
Les 16 et 17 mai 2026, Kiev a lancé sur la Russie l’une de ses attaques les plus massives. Plus de 600 drones sont tombés sur la capitale, Moscou, mais aussi sur des zones qui se trouvent à plus de 1 700 kilomètres de la frontière ukrainienne. Les frappes ukrainiennes en Russie sont de plus en plus nombreuses et efficaces et pourraient être une bascule.
Situées à près de 2 000 kilomètres de l’Ukraine, les villes russes de Iekaterinbourg, Perm, Tcheboksary ont été touchées : des usines d’armement, des raffineries, des aérodromes attaqués dans cette région de l’Oural russe, qui se pensait jusque-là à l’abri de la guerre. Des frappes dronisées longue distance qui, pour les forces ukrainiennes, ont représenté quelques défis.
Vincent Tourret, chercheur à l’Institut français des relations internationales (Ifri), explique : « Le premier défi, c’est tout simplement le nombre de drones en production pour atteindre ces distances-là. C’est augmenter la charge utile sur chaque drone. Réussir à avoir des appareils qui soient capables d’évoluer malgré les interférences électroniques russes. Et puis enfin, le problème est d’affaiblir suffisamment la défense anti-aérienne et antimissiles de Moscou pour passer de plus en plus. Les Ukrainiens, sur plus d’un an, on fait cet effort industriel, technologique et opérationnel, où petit à petit, ils ont grignoté les batteries et les radars situés en Ukraine, puis ensuite dans les régions limitrophes comme Belgorod ou la Crimée, et ont commencé à élargir les trous dans la raquette de la défense russe. »
Amener la guerre dans le quotidien des Russes
Ces frappes dans profondeur révèlent des failles béantes dans le dispositif de protection russe et provoque de fait des bouleversements stratégiques. Vincent Tourret poursuit : « Le niveau qui est le plus visible, celui stratégique, est d’amener la guerre dans la vie de tous les jours des Russes. C’est un des buts avoués de la stratégie ukrainienne. Mais là, ce qui est le plus intéressant et le plus important, c’est que jusqu’à maintenant, on avait une lutte ukrainienne avec les drones qui étaient dans l’infiniment petit, avec les FPV, les drones sur la ligne de front, et l’infiniment grand, donc les frappes sur les villes russes et les raffineries. Ce qui, maintenant, est en train de changer, c’est l’interdiction à portée moyenne – entre 50 et 100 kilomètres –, où les Ukrainiens ont désormais des drones efficaces pour aller frapper des centres de munitions, leur logistique, les zones de concentration, les bases, les garnisons. Et donc, il y a un vrai risque pour les Russes que les Ukrainiens arrivent à finalement asphyxier leurs efforts et à stabiliser le front, voire à reprendre l’initiative. »
Un été 2026 possiblement décisif
Si pour le moment, aucune inflexion n’a été observée côté russe, l’été est propice aux offensives et servira de test à la théorie de la victoire de chacun, souligne Vincent Tourret : « Les Russes sont restés sur l’idée selon laquelle ils peuvent user les forces ukrainiennes en les pressurisant jusqu’à ce qu’elles craquent. La théorie ukrainienne, inversement, c’est de se dire qu’ils peuvent mettre un coup d’arrêt suffisamment fort, détruire suffisamment des pointes d’offensives russes pour qu’il y ait une stagnation, voire une stabilisation du front. Et pour y parvenir, ils robotisent à outrance le front. Effectivement, cet été ces deux théories vont se répéter à forte puissance. »
Après plus de quatre ans de guerre, l’été 2026 pourrait donc être décisif, avec pour bilan un possible épuisement des forces en présence.
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