
Un porte-hélicoptères amphibie, navire majeur de la Marine nationale, doit très prochainement quitter le port militaire de Toulon pour mettre le cap vers le golfe de Guinée. C’est le coup d’envoi de l’opération Corymbe, un déploiement naval qui a lieu chaque année dans cet espace maritime d’Afrique de l’Ouest hautement stratégique.
Avec ses 19 nations riveraines, le golfe de Guinée a toujours été une zone d’intérêt pour la France, rappelle le capitaine Gauthier. Nous l’avons joint à bord du porte-hélicoptères amphibie de la Marine nationale qui s’apprête à appareiller. « D’abord parce que nous avons 70 000 ressortissants français dans la région. Depuis les années 1990, il y a eu plusieurs opérations qui ont été déclenchées au claquement de doigts pour aller évacuer des ressortissants français et étrangers et les mettre en sécurité parce que leur vie était directement menacée. »
Un espace maritime qui sent le soufre
Mille navires transitent chaque jour par le golfe de Guinée. On y trouve des pétroliers avec 10 % du commerce mondial, beaucoup de pêches pas toujours légales. La route du narcotrafic passe aussi par là et la piraterie y est omniprésente. Un espace maritime qui sent donc le soufre. Capitaine de vaisseau Gauthier : « Quand on a autant de menaces, il faut savoir partager l’information de façon à ce que ceux qui peuvent intervenir puissent le faire au plus vite. La zone est tellement grande qu’il faut absolument se coordonner. C’est tout l’enjeu des missions comme celle que je vais conduire avec mon équipage, c’est d’aller au contact de nos partenaires pour conduire des exercices, des actions de formation, de retour d’expérience, de partage d’expérience. Pour nous, c’est très riche puisqu’ils connaissent évidemment mieux la région que nous. Quand on met tout en commun, on progresse rapidement. La mission de 2022 est emblématique. Les forces sénégalaises ont pu intervenir pour une saisie de narcotrafic au large de leurs côtes, avec l’appui d’un Falcon de la Marine nationale. C’est une mission tout à fait emblématique qui illustre le fonctionnement de cette coopération. »
Une académie embarquée à bord du porte-hélicoptères amphibie
Pour répondre aux enjeux sécuritaires, il faut que tous les États riverains se coordonnent. Cela s’apprend, se pratique. Raison pour laquelle, souligne le capitaine Gauthier, son navire accueille aussi une académie embarquée : « Une petite quarantaine de stagiaires – qui sont principalement des officiers des 19 nations riveraines, par exemple l’Angola, le Bénin, le Cap-Vert, le Congo, le Gabon – vont venir embarquer avec nous, pour plusieurs semaines, pour pratiquer tous ensemble, conduire des exercices afin de progresser sur le domaine de la sécurité et de la sûreté maritime dans la région. Tous les ans, il y a de plus en plus d’officiers qui sont envoyés dans cette académie embarquée. Ce qui est assez remarquable, c’est que l’on a su créer un réseau. Vous imaginez, vous mettez sur le même bateau pendant plusieurs semaines des officiers de la région, il se passe plein de choses, ils vivent plein d’aventures. Il est possible qu’ils participent aux opérations parce que, comme toujours, un bâtiment de combat à la mer, est en opération. On peut très bien déclencher une action de lutte contre la pêche illégale ou une saisie de stupéfiants avec les stagiaires à bord. »
Au fil des années, l’opération Corymbe s’est imposée comme l’une des pierres angulaires de l’architecture de Yaoundé qui garantit la sécurité régionale.
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