
Guerre en Ukraine, tensions autour de l’Iran, le sommet de l’Otan, qui se tiendra mardi et mercredi 7 et 8 juillet à Ankara, en Turquie, s’ouvre dans un contexte de fortes tensions géopolitiques et d’inquiétude sur l’engagement des États-Unis en Europe. Pendant deux jours, les chefs d’État et de gouvernement de l’Alliance tenteront de définir une feuille de route commune.
« Ils n’étaient pas là pour nous ! », martèle Donald Trump. Depuis des mois, le président américain s’en prend à ses alliés européens, leur reprochant une absence de soutien lors de la guerre contre l’Iran.
Le sommet d’Ankara aura donc valeur de test pour tous les protagonistes, souligne Cyrille Bret, chercheur associé à l’Institut Jacques Delors : « C’est un test pour la Turquie, sa capacité à se remettre au centre du lien transatlantique. C’est un test pour la capacité des Européens à maintenir un lien correct avec Washington, tout en poussant leurs propres priorités. Et c’est un test également pour l’administration Trump de montrer qu’elle ne s’est pas complètement aliénée tous ses réseaux d’alliances, analyse le chercheur. L’administration Trump aime à placer alternativement les alliés sur la sellette et au pinacle. Tout le monde va être en fait dans la situation de montrer qu’il est capable de contribuer à la communauté de l’Otan, capable de maintenir le lien transatlantique. »
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Maintenir coûte que coûte le lien transatlantique
Mais face à un retrait américain déjà enclenché, les Européens exigent de la clarté et de la coordination. Ce sera le premier enjeu du sommet d’Ankara, ce sera aussi un véritable défi, pointe Jean de Gliniasty, directeur de recherche à l’Iris et ancien ambassadeur à Moscou. « Trump a la réputation, en partie justifiée, d’être imprévisible, mais il y a au moins une chose qui est sûre, c’est qu’il a décidé de diminuer son dispositif militaire en Europe et que, en plus, il veut articuler cette diminution en fonction du caractère méritant ou pas de certains pays, précise l’ancien ambassadeur. Mais le mouvement est irréversible. Alors ensuite, organiser ça de façon cohérente et essayer de prendre des mesures pour ne pas diminuer la sécurité de l’Europe à cette occasion, ce sont des choses dont on va parler, bien entendu, à Ankara ».
Si plus de 36 000 soldats américains sont actuellement positionnés en Allemagne, les États-Unis ont récemment confirmé le retrait d’environ 5 000 militaires de cet effectif, d’ici un an.
Un retrait programmé qui rend caducs les plans de l’Otan décidés en 2023 lors du sommet de Vilnius, estime Cyrille Bret : « Évidemment, les plans de l’Otan sont complètement obsolètes. Évidemment, ils ne sont pas du tout préparés à aller épauler une agression contre un État balte ou contre la Roumanie, mais ils sont en cours d’actualisation, explique le chercheur. L’Otan, c’est une machine à faire de la planification, donc, à la fin de l’année, ils auront rattrapé le retard. »
L’enjeu des commandements opérationnels au sein de l’Otan
Au-delà du capacitaire et malgré l’annonce d’un pilier européen, les Américains gardent pour le moment les clés des commandements opérationnels de l’Otan. Ce sera donc aussi l’un des sujets du sommet d’Ankara, précise Jean de Gliniasty. « Il est clair que si les Américains se retirent, il va falloir qu’ils cèdent un certain nombre de postes. Mais je vois mal l’état-major américain renoncer à ces formidables moyens d’influence que sont les leviers de contrôle dans l’Otan, estime l’ancien ambassadeur. Donc, comme les Européens ne se mettront pas d’accord entre eux, il n’est pas exclu que pour un temps encore, rien ne change dans la structure de commandement de l’Otan. »
La Russie, très attentive aux possibles désunions, sera aussi l’éléphant dans la pièce. Les Européens plaident pour que, lors du sommet d’Ankara, Moscou soit désignée comme la principale menace.
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