
Redevenue un point névralgique de l’Alliance atlantique, la base aérienne de Keflavik accueille des rotations régulières d’avions alliés chargés de surveiller l’espace aérien islandais. Au cœur de l’Atlantique nord, l’Otan entend afficher sa présence face à la Russie.
Sur le tarmac de la base aérienne islandaise de Keflavik, le lieutenant-colonel Arvidsson désigne un avion de chasse stationné dans un hangar. Le JAS 39 Gripen, fleuron de l’industrie de défense suédoise, fait partie des six avions déployés en février par Stockholm dans le cadre d’une mission de police du ciel de l’Otan.
« C’est un avion multirôle. Vous avez là ce qu’on appelle un »pod de désignation » qui permet d’identifier des cibles : un autre avion ou des drones. On les détecte au radar, et si besoin, on les verrouille, détaille le militaire. L’avion est aussi équipé d’un canon de 27 millimètres intégré dans le fuselage. L’idée ici, c’est d’avoir une capacité d’autodéfense. »
Une base redevenue stratégique depuis le départ des Américains
Construite pendant la Seconde Guerre mondiale, la base de Keflavik a longtemps accueilli des forces américaines. Mais en 2006, Washington retire officiellement ses soldats d’Islande, laissant ce petit pays de 400 000 habitants – sans armée permanente – dépendre entièrement de ses alliés.
Depuis, les États membres de l’Otan assurent par rotation la surveillance du ciel islandais. La Suède, devenue officiellement membre de l’Alliance en 2024, vient d’y effectuer pour la première fois une mission autonome.
« Vingt-quatre heures sur vingt-quatre, sept jours sur sept, deux appareils sont prêts à décoller, précise Robin Arvidsson. Si on détecte quoi que ce soit qui s’approche de l’Islande, comme des drones, on peut intercepter la menace. Jusqu’ici, nous n’avons pas eu à intervenir, mais on se tient prêts. »
Vue de l’extérieur, Keflavik semble isolée, perdue dans des plaines balayées par les vents. Pourtant, la base occupe une position clé sur le couloir « GIUK » – une ligne imaginaire qui relie le Groenland, l’Islande et le Royaume-Uni. Contrôler ce couloir, c’est contrôler le passage entre l’Arctique et l’Atlantique Nord.
Au cœur des rivalités dans l’Arctique
« L’Islande n’a pas de forces armées, mais elle dispose d’une base parfaitement opérationnelle au cœur de la région arctique, résume le lieutenant-colonel Johan Legardt, commandant du détachement suédois. C’est la base la plus centrale de toute la région arctique, accessible à tous les alliés. »
L’intérêt stratégique de l’Arctique s’est encore renforcé ces derniers mois. Les vues de Donald Trump sur le Groenland en début d’année ont replacé la région au centre des rivalités géopolitiques. Ressources minières, nouvelles routes maritimes rendues accessibles par la fonte des glaces, compétition militaire : les grandes puissances s’y repositionnent progressivement.
« Notre présence est essentielle , insiste Johan Legardt. L’idée, c’est de montrer que si des bombardiers russes traversent cette zone, ils ne seront pas laissés sans surveillance. Notre présence sert à rappeler que l’Otan est là. »
« Les Russes se déploient périodiquement dans la région, confirme Erlingur Erlingsson, chercheur à l’Institut des affaires internationales de l’université d’Islande. On a, en effet, pu observer des bombardiers, et il est certain que des sous-marins russes circulent dans la zone. Mais la présence alliée relève autant de la surveillance que de la dissuasion. »
L’Islande, verrou de l’Atlantique nord
Sans armée nationale, l’Islande reste entièrement dépendante de ses alliés pour sa sécurité. Jonas Allanson, chef d’état-major islandais, rappelle pourquoi l’île demeure indispensable au dispositif occidental : « La position clé de l’Islande, pour la sécurité de l’Amérique du Nord et de l’Europe, tient à une chose : ici, on peut surveiller tout le trafic maritime. »
« On a déjà vu des accidents, ou en mer Baltique, des actes de sabotage sur des câbles sous-marins, indispensables pour nos communications, poursuit le responsable islandais. C’est pourquoi les Alliés travaillent ensemble : il faut surveiller ce fameux couloir stratégique et assurer la sécurité de l’Amérique du Nord et de l’Europe. »
C’est pour renforcer ce dispositif que l’Otan a lancé en février la mission Arctic Sentry. Objectif : augmenter la fréquence des rotations aériennes alliées à Keflavik et maintenir une présence plus continue sur cette base devenue, à nouveau, l’un des principaux verrous stratégiques de l’Atlantique nord.
Le salon Euronaval 2026 marque le retour de la puissance navale
31 Oct
Avec HypAIRion la chasse française prépare l’arrivée de l’IA dans les cockpits
24 Oct
«L’Otan est prête»: le commandant suprême des forces alliées met en garde la Russie
17 Oct
L’Ukraine face au fléau des drones russes Geran-5
10 Oct
Avec Arcadia, la France porte l’ambition d’une IA militaire souveraine
3 Oct
Djibouti: point d’appui stratégique dans le chaudron moyen-oriental
26 Sep
Exercices en Lituanie: les canons Caesar, première barrière de feu face à la Russie
19 Sep
Golfe de Guinée: coup d’envoi de l’opération stratégique Corymbe de la Marine nationale
12 Sep
Quels sont les enjeux militaires du Sommet international sur l’espace à Paris?
5 Sep
Missiles Patriot: Washington fait fi d’une ligne rouge russe
11 Juil
Sommet de l’Otan d’Ankara: l’Europe face au vide laissé par le retrait militaire américain
4 Juil
La péninsule de Crimée: le talon d’Achille de Moscou
27 Juin
Luftwaffe et à sang. 1944, la bataille pour le ciel allemand [Le Fil de l’épée #63]
6 Nov
Gouverneur militaire de Paris comment s’adapter aux nouvelles menaces ?
5 Nov
CESM X FMES Echo – Episode 103 : Jean-Marc Jancovici – La puissance sous contrainte : énergie, ressources et stratégie maritime
5 Nov
Grammaire de la cyberguerre
3 Nov
Super-soldats #4 : le Sergent Apone dans « Aliens » (1986)
30 Oct
Le Japon face au défi Trump. Avec Robert Dujarric | Entretiens géopo
28 Oct
Le fond des mers et ses usages stratégiques
27 Oct
Arnaud Attia : « L’Europe n’est pas éternellement vouée à subir les assauts des Américains et des Chinois »
26 Oct
Inde-Pakistan : quels équilibres stratégiques après l’opération Sindoor ?
23 Oct
Anatomie de la violence de masse [Le Fil de l’épée #62]
23 Oct
La Hongrie : Entre continuités stratégiques et changement politique
22 Oct
La Roumanie : État pivot du flanc sud-est de l’OTAN
22 Oct
