
La trêve décrétée mercredi par les États-Unis montre les limites de l’intervention américaine déclenchée le 28 février pour renverser le régime iranien. Selon les experts, l’opération militaire de Washington pourrait avoir des conséquences à long terme.
Tout au long du mois de mars, les buts de guerre étatsuniens n’ont cessé de changer. Le démantèlement du programme nucléaire et la chute du régime iranien sont progressivement passés à la trappe. Début avril, le président Trump indique qu’il n’a même plus besoin d’un « deal ». Mais il exige la réouverture du détroit d’Ormuz. Pour finalement juger que le plan en dix points de Téhéran est une bonne base de négociation.
Une gestion erratique qui sonne comme une victoire pour Téhéran, dont la résistance a été largement sous-estimée par le commandement étatsunien, pointe le géographe spécialiste de l’Iran, Bernard Hourcade : « On voyait l’Iran en termes islamiques, c’était l’Iran des mollahs, cet immense leurre. L’islam, c’est très important en Iran, bien évidemment. Mais aujourd’hui, on voit l’Iran qu’en termes islamiques. l’Iran est une nation. C’est une population ancienne. Une population puissante et forte qui est dans ses frontières actuelles depuis le XVIᵉ siècle. Et cet attachement à la patrie iranienne est extrêmement fort. On a négligé la résistance. Les Iraniens ont toujours résisté et c’est un élément très important quel que soit son régime, islamique ou non. »
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Une erreur américaine dans la planification
Initialement, la campagne devait être courte, puis la guerre s’est enlisée, souligne Bernard Hourcade, L’US Centcom, qui gère les opérations militaires au Moyen-Orient, a mal anticipé le concept de défense avancée iranien, c’est-à-dire sa capacité de porter le fer avec ses missiles et ses drones dans toute la région, « Ils ne défendent pas la frontière. Il n’y a pas eu de combat sur la frontière. Les troupes américaines ne sont pas rentrées en Iran. Par contre, l’Iran a mis en place le système qu’on avait vu avec celui des proxys, c’est-à-dire d’alliés de l’Iran, transformé en utilisant les pays voisins. En attaquant les pays voisins, en leur disant, vous êtes mes voisins, vous abritez les Américains et donc j’attaque les bases américaines chez vous. Et si vous voulez que ça s’arrête, dites à vos amis américains de quitter le territoire. »
Les bases américaines dans le Golfe sont désormais synonymes de danger
Dans le Golfe, la guerre a donc rebattu les cartes. Avant le 28 février, accueillir une base américaine était un gage de sécurité. C’est désormais un danger. « Ça fait prendre conscience aux pays de la région que leur sécurité ne dépend pas des Américains, mais dépend d’une coopération régionale, poursuit Bernard Hourcade. Cette guerre est importante, car elle impose de repenser la sécurité régionale du Golfe Persique. Ce que les Iraniens souhaitent. Les pays voisins aussi le souhaitent. Ce ne sont plus les grandes puissances, les États-Unis sont un danger, la Russie est hors-jeu et l’Europe n’existe plus. Donc, il faut trouver d’autres solutions de sécurité régionale, puisque l’Amérique s’est suicidée en quelque sorte dans cette guerre, et c’est ça qui est important. »
Une nouvelle architecture de sécurité, possiblement sans les États-Unis. Washington a peut-être perdu une part importante de son influence dans cette aventure iranienne.
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