
Joseph Henrotin, rédacteur en chef de la revue DSI, répond à Alexandre Jubelin dans ce numéro de Zone d'opérations, la chronique du Collimateur consacrée au front ukrainien. Enregistré le 10 juillet 2025, l'épisode part des vagues record de drones Shahed lancées par la Russie et du casse-tête économique qu'elles imposent à la défense antiaérienne. Il passe ensuite au front terrestre, où les drones guidés par fibre optique transforment la ligne de front en bande battue par les feux, puis à la guerre navale clandestine contre la flotte fantôme russe.
Des drones à quelques dizaines de milliers de dollars contre des missiles à un million
Dans cet épisode de Zone d’opérations, la chronique du Collimateur sur la guerre en Ukraine, Alexandre Jubelin reçoit Joseph Henrotin, rédacteur en chef de la revue DSI, pour un tour d’horizon avant l’été 2025. Point de départ : les vagues de drones et de missiles russes qui battent leurs records, 741 engins dans la nuit du 8 au 9 juillet contre environ 550 quelques jours plus tôt. Pour Joseph Henrotin, cette hausse traduit à la fois la montée en puissance industrielle russe sur les drones Shahed et une pression politique sur les Américains et les Européens. Elle a aussi un effet militaire : en frappant les villes, les Russes poussent les Ukrainiens à y concentrer leur défense antiaérienne plutôt qu’à couvrir les forces au front. Le cœur du problème, explique-t-il, est l’économie des forces : un Shahed coûte « quelques dizaines de milliers de dollars », un missile Patriot « plus d’un million ». Il parle de « techno-régression compétitive » : des engins à moteur à piston, en bois, produits en très grandes séries. Les Ukrainiens les abattent avec des mitrailleuses lourdes sur pick-up ou avec des Guépard allemands, mais la multiplication des axes d’attaque fait baisser le taux d’interception, de 95 à 97 % en février et mars à environ 86 % selon lui. Leur réponse passe par des drones anti-drones guidés, moins chers que les missiles. Il souligne que ce segment de l’intercepteur à très bas coût n’existe pas sur le marché et que la question se pose aussi aux Européens. Il revient enfin sur la livraison américaine d’intercepteurs mise en pause, dans un pays qui, selon lui, a longtemps négligé sa défense antiaérienne de moyenne portée.
La seconde moitié de l’épisode porte sur le front terrestre. Joseph Henrotin estime que le gros de l’offensive d’été russe n’est « pas encore arrivé », alors que les Ukrainiens renforcent leurs positions en multipliant les points d’appui plutôt que les longues tranchées. Les drones guidés par fibre optique, insensibles au brouillage, frappent à 20 ou 30 kilomètres du front et transforment la ligne en « bande de front » battue par les feux, ce qui complique la logistique. Il évoque l’intégration d’intelligence artificielle dans les drones ukrainiens, la question des chars russes stockés loin du front et des grands exercices de septembre. Il termine sur la mer : des navires de la flotte fantôme russe, qui exportent le pétrole finançant l’économie de guerre, coulent en Méditerranée, signe selon lui d’une guerre navale qui « se désinhibe ».
Les références de l’épisode
- DSI (Défense et sécurité internationale), revue dont Joseph Henrotin est rédacteur en chef.
- Zone d’opérations, chronique régulière du Collimateur sur le front ukrainien.
- Shahed, drone d’attaque à longue portée produit en masse par la Russie.
- Patriot, système américain de défense antiaérienne à longue portée.
- NASAMS, système de défense antiaérienne de moyenne portée cité comme sans équivalent dans l’armée américaine.
- Guépard, char antiaérien allemand donné à l’Ukraine, efficace contre les Shahed.
- Stinger, missile antiaérien à très courte portée dont les stocks américains diminuent.
- Brimstone, missile cité comme exemple d’attaque automatique dans une zone définie.
- Flotte fantôme russe, navires qui exportent pétrole et produits russes malgré les sanctions.
Au fil de l’épisode
- 00:01:28 : les vagues record de drones et de missiles russes
- 00:03:14 : frapper les villes pour dégarnir la défense du front
- 00:05:02 : la livraison américaine d’intercepteurs mise en pause
- 00:06:37 : Patriot contre Shahed, le problème de l’économie des forces
- 00:09:02 : la « techno-régression compétitive » et la baisse du taux d’interception
- 00:12:10 : drones anti-drones et absence d’intercepteur à bas coût
- 00:15:42 : y aura-t-il une offensive d’été russe ?
- 00:19:01 : points d’appui, drones à fibre optique et « bande de front »
- 00:22:12 : l’intelligence artificielle dans les drones ukrainiens
- 00:24:09 : les chars russes en réserve et les exercices de septembre
- 00:26:00 : la mer Noire et les navires de la flotte fantôme qui coulent
FAQ
Qui est Joseph Henrotin ?
Joseph Henrotin est rédacteur en chef de la revue DSI (Défense et sécurité internationale). Il intervient régulièrement dans Zone d’opérations, la chronique du podcast Le Collimateur consacrée à la guerre en Ukraine, pour analyser l’évolution des combats aériens, terrestres et navals.
Pourquoi les drones Shahed posent-ils un problème à la défense antiaérienne ukrainienne ?
Selon Joseph Henrotin, un Shahed coûte quelques dizaines de milliers de dollars quand un missile Patriot dépasse le million. Les Russes en lancent des centaines par nuit, par des itinéraires très variés, ce qui épuise les stocks d’intercepteurs et fait baisser le taux d’interception, passé selon lui d’environ 95 % à 86 %.
Qu’est-ce qu’une bande de front dans la guerre en Ukraine ?
Joseph Henrotin parle de bande de front plutôt que de ligne de front : avec les drones guidés par fibre optique, qui échappent au brouillage, toute une profondeur de 20 à 30 kilomètres est surveillée et frappée en permanence. Cette zone bouleverse le combat et l’organisation de la logistique.
Pourquoi des navires de la flotte fantôme russe coulent-ils en Méditerranée ?
Joseph Henrotin observe que plusieurs navires de cette flotte, qui exporte le pétrole russe, ont coulé en Méditerranée, loin de la couverture aérienne russe, apparemment par des mines. La répétition ressemble selon lui à un schéma d’action et à une forme de guerre de course clandestine.
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