
La défense anti-aérienne russe a abattu 660 drones ukrainiens dans la nuit de jeudi à vendredi 26 juin, a annoncé le ministère de la Défense à Moscou. Un des nombres les plus élevés depuis le début du conflit et en particulier au-dessus de la péninsule de Crimée annexée. Depuis plusieurs mois, les forces ukrainiennes ciblent la péninsule et l’isolent méthodiquement. La Crimée, pièce centrale du dispositif militaire russe, est en passe de devenir le talon d’Achille de Moscou.
Grâce aux drones d’attaque Hornet de moyenne portée, lestés de charges de 5 kg et résistants aux brouillages, l’armée ukrainienne cible les dépôts de carburant, les radars, les centres de commandement, et fait peser une menace constante sur les voies d’approvisionnement russes.
Peu à peu, les attaques de drones étranglent la Crimée, un territoire stratégique pour Moscou, insiste Vincent Tourret, chercheur à l’Institut français des relations internationales (Ifri) : « La Crimée, c’est le porte-avions sur la mer Noire ! C’est à la fois une base de lancement de frappes, soit par le port de Sébastopol grâce à la marine, soit par ses aérodromes contre le reste de l’Ukraine. Et c’est en fait une immense tour de guet avec énormément de sites radars et un important PC de transmissions également. Donc là, les Ukrainiens, en frappant la Crimée, fragilisent la puissance offensive que les Russes ont à leur disposition pour pousser le front. »
Au mois de mai, dans le corridor reliant le Donbass à la Crimée, les Ukrainiens ont ainsi détruit 200 camions-citernes. Symbole de l’annexion de la péninsule, le pont de Kertch, véritable cordon ombilical est lui aussi régulièrement visé.
Le ravitaillement des troupes devient délicat
Pourtant l’État-major russe poursuit au même rythme ses offensives, avec des attaques quotidiennes par petits groupes dans la zone grise du front.
Et si les pertes sont énormes, précise Vincent Tourret, le modèle russe ne change pas : « C’est un modèle à base d’infanterie qui s’infiltre progressivement, méthodiquement », des soldats qui agissent comme les pointes avancées du système de reconnaissance et frappes qu’ils ont à la disposition de l’« état-major Russe. Les ressources commencent à baisser depuis le début d’année, le recrutement russe patine, voire décroît et n’est plus capable de complètement compenser les pertes qu’ils subissent justement par leurs assauts d’infanterie. Donc il commence à y avoir un mismatch, un décalage entre les ambitions russes et leurs ressources. Ce qui va d’ailleurs poser des questions très difficiles pour Vladimir Poutine en termes de mobilisation plus générale ».
L’objectif de Kiev : mettre hors de combat 50 000 soldats par mois
Environ 30 000 soldats russes sont chaque mois mis hors de combat, un chiffre à peu près équivalent à celui du recrutement. Et grâce à ses drones FPV, l’état-major ukrainien dit vouloir atteindre une attrition de 50 000 soldats par mois. Pour tenter de conserver l’ascendant sur le front, note Vincent Tourret, Moscou mise sur une production toujours plus massive de drones Shahed et de missiles, « La production russe est à même aujourd’hui de soutenir une croissance de sa puissance de feu en Ukraine. Les drones Shahed sont le cas le plus exemplaire parce qu’on est passé quand même d’une centaine de Shahed produits par mois il y a deux ans, à 8 000 Shahed tirés en mai dernier. Et en fait, l’industrie russe arrive à la fois à soutenir cette expansion, à soutenir le rythme de consommation et en même temps, ils ont la capacité de constituer des réserves ».
Moscou poursuit le rythme de ses attaques, mais jusqu’à quand la logistique de ses armées pourra-t-elle tenir ? Car en Crimée, les drones ukrainiens détruisent chaque jour une trentaine d’installations et une quarantaine de camions.
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