufort est ingénieur général de l’armement et dirige l’Agence de l’innovation de défense depuis mars 2023. Il a débuté en 1994 dans la guerre électronique, travaillé sur le système de commandement et de conduite des opérations aérospatiales, dirigé une unité d’opérations d’armement aéronautique, puis un établissement de la DGA en 2015.
Quelles sont les technologies prioritaires de l’Agence de l’innovation de défense ?
Selon Patrick Aufort, la préparation de la LPM 2024 à 2030 a fixé des thématiques prioritaires : armes à énergie dirigée, hypervélocité, intelligence artificielle, systèmes autonomes, guerre électronique étendue, nouvelles technologies de l’énergie, discrétion et furtivité, calcul et capteurs quantiques. Ces domaines reçoivent des investissements importants, avec de grands démonstrateurs pour les forces.
Comment une innovation civile arrive-t-elle jusqu’aux armées ?
Patrick Aufort décrit trois étapes. Une cellule de détection et de captation repère les solutions civiles, et un guichet unique en ligne permet à tout porteur de projet de proposer la sienne. Les solutions sont ensuite testées en conditions réelles avec les armées. Enfin, un budget dédié depuis 2021 permet de passer à l’échelle 15 à 20 projets par an.
Que change la guerre en Ukraine pour l’industrie de défense ?
D’après le directeur de l’AID, sur le théâtre ukrainien, chaque innovation qui fait la différence dans le domaine des drones est contrée en quelques semaines. L’agence pousse donc les industriels vers des systèmes à architectures ouvertes, qui évitent de longs cycles d’essais, et soutient une production plus rapide, à bas coût et en quantité.
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