Podcast Défense.
Lignes de défense25 avril 20266 min

«La Légion étrangère, un outil de combat taillé pour la haute intensité»

Chaque année, le 30 avril et le 1er mai, la maison mère de la Légion étrangère à Aubagne ouvre ses portes pour la cérémonie officielle de la bataille de Camerone. La Légion étrangère, qui représente 10% des effectifs de l’armée de terre française, est un corps d’élite réunissant en son sein 144 nationalités. Une troupe singulière, « taillée pour les combats de haute intensité », assure le général Cyrille Youchtchenko, commandant de la légion étrangère.

RFI : À l’heure de l’hyperdronisation des conflits, à quoi sert encore un légionnaire ?

Cyrille Youchtchenko : Un légionnaire, c’est un combattant avant tout, et il est utile dans tous les conflits. Puisqu’après avoir modélisé le terrain par l’arme aérienne ou par les drones, à un moment donné, il faut aller au choc, aller au combat. Et la Légion étrangère s’entraîne, comme l’ensemble de l’armée de terre, aux chocs les plus durs, aux combats les plus exigeants. La Légion étrangère a toujours cette utilité, car elle représente 10% de l’armée de terre aujourd’hui.

D’ailleurs, vous avez pensé à la doctrine d’ouverture de théâtre ? C’était à l’époque de Serval, en 2013…

Oui, j’ai travaillé, à un moment donné lors de mes passages en état-major, à la doctrine. Et effectivement, j’ai rédigé une version de l’engagement d’un groupement tactique interarmes en milieu semi-désertique, et cette réflexion sur l’engagement tactique au contact fait partie du travail d’un officier d’état-major.

La Légion étrangère est une arme de combat largement déployée, puisqu’elle est par exemple présente en Estonie, et même au large du Liban…

La Légion étrangère est effectivement une troupe combattante. En tout cas, c’est marqué dans la loi de 1831. Et la Légion étrangère répond aux impératifs que lui fixe l’armée de terre sur le déploiement opérationnel. Donc actuellement, il y a 1 050 légionnaires déployés sur 17 territoires différents, dont ceux que vous avez cités par exemple. Mais vous comprendrez que je sois relativement succinct sur le sujet.

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Le chef d’état-major des armées, le général Fabien Mandon, a évoqué un choc possible face à la Russie d’ici la fin de la décennie. Quelles sont vos marges de manœuvre pour grossir très vite en cas de crise ?

La Légion a la chance d’avoir bon an mal an 6 000 volontaires qui viennent se présenter à ses portes, 6 000 volontaires qui veulent servir en son sein. Et en fonction des impératifs de recrutement que me fixe l’armée de terre, je peux recruter jusqu’à 6 000 candidats. Mais actuellement, avec 10% de l’armée de terre, c’est-à-dire 9 600 légionnaires, aujourd’hui, j’estime que la Légion, en temps de paix, est à un volume tout à fait acceptable pour la France.

Si la Légion doit grossir, ce serait pour des régiments d’infanterie ou des régiments d’appui ? Qu’est-ce qui vous manque le plus ?

Si vous me laissez le temps de construire un régiment, je pourrais aller jusqu’à un régiment d’appui. Si vous me demandez de faire ça dans des très brefs délais, le plus simple pour la Légion étrangère, ce serait de créer un régiment d’infanterie. Nous avons actuellement plusieurs régiments d’infanterie, un régiment de cavalerie et deux régiments de génie au sein de la Légion étrangère. Créer des capacités supplémentaires nécessiterait des délais de formation que la Légion n’a pas en propre actuellement. Et donc, ça nécessiterait un peu plus de temps.

Qui vient chez vous chaque année ?

Sur les 6 000 volontaires qui se présentent, j’en recrute 1 100 chaque année. Et actuellement, j’ai 144 nationalités différentes. Et je pense qu’il n’y a pas un seul grand groupe linguistique qui ne soit pas représenté au sein de la Légion étrangère. Ce sont avant tout des volontaires.

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C’est un défi, le recrutement ?

Le recrutement est toujours un défi. Recruter en quantité, ça, c’est le premier défi. Le deuxième défi, c’est la qualité. Donc le taux de sélection est pour l’instant d’un sur cinq, ce qui est relativement bon, j’estime, pour la Légion étrangère. Et enfin, le troisième défi, c’est la diversité. Il ne faut pas que j’aie un groupe linguistique trop dominant. La Légion, c’est l’amalgame de toutes les nationalités, des 144 nationalités dont je vous ai parlé, avec une certaine proportion de Français, parce que le ciment de la cohésion de toutes ces nationalités, c’est le français. Et donc, j’ai un volume actuellement de 12% de Français, 27% de francophones, ce qui est relativement bon. Mais ça aussi, c’est un défi au quotidien.

Ce vendredi 30 avril, vous allez célébrer la bataille de Camerone, qui fonde la Légion étrangère. La main en bois du capitaine Danjou, sa prothèse, sera portée par un ancien chef d’état-major, le général Burkhard. Ce n’est pas si courant ?

La main du capitaine Danjou, qui remonte la voie sacrée le jour de Camerone, à Aubagne, symbolise le serment que le légionnaire fait de servir la France avec honneur et fidélité, de servir ses chefs et ses officiers qui incarnent la France – puisque nous, les officiers, nous sommes Français. Et j’ai demandé au général Burkhard de porter la main du capitaine Danjou cette année, parce qu’il sera accompagné aussi de deux sous-officiers emblématiques de la Légion étrangère, qu’on appelle les « maréchaux de Légion étrangère », parce qu’ils sont décorés de la Légion d’honneur. À eux trois, ils représentent toutes les opérations depuis la fin de la guerre d’Algérie jusqu’à nos jours. J’aime beaucoup ce symbole qui permet aux jeunes légionnaires de se reconnaitre en celui qui a commandé les opérations auxquelles il a participé. Le général Burkhard, par ses différentes fonctions, que ce soit comme lieutenant au 2e REP, ensuite à la 13e demi-brigade de Légion étrangère, puis ses fonctions au sein du ministère des Armées, a été notre chef. Il nous a emmenés au combat. Le voir remonter la voie sacrée va symboliser toutes ces opérations que l’on a menées. Avec une pensée pour nos camarades qui nous ont quittés, morts pour la France.

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