
Le missile de croisière Flamingo, de l’entreprise ukrainienne Fire Point, était l’un des incontournables du Salon de l’armement Eurosatory, qui a fermé ses portes vendredi 19 juin. Iryna Terekh, la patronne de Fire Point, qui emploie 6 000 personnes, illustre les immenses ambitions de l’industrie de défense de l’Ukraine. Entretien.
Une ambiance musicale et des images de frappes de missiles sur grand écran dignes d’un blockbuster sur le stand surdimensionné de Fire point, et bien sûr la maquette à l’échelle 1 du Flamingo, le plus gros missile de croisière au monde : 12 mètres de long peint en rose – comme les ongles d’Iryna Terekh. Sous le bras, la très jeune PDG, perchée sur des stilettos, tient une peluche de flamant rose.
« Les Flamingo sont des missiles de croisière, mais avec cette image du flamant rose, on fait passer beaucoup de messages. Vous savez, nous n’aurions jamais fait des missiles si notre voisin fou ne nous avait pas attaqué. Nous sommes fondamentalement pacifiques. Et c’est la raison pour laquelle nous avons choisi un oiseau pacifique comme symbole », explique Iryna Terekh.
« FP pour Fire Point, mais aussi pour F*** Poutine »
FP, les initiales de Fire Point, c’est aussi pour dire « F*** Poutine » (« On emm*** Poutine »), sourit Iryna Terekh. Une communication à l’emporte-pièce, directe et efficace pour cette architecte de formation de 34 ans, qui a fondée en 2022 cette entreprise devenue emblématique de l’industrie de guerre ukrainienne. Outre le Flamingo, Fire Point produit aussi les drones FP-1 et revendique 60% des frappes ukrainiennes par drones.
« Nous avons créé cette entreprise avec deux amis sur un coin de table ! Dès le départ, ma mission était de mettre en place la production. Mon objectif était de fabriquer 20 drones FPV par mois et c’était déjà extrêmement ambitieux ! J’avais déjà pas mal d’expérience comme entrepreneure dans le bâtiment, mais produire 20 drones par mois, en 2022, c’était du jamais vu, ça paraissait fou ! Et aujourd’hui, nous livrons près de 300 drones FPV par jour, ce qui prouve que la logique de notre architecture, malgré les attaques répétées, était pertinente et efficace. Nous continuons donc à la développer », poursuit la PDG.
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Évolutivité et faible coût, la doctrine de l’entreprise
En peu de temps, l’entreprise a percé dans un secteur de haute technologie. Pour y parvenir, elle a su nouer des partenariats avec des majors françaises, notamment pour le guidage du missile Flamingo. « C’est un produit à 90% ukrainien et 10% vient de l’Ouest. Nous avons bénéficié d’une aide considérable de l’Ouest, avec pour objectif une intégration locale et verticale maximale. C’est ce qui garantit notre indépendance et notre capacité à protéger notre souveraineté sans autorisation. Nous recevons notamment l’aide de la France, une aide précieuse, mais aussi d’autres pays européens. En revanche, nous excluons tout recours à la technologie chinoise et américaine. C’est une façon de redonner au continent européen sa puissance et sa souveraineté technologique », développe Iryna Terekh.
Sur le papier, le Flamingo peut emporter plus d’une tonne de charge à 3 000 kilomètres et coûte dix fois moins cher qu’un missile occidental. Pour toute l’industrie de défense européenne, l’Ukraine est aujourd’hui incontournable, assure Iryna Terekh. « Nous pensons que le moyen le plus efficace de tester les systèmes d’arme, de les confronter à la guerre moderne, c’est de le faire en Ukraine. Car il est impossible de récréer ailleurs les conditions du front, le brouillage en particulier. Si l’on veut faire évoluer de manière efficace les systèmes de navigations électronique, les centrales inertielles, l’Ukraine est l’endroit idéal. Il n’existe aucun autre terrain d’essai comparable au monde. Et nous sommes le plus forts », martèle la jeune PDG d’un air bravache, le point levé en signe de défi.
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